Moonrise Kingdom, dernier délire psychédélique du réalisateur Wes Anderson, lançait officiellement, ce mercredi soir, la compétition cannoise versus 2012. Lors de la projection, le parterre mondain a retrouvé le temps béni de ses premiers élans sentimentaux.
Hier soir à Cannes, tous les regards étaient tournés vers
Bruce Willis,
Edward Norton,
Bill Murray,
Tilda Swinton et bien entendu
Wes Anderson qui montrait, pour la première fois, son nez sur la Croisette. Ne manquait que
Frances McDormand pour que
la photo people soit vraiment complète avant que
le film signe l'ouverture
Moonrise Kingdom, dernier délire psychédélique du réalisateur Wes Anderson, lançait officiellement, ce mercredi soir, la compétition cannoise versus 2012. Lors de la projection, le parterre mondain a retrouvé le temps béni de ses premiers élans sentimentaux.
Hier soir à Cannes, tous les regards étaient tournés vers
Bruce Willis,
Edward Norton,
Bill Murray,
Tilda Swinton et bien entendu
Wes Anderson qui montrait, pour la première fois, son nez sur la Croisette. Ne manquait que
Frances McDormand pour que
la photo people soit vraiment complète avant que
le film signe l'ouverture d'une 65é édition haute en couleurs. A ceci près que dans Moonrise Kingdom, tous, à l'exception de son réalisateur (of course), ont un rôle mineur car le film conte l'histoire, ou plutôt l'amour interdit, de Sam (Jared Gilman) et de Suzy (Kara Hayward) : deux enfants qu'une sensibilité poétique hors normes a chassé des sentiers battus, exclus du cercle familial, exclus de la société. Sur une partition de Françoise Hardy, en 1h30, va se jouer le temps des copains, de l'amour et de l'aventure d'une manière peu orthodoxe, le temps des vieux pick-up que l'on fait tourner sur la plage ensoleillée en attendant le baisé originel.
L'odyssée du
A bord du Darjeeling Limited aurait-elle conduit en secret