Moment intense à Deauville, lors de la conférence de presse du film d'Oliver Stone, World Trade Center. La présence de John McLoughlin et de William Jimeno, les deux protagonistes survivants, fut l'occasion d'entrer plus encore dans l'intimité des secouristes qui vécurent la chute des deux tours. Voici l'intégralité d'une conférence de presse trop courte à notre goût.
Quels ont été vos sentiments après avoir vu, pour la première fois, World Trade Center ?
John McLoughlin : La première fois que j'ai vu le film, j'ai d'abord pensé qu'il était très bien réalisé. La seconde fois, en sortant de la projection, je me suis littéralement effondré…, parce que trop d'émotions en moi…, parce que trop de souvenirs remontèrent à la surface… C'est un film extrêmement précis, qui raconte exactement ce qui s'est passé. Il est très proche de la réalité que nous avons vécue. Et c'est grâce à ce réalisme que le film devient très émouvant. Toutes les scènes que vous verrez dans le film sont vraies !
William Jimeno : Pour moi, en terme d'émotions, c'est comme si j'avais pris place dans le wagon d'une montagne russe. Des moments très forts s'entrechoquaient, comme se rappeler qu'elle avait été ma douleur. Lorsque je suis sorti du cinéma, je me sentais en même temps très fier. Le film est entouré de beaucoup de polémiques. Mais c'est un film bien. Je suis fier que M. Stone l'est réalisé. C'est un film sincère, puissant. Il démontre que malgré les événements, les êtres humains réussissent à surpasser leurs souffrances pour aller au delà, et ainsi s'en sortir.
La devise de la police américaine est « Protéger et servir ». M. Stone, vous avez été vous même soldat. Avez-vous l'impression d'avoir été récompensé dans votre vie pour tout ce que vous avez donné aux autres ?
Oliver Stone : C'est une très bonne question. Retourner fréquenter les services de police et des pompiers de New York - qui est ma ville natale ceci dit en passant - m'a énormément ému . En même temps, ça m'a fait beaucoup de bien, moralement parlant. Ca m'a redonné espoir en l'homme.
Maria, où étiez-vous et que faisiez-vous le 11 septembre 2001 ?
Maria Bello : Le 11 septembre, j'était à New York avec ma mère pour la première d'un film. Lorsque nous avons appris que les deux avions s'étaient encastrés dans les tours, il y eût un appel des autorités en direction de toute personne ayant des connaissances de secours ou médicales afin de venir en aide aux victimes au sud de Manhattan. Ma mère possède une formation d'infirmière. Nous sommes alors parties toutes les deux dans l'urgence, et j'ai passé ainsi cette après-midi là à l'hôpital Saint-Vincent. Certaines images resteront gravées à tout jamais dans ma mémoire. Je me souviens ainsi d'avoir observer un SDF en train de secourir un homme d'affaire en costume trois pièces, couvert de sang, en train de pleurer. Ce jour-là, tous les clivages de la société américaine volèrent en éclats.
A partir de quel moment avez-vous jugé qu'il était nécessaire de réaliser votre film ?
Oliver Stone : Lorsqu'on parle de drame historique, il est très difficile d'avoir le recul nécessaire afin d'aborder correctement la question. Pour moi, il m'a fallu une très longue période, en l'occurrence trois ans, afin que je digère ce qui s'était passé, afin que mes idées deviennent claires... Il a fallu deux années à John et Will pour qu'ils puissent en parler, pour qu'ils puissent cicatriser leurs blessures physiques et morales… Au moment de l'écriture du scénario, nous nous sommes beaucoup rencontrés tous les trois. Le processus d'écriture s'est d'ailleurs échelonné sur un an… Aujourd'hui, je pense que le moment est venu, pour nous, de se réveiller. La situation actuelle aux Etats-Unis est pire qu'il y a cinq ans. Les conséquences de la chute des tours du World Trade Center on été énormes pour les Américains. Les Américains vivent dorénavant le terrorisme au quotidien. Notre constitution et plus généralement les droits du citoyen sont bafoués tous les jours, à cause de ce qui s'est passé… De la tragédie du World Trade Center, il ne reste que 20 survivants. Deux sont aujourd'hui avec nous. Il était important pour moi de construire mon film à partir de ces deux opinions. Ils ont tous les deux vécus la même chose, mais ils ne l'ont pas appréhendée de la même manière. Finalement, leur point de vue se complètent. Leur apport a été fondamental à la réalisation du film. Et je les remercie de n'avoir jamais opposé de veto à ce que je souhaitais retranscrire de leur douloureuse expérience. Ils ont tout de suite compris qu'il fallait condenser 24 heures de leur vie en seulement 2 heures.
William Jimeno : En temps que survivant, je pense qu'il n'est pas trop tôt pour évoquer la mémoire des victimes. Cette attaque n'était pas destinée qu'aux Etats-Unis. Le monde entier a été attaqué ce jour-là. D'ailleurs, il n'y avait pas que des Américains dans les deux tours. Avec le film d'Oliver Stone, il est possible d'avoir un regard lucide sur ce qui s'est passé. Ca ne sert à rien d'attendre 20 ans pour évoquer ce carnage. John et Moi, ainsi que beaucoup d'autres, sommes encore en vie, et notre devoir est de témoigner auprès de la jeune génération quel fut le courage de ses hommes.
Avez-vous observé des réactions divergentes, de la part du public ou de la presse, dans les pays européens où le film a été diffusé ?
Oliver Stone : C'est encore un peu tôt pour le dire. Mais j'ai l'impression que les réactions sont les mêmes qu'aux Etats-Unis. C'est un film qui fait tomber toutes les barrières culturelles, car c'est un film qui parle des hommes, de l'humanité qui est en chacun de nous... La plupart de gens qui n'ont pas aimé, ou pas compris le film, je les appelle des idéologues. Ils politisent mon film alors que moi, je n'ai surtout pas voulu évoquer ce genre de question. L'important était de faire passer un message, un message d'humanité, de relationnel entre ces deux hommes qui sont en train d'essayer de survivre, entre ces femmes qui essaient de se soutenir en attendant l'issue du drame, entre les secouristes. Durant la préparation du film, nous n'avons jamais parler de politique tous les quatre… Je souhaitais également ajouter que, depuis Platoon, la critique américaine n'a jamais été aussi bonne pour moi. Pour un drame, les résultats enregistrés par World Tarde Center en trois semaines d'exploitation sont très bons. Le film a déjà cumulé 60 millions de dollars de recette ! Encore une fois, c'est un très bon résultat pour un drame. De plus, c'est un film qui est très largement distribué aux USA, même dans les petites villes. En France, le public n'a pas la possibilité de donner son avis sur ce qu'il vient de voir en sortant d'une salle de cinéma. Aux Etats-Unis, si. Et les résultats sont tout à fait excellents.
Que représente le Marine dans votre film ?
Oliver Stone : Beaucoup de gens me reprochent d'avoir soi-disant inventé ce personnage. Mais ce marine existe vraiment. C'est un ancien militaire reconverti dans la comptabilité. Il habite le Connecticut, et il a vraiment été voir son pasteur avant de prendre la route pour rejoindre New York. Will est une personne possédant une voix qui porte énormément. C'est grâce à son coffre que ce secouriste l'a découvert.… Il faut savoir que ce 11 septembre 2001, comme le lendemain, énormément d'Américains proposèrent spontanément leur aide aux victimes…
Propos retranscrits par Reynald Dal Barco.