Réalisé par
Emmanuel Carrère
Durée :
1H50
Date de sortie :
25 Février 2004 (FR)
Distributeur :
Diaphana Distribution
Genre :
Documentaire
(2004)
Récompenses :
2 Prix à Premiers Plans
De quoi ça parle ?
Kotelnitch est une petite ville à 800 kilomètres à l’est de Moscou. L’auteur y est d’abord allé sur les traces d’un prisonnier de guerre hongrois qui avait passé 55 ans, oublié de tous, dans un hôpital psychiatrique. Il y est retourné faire ce qu’il croyait alors être un film documentaire, puis une seconde fois pour enterrer une jeune femme qu’il avait connue là-bas et qui a été assassinée par un fou. Il s’est rendu compte que ces trois tournages racontaient une histoire étrange et que cette histoire était la sienne.
Qu'en pense
?
par Isabelle Kersimon
Emmanuel Carrère présentait hier soir son premier long métrage, « Retour à Kotelnitch », dont le titre reste somme toute inexpliquable jusqu´à la toute fin de ce documentaire, si ce n´est que le réalisateur l´a tourné lors de trois voyages dans cette ville située à 800 kilomètres à l´est de Moscou. Caméra à l´épaule, le cameraman Philippe Lagnier filme tout, tout le temps. Emmanuel compris. Plus tard, viendra le temps de la reconstruction, à rebours d´un parcours symbolique où se mêlent des origines russes, l´appel de la langue maternelle et le destin d´un
Emmanuel Carrère présentait hier soir son premier long métrage, « Retour à Kotelnitch », dont le titre reste somme toute inexpliquable jusqu´à la toute fin de ce documentaire, si ce n´est que le réalisateur l´a tourné lors de trois voyages dans cette ville située à 800 kilomètres à l´est de Moscou. Caméra à l´épaule, le cameraman Philippe Lagnier filme tout, tout le temps. Emmanuel compris. Plus tard, viendra le temps de la reconstruction, à rebours d´un parcours symbolique où se mêlent des origines russes, l´appel de la langue maternelle et le destin d´un grand-père. Dans l´intervalle se joue le deuil d´une famille qui pleure l´assassinat d´Ania et son enfant. Dans l´univers désolé d´une friche industrielle soumise à l´inclémence du temps, là où des chiens errants apparaissent, fantomatiques, derrière les vitres sales de trains d´une autre époque, Galia pleure sa fille, et Sacha sa toute jeune épousée. Comme des fragrances d´humanité enfin posée, leurs visages et leurs voix superbes arrêtent quelque temps les mouvements de caméra souvent inconfortables, que le récit poursuivi en voix off tend à stabiliser. La reconstruction par le verbe, destin de l´homme de plume, peut-être.
Mais comment rester insensible à ce miracle du cinématographe qui redonne vie à celle dont ses proches portent le deuil, avec toute la belle virulence de la personnalité de sa mère Galia et la grande dignité de celui qui l´aimait ? Dans la tourmente et la chaleur des relations qui les unissent, dans leur manière toute slave de tenir haut le verre de vodka, dans leur absence de peur des mots pendant les réunions familiales. Dans leur intimité, enfin, au quotidien, se dessine peu à peu le portrait de cette jeune femme trop libre, trop désirante pour vivre « dans cette ville de fous pleine de dinosaures ». Peut-être aussi dans ce pays trop rude où une mère a vu disparaître cinq de ses enfants sur les six auxquels elle a donné naissance, guerres obligent... Ils sont si beaux, ces gens, dans leur lucidité et dans leur dignitié. Ne pas aimer ce film, ce serait comme renier Ania. On ne peut pas. On n´a pas le choix. C´est comme un piège qui interroge.
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