Critique cannoise : Le chouchou des midinettes Zac Efron, la classieuse Nicole Kidman et le beau gosse texan Matthew McConaughey : ce casting avait de quoi fourvoyer le spectateur. Paperboy n'a rien d'un film innocent. Utilisant ce trio à contre-emploi, Lee Daniels livre, dans ce faux polar, un portrait du sud des Etats-Unis à la fin des années 60, où les secrets ayant trait au sexe, àla violence, et aux préjugés raciaux, sont exhumés du fond des marécages nauséabonds. Dans Paperboy, Ward Jansen (Matthew McConaughey), reporter au Miami Times, revient dans sa ville natale,
Critique cannoise : Le chouchou des midinettes Zac Efron, la classieuse Nicole Kidman et le beau gosse texan Matthew McConaughey : ce casting avait de quoi fourvoyer le spectateur. Paperboy n'a rien d'un film innocent. Utilisant ce trio à contre-emploi, Lee Daniels livre, dans ce faux polar, un portrait du sud des Etats-Unis à la fin des années 60, où les secrets ayant trait au sexe, àla violence, et aux préjugés raciaux, sont exhumés du fond des marécages nauséabonds. Dans Paperboy, Ward Jansen (Matthew McConaughey), reporter au Miami Times, revient dans sa ville natale, accompagné de son partenaire d'écriture Yardley Acheman (David Oyelowo). Venus à la demande Charlotte (Nicole Kidman), femme énigmatique qui entretient une correspondance avec des détenus dans le couloir de la mort, ils vont enquêter sur le cas Hillary Van Wetter (John Cusack), un chasseur d'alligators qui risque d'être exécuté sans preuves concluantes. Sur place, Ward retrouve son père (Scott Glenn), dirigeant du journal local qui perd la boule, et Jack Jansen (Zac Efron), son jeune frère, champion de natation qui a ruiné ses chances de poursuivre ses études universitaires. Fasciné par la troublante Charlotte, Jack les emmène de la prison de Moat County jusqu'aux marais, où les secrets se font de plus en plus lourds.
On est immédiatement immergé dans l'ambiance de cette bourgade moite grâce à des choix cinématographiques pertinents (décors, couleurs, costumes). Par ailleurs, le spectateur est happé par la trame première, le mystère qui entoure l'assassinat d'un policier, alors que le condamné pourrait avoir été inculpé à tort. Et pourtant Lee Daniels va très vite nous sortir de cette intrigue policière, sans même que nous nous en rendions compte, pour se focaliser sur ces personnages, qui ne sont pas là pour agir sur l'intrigue, mais pour révéler leurs secrets, leurs douleurs, leurs noirceurs. Le premier portrait qu'il dessine, sans détour, est celui de Charlotte, une pin-up qui, on ne sait trop pourquoi, cherche l'amour parmi des hommes promis à l'exécution. Nicole Kidman transformée en bimbo hyper sexuelle, est incroyable, elle nous livre une fois de plus, une performance phénoménale. Chaque petit détail de son jeu sert son personnage à merveille et la grande Nicole Kidman prouve qu'elle n'a décidément pas froid aux yeux. Elle n'est que sexe : ses failles, ses motivations, n'étant jamais dévoilées. Avec une belle malice, Lee Daniels gardera les tréfonds de ce personnage inaccessibles.
Le jeune Jack, 20 ans, blessé par l'absence d'une mère qui a quitté le domicile familial, tombe immédiatement amoureux de cette femme, qui - comme l'explique la voix off de la bonne Anita très clairevoyante - repréente la figure maternelle dans le corps d'une Barbie chaude bouillante. Le personnage de Jack est incroyablement touchant, en quête de tendresse, totalement acquis à ceux qu'il aime. Le personnage est incarné par un Zac Efron plus que convaincant, c'est une révélation, et s'il n'arrête pas tout de suite les productions insignifiantes, il s'agira d'un crime contre le cinéma. Epatant également, Matthew McConaughey, dont on sait très bien de quoi il est capable, mais qui se perd souvent lui aussi dans des films futiles. L'acteur texan aux abdominaux farouchement entretenus, a fait des choix très pertinents ces derniers temps, mais ce Ward Jansen est une audace à souligner. Celui qui a souvent été exploité tel un playboy, campe ici un personnage dont on va découvrir les secrets de manière très inattendue mais significative. La manière dont Lee Daniels mène sa barque pour nous faire la révélation de la problématique de Ward est exemplaire. Par petites touches, très subtiles d'abord, semant des indices deci delà, il nous fait sa révélation dans une scène coup de poing. On pourra reprocher à Lee Daniels, comme pour Precious, d'avoir fait de la glauque surenchère, mais son film est extrêmement efficace.
Dans cette grenade dégoupillée d'érotisme crasse, et dans le contexte raciale du lieu et de l'époque, le duo "d'enquêteurs" se révélera en fait bien différent de ce que l'on pourrait imaginer de prime abord, et cela n'est pas sans conséquence. Lee Daniels ne recule face à aucun tabou quand à ce qui touche au sexe, et son casting l'a suivi, dévoué. Il met également en scène un John Cusack effrayant et lui aussi épatant, dans le rôle de Hillary Van Wetter, habitant d'un marais isolé au combien inquiétant, où la consanguinité a fait son oeuvre dévastatrice. Bref, il est très difficile de ne pas avoir envie de dévoiler chaque aspect et chaque personnage de ce film, extrêmement bien ficelé, qui exerce une espèce de fascination sur le spectateur. La reconstitution d'une époque, cinématographiquement et thématiquement, est captivante. Le suspense reste bien installé, jusqu'à une séquence finale magistrale, mais le vrai génie de ce film c'est sans conteste son casting, exceptionnel.