Premiers Plans 2006: rencontre avec Solveig Anspach

Publié le vendredi 27 janvier 2006 | Commentaires (5)
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La cinéaste Solveig Anspach [qui a notamment réalisé Haut les coeurs ! et Stormy Weather] est membre du jury de cette 19e édition. L'occasion pour Cinemovies d'évoquer sa trajectoire et ses choix.

Premiers Plans 2006: rencontre avec Solveig Anspach
Ce n'est pas la première fois que vous êtes membre d'un jury de festival de cinéma ?

Non, ça m'est arrivé quelquefois. Mon plus grand souvenir, c'est d'avoir fait partie du jury de la Caméra d'or de Cannes, en 2000. Otar Iosseliani [La Fonte (1966), La Chute des feuilles (1966), Il était une fois un merle chanteur (1970), Pastorale (1976), Sept pièces pour le cinéma noir et blanc (1982), Euskadi (1983), Les Favoris de la lune (1984), Le petit monastère en Toscane (1988), Et la lumière fut (1989), La Chasse aux papillons (1992), Seule Géorgie (1994), Brigands chapitre VII (1996), Adieu plancher des vaches (1999), Lundi matin (2001)] en était le président. Nous avons primé ex-aequo deux réalisateurs iraniens : Hassan Yekpatanah pour Djomeh et Bahman Ghobadi pour Un temps pour l'ivresse des chevaux.

Quelles sont vos premières impressions sur la sélection lors de cette 18e édition du festival ?

Le peu de films que j'ai vus pour l'instant ont l'air exigeants et de bonne qualité. J'ai vu aussi quelques films d'école impressionnants au niveau technique, où l'on sent beaucoup de maîtrise, peut-être trop, par moments, et l'influence d'autres cinéastes. Ce qui est drôle, c'est que trois d'entre eux ont un personnage masculin qui se ressemblent. Amira [Casar, également membre du jury] les a surnommés « les hommes écrevisses ». Ils sont fins, féminins, paumés dans leur vie. Elevés par des mères féministes, ils se retrouvent face à des femmes exigeantes et ne se sentent pas à la hauteur. Cela les rend charmants. C'est apparemment dans l'air du temps !

Depuis vos débuts, vous alternez films de fiction et documentaires sur des thèmes très différents les uns des autres. Que diriez-vous de votre fil conducteur ?

C'est assez instinctif. Il est souvent arrivé qu'on me propose des films, des scénarios… J'essaie… Mais ce n'est pas moi. Je fais des films de manière instinctive et cela donne peut-être l'impression d'un mouvement désordonné, mais si on les voit tous, on peut constater qu'il y a un chemin. Ce qui les relie est une certaine écoute, ou un certain regard sur les gens.

L'attention que vous portez aux gens se traduit par des plages de silence qui leur laissent le temps d'exister. A quoi le silence correspond-il, chez vous ?

Dans les documentaires, en général, ça parle énormément. Du coup, c'est intéressant quand ça s'arrête de parler ! Dans les fictions, ce que je trouve très pénible, c'est le soulignement redondant de l'émotion par la musique. Il faudrait inverser les tendances, pour voir ce que ça donne : mettre de la musique lyrique dans les documentaires, et rien dans les fictions !

Ces silences sont de fait source d'émotion. Par exemple dans votre documentaire sur Mazarine Pingeot…

Mazarine est une commande de France 3. J'ai hésité avant de l'accepter, puis finalement je l'ai fait. C'était drôle, parce que Mazarine est beaucoup dans le contrôle du contenu, et moi dans celui de la forme - je trouve d'ailleurs qu'on ne réfléchit pas suffisamment à la forme dans le documentaire. Lors du tournage, à un moment je lui ai demandé de rester un peu plus dans le silence lorsque je lui ferais un signe particulier. Ces fins de chapitre où elle reste dans le silence sont effectivement, il me semble, des moments forts dans le film. Cela dit, dans Made in USA [son dernier documentaire], ça parle beaucoup…

Quelle relation entretenez-vous avec l'Islande ?

Je me sens très attachée à l'Islande car j'y suis née, j'y ai passé toutes mes vacances pendant l'enfance. L'islandais est ma langue maternelle, et toute ma famille est récemment retournée vivre là-bas. Il y a de plus, sur cette île, des acteurs splendides. J'y vais de plus en plus souvent, mais les hivers sont très durs, car c'est complètement dans le noir !

Et avec les Etats-Unis ?

Je me sens attachée à une certaine Amérique. La norme est tellement forte, là-bas, que dès que vous vous en éloignez un peu, vous avez un caractère très fort. Je pense, par exemple, à l'un de mes oncles. Il a inventé un jeu, par convictions politiques, qui est le contraire du Monopoly et qui s'appelle donc l'Anti-Monopoly. Il a été attaqué par la marque, a été en procès toute sa vie, et il a finalement gagné devant la Cour suprême. J'aime l'Amérique de Joyce Carol Oates, de James Ellroy, de John Cassavetes, ou, récemment, du film Trois enterrements… De très belles choses nous viennent de là. Ce qui est dommage, c'est que ce qui est distillé sur toute la planète n'est pas intéressant.

Envisagez-vous un jour de tourner une fiction là-bas ?

