Après avoir été séduite par les différentes bandes-annonces du film et confortée dans cette enthousiasme par les excellentes critiques venues d’outre-Atlantique, je me rends hyper confiante à la projection du film Warrior.
Commençons par dire que le titre du film
Warrior (guerrier) n’est pas forcément très approrié. Dans sa première partie le film a un peu refoidi mes ardeurs. On nous présente successivement et alternativement Tommy Conlon et Brendan Conlon, deux frères.
Tommy, ex marine débarque d’on ne sait où et rend visite à son père (
Nick Nolte) pour lui reprocher d’avoir été un poivrot qui a maltraité sa famille. Tommy avait quitté le domicile familial, avec sa mère, des années plus tôt. On apprend vite qu’elle est décédée dans la souffrance de quelqu’un qui ne pouvait se payer une assurance maladie.
Le père a arrêté de boire et tente de faire amende honorable mais, apparemment, il ne mérite aucun pardon. Ce que l’on apprend sur Tommy c’est qu’il veut se battre sur un ring d’arts martiaux mixtes. On découvre rapidement sa harge, sa rage et sa puissance lorsqu’il atomise le meilleur lutteur du club de la ville.
De son côté Brendan Colon, est marié et père de famille. Il exerce, avec talent, le métier de professeur mais sa situation financière l’oblige à faire le videur le soir. Un jour il décide grimper à nouveau sur le ring pour gagner de l’argent plus facilement. Ceci lui vaudra une suspension d’un semestre du lycée où il travaille, et sans solde. Il convainc alors sa femme de le laisser reprendre les combats pendant ses six mois de suspension.
Passons sur les détails mais les deux frères, qui ne se sont pas vus depuis plus de dix ans, vont se retrouver à combattre dans le même tournoi, le Sparta, le plus gros tournoi d’arts martiaux mixtes (de l’ultimate fighting en gros) jamais organisé. 5 millions de dollars sont à la clé.
La première partie est donc relativement laborieuse et comme c’est la partie la plus bavarde, elle souffre certainement du doublage français, mais pas le choix, pas de VO dans le coin…
On reste d’abord assez hermétique à la dureté de Tommy mais ce n’est que temporaire…
Côté Brendan, on a du mal à trouver de l’authenticité dans ce personnage qui fut boxeur, puis prof puis qui décide tout à coup de reprendre la boxe. On a surtout du mal imaginer qu’il puisse avoir le niveau et cela semble être le problème majeur du film, ce manque de crédibilité.
L’acteur
Joel Edgerton (
Animal Kingdom) n’est pas à mettre en cause, il est excellent (et a un corps de rêve) mais il est tout de même largement surpassé par
Tom Hardy (
Bronson,
Inception) qui fait définitivement partie des acteurs d’exception. La faiblesse du film, sur la première partie consacrée au personnage de Brendan, vient selon moi notamment du rôle de sa femme, qui, à aucun moment, ne nous fait comprendre pourquoi Brendan a autant envie de sa battre pour sa famille.
Jennifer Morrison (
Dr House) est totalement plate, du début à la fin. Si l’on compare à
Amy Adams dans le film Fighter, on a d’un côté le niveau zéro du jeu et de l’autre le top niveau. Dommage car son personnage est hyper important pour que l’on se sente proche des choix de Brendan…
Mais bientôt le film bascule. C’est tout à fait étonnant car la première partie du film était censée nous mettre à proximité des personnages mais, c’est dans le contexte du tournoi que le film va prendre toute son ampleur, dans l’intensité des combats et dans celle des sentiments.
Tommy se révèle alors totalement, mais nous, on ne va tout vous dire. Cependant Tom Hardy garde son personnage très en dedans et on est scotché par sa manière d’entrer sur le ring, de dégommer l’adversaire et de ressortir aussitôt. L’intérêt d’avoir gardé ce personnage en dedans c’est que lorsqu’il parle, c’est d’autant plus percutant, comme ses poings. Peu avant le début du tournoi il rencontre son frère et lui dit ses quatre vérités avec une simplicité saisissante. Le regard que lui lance alors Brendan (Joel Edgerton) n’est pas mal non plus. Superbe scène. Il réitèrera avec son père, au casino, et là aussi la scène est bouleversante.
Ce sont vraiment les combats qui animent le film et on prend un plaisir infini à les voir se succéder.
Si, au travers des combats, Tommy révèle l’ampleur de sa rage, Brendan, de son côté dévoile sa capacité à être patient et à encaisser les coups, à être passif mais résistant, à l‘image de ce qu‘il semble être dans la vie. Plus le film avance plus on apprécie son coach, Frank Campana, campé par
Frank Grillo, un excellent rôle secondaire.
On ne peut pas tout vous dire, il faut vous laisser découvrir le film mais le tournoi qui se déroule sur deux jours, est coupé par quelques excellentes scènes, celle du casino que nous avons évoquée plus haut, et encore davantage celle qui suit, dans la chambre d’hôtel. Dans ces deux scènes, Nick Nolte et Tom Hardy sont parfaits.
Tout le film doit avancer vers la scène que l’on attend forcément, l’affontement entre les deux frères et vous verrez, vous allez vous accrocher à votre fauteuil. Tout le film est fait de manière à ce qu’il soit impossible de pencher pour l’un ou pour l’autre et c’est la grande force du scénario.
Un film un peu inégal malheureusement mais les trois derniers quarts d’heure sont jubilatoires. Quant à évoquer le fond, on dira que l'Amérique, non contente de bousiller les hommes à la guerre, se plaît à les voir se massacrer sur un ring, autel de l'entertainement!
Pour finir je vais aborder le parallèle Fighter/Warrior puisque j’ai pu lire que Warrior dépassait le récent
Fighter, de
David O. Russell. Et là en revanche je dois dire fermement, non. C’est moins subtile et moins fort quand au milieu qu’il dépeint, en outre il est techniquement moins abouti.