Critique cannoise : Sur la route est donc l'adaptation cinématographique d'un roman jugé quasi inadaptable, un roman initiatique mythique qui s'inscrit dans le courant de la Beat Generation. Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l'entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d'eux-mêmes...
Ce synopsis est en réalité un peu biaisé car avant de rencontrer les autres, le monde et eux-mêmes, ils sont surtout en quête de liberté ultime, et les manifestations récurrentes de cette liberté sont avant tout les abus de drogue, de sexe, d'alcool. Le réalisateur du film, Walter Salles, qui s'était déjà focalisé sur le road movie initiatique avec
Carnets de voyage, a lui-même parcouru les Etats-Unis dans les traces de Kerouac, tant il avait aimé ce roman. Il avait ainsi réuni des images et des informations pour réaliser le film documentaire In Search of On the Road. Il avait donc déjà une belle matière pour développer Sur la route et, soyons clairs, la photo, la reconstitution, le choix de chaque petit détails (déco, costume, musique, lieux de tournage), sont de loin les attributs les plus séduisants de ce film. Car par ailleurs, malgré une interprétation solide, et notamment de la part de Garrett Hedlund (Dean Moriarty),
Sur la route manque cruellement d'émotion, et nous ne serons donc jamais rien de plus que de simples spectateurs de ce récit.
Jamais nous ne nous sentons investis dans ce film. Bien sûr, si Walter Salles avait cherché à insuffler de l'émotion et donc une forme d'interprétation personnelle des événements décousus relatés dans le roman de Kerouac, il aurait risqué de le dénaturer. Ceci tend à confirmer que ce roman est très difficilement adaptable, en tout cas, pas de manière efficace. De ce fait, pourquoi ne pas proposer une version plus libre, plus personnelle, qui puisse véritablement emmener, transporter, le spectateur dans cette aventure initiatique ? Paradoxalement, ces personnages en quête de liberté nous paraissent très passifs. Ils subissent. Sal Paradise subit sa fascination pour Dean Moriarty, Dean subit son appétit insatiable pour les femmes, Marylou et Camille subissent l'amour qu'elles portent à Dean. Par ailleurs on a bien du mal à appréhender la richesse des échanges qui a nourri l'amitié de Dean et Sal, et on assiste davantage à leurs petites expériences lubriques et extasiques. Et le pire, c'est que cela ne donne même pas envie de se défoncer ou de s'envoyer en l'air. Quant à la liberté absolue, elle n'existe pas ici, chacun ayant toujours besoin de l'un ou de l'autre. Au final, un film photographiquement sublime mais par ailleurs très impersonnel. C'est bien simple, 10 minutes après, on y pense plus.