Peut-être, mais c'est très compliqué. Si on veut tourner avec sa propre équipe, il faut doubler tout le monde avec une équipe américaine, c'est une obligation légale. Sinon, il faut tourner avec des Américains. Pour l'instant, pour moi, la question ne s'est pas vraiment posée, mais pourquoi pas, un jour…

Il y a, dans votre parcours, dans ce que vous faites, une forme d'humanisme…

Je pense que lorsqu'on fait des films et qu'ils sont vus par des gens, on a une certaine responsabilité dans ce que l'on transmet, dans l'image aussi que l'on donne des hommes et des femmes, à l'écran. Et lorsque j'étais enfant, mon père me disait toujours que si l'on assiste à une situation injuste sans réagir, on participe à l'injustice. Cependant, je ne suis pas militante ; je raconte des histoires... Mais il y a des échos. Par exemple, lorsque j'ai fait Haut les coeurs, je n'ai jamais pensé parler au nom d'une communauté de gens malades du cancer, même si tout le monde, sur la planète, a au moins une personne de sa famille qui en souffre. Ensuite, je me suis rendu compte que les gens se sentaient concernés. Donc même si ce n'est pas volontaire, on fait aussi des films pour ça : donner, à un moment, un peu de courage à quelqu'un… Je viens de revoir Atlantic City [de Louis Malle, avec Susan Sarandon, Burt Lancaster et Michel Piccoli], qui est un très beau portrait de femme. C'est un film de genre, mais humaniste, au sens où l'on comprend presque tous les protagonistes, à un moment de leur vie. J'ai un peu de mal avec les films qui mettent en scène des personnages où je ne pourrais pas me reconnaître ou que je n'aurais pas envie de prendre dans mes bras, même s'ils sont objectivement très réussis à tous niveaux.

Comment la question se pose-t-elle pour vous, en documentaire ?

En documentaire, plus qu'en fiction, une grande partie du travail concerne l'éthique. La responsabilité du réalisateur est importante : les gens filmés ne sont pas des acteurs, le film sera vu par leur entourage, cela peut avoir des répercussions dans leur vie, d'autant qu'on les filme souvent en situation de vulnérabilité. Nous passons donc beaucoup de temps à réfléchir à ce que nous allons garder ou non au montage : si certaines séquences, très intéressantes pour le film, sont susceptibles de nuire aux gens, nous les supprimons.

Vous aimez les gens que vous filmez.

Oui, je pense que j'aime les gens, et ce que j'aime dans le cinéma c'est essayer de capter quelque chose de ce qu'ils sont, qu'il s'agisse de documentaire ou de fiction. Pour y parvenir, j'essaie de mettre en place un espace qui leur donne confiance. Isabelle Razavet, la chef opérateur avec qui je travaille, est très sensible, et très attachée à révéler la beauté des gens. S'occuper d'eux en les préparant, en les coiffant, en les talquant… est un peu symbolique, mais cela leur montre que nous allons prendre soin d'eux, ne pas les piéger dès qu'ils auront baissé la garde.

Vous avez longtemps suivi une jeune fille en difficulté, Sandrine…

J'ai rencontré Sandrine car on m'avait commandé un livre sur les femmes en prison. J'ai effectivement eu une longue histoire avec elle, qui est devenue comme ma petite soeur. A l'époque, j'ai ressenti que si j'étais née à sa place et elle à la mienne, nous aurions pu échanger nos vies. C'est très injuste : les vies dépendent de là où l'on naît, des rencontres que l'on fait… Sandrine aurait pu avoir une vie totalement différente si elle n'avait pas connu l'absence du père, la pauvreté, la banlieue, les foyers, la délinquance, la prison… Nous ne nous voyons plus du tout, mais il y a, dans l'un de mes prochains films de fiction, un personnage qui porte son nom et qui lui ressemble.

Sur quels projets travaillez-vous ?

Je suis en train d'écrire deux scénarios de longs métrages de fiction : Claire n'est plus au Guatemala, que j'espère tourner en France, et Back Soon, que je tournerai en Islande, à l'automne, j'espère, avec Didda Jonsdottir, la poétesse qui incarne Loa dans Stormy Weather.

Toujours avec la même équipe ?

Oui, Isabelle Razavet pour l'image, Martin Wheeler pour les bandes son, Anne Riegel pour le montage… Mais comme ils sont tous très talentueux, ils vont être de moins en moins disponibles, ce qui va m'amener à travailler avec d'autres personnes que je découvre. C'est bien aussi !

Site personnel : www.solveig-anspach.com


Interview Réalisée par Isabelle Kersimon
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hz  hz. (membre)  Publié le 24-05-2006 à 16:36
je ne connais pas ce réalisateur,mais je pense qu'il manque un peu d'experience mais bon ,je pense qu'ils a besoin encore d'experiences et dois faire ses preuves Lire la suite...
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lmtedcd  lmtedcd. (membre)  Publié le 29-01-2006 à 17:48
Enfin des gens qui s'y connaissent dans leur travail et qui font parti du jury. Au moins on aura un vainqueur désigné par un vrai producteur. Une victoire au mérite. Lire la suite...
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jodaiii  jodaiii. (membre)  Publié le 28-01-2006 à 10:25
Un bon jury pour un bon festival... Solveig Anspach que je connais tres peu fera certainement un excellent "jury" au vu de ses dires. En attendant le palmares. Lire la suite...
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letrefou  letrefou. (membre)  Publié le 28-01-2006 à 11:22
Ce réalisateur n'a pas fait de très très bons films selon moi! L'interview est assez intéressant quand même et on voit qu'il sait de quoi il parle! Bon... Lire la suite...
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ptijeff  ptijeff. (membre)  Publié le 27-01-2006 à 20:11
Sa fait plaisir de voir que le jury est composé de personnes qui savent de quoi ils parlent. Je pense qu'on peut leur faire entierement confiance. Lire la suite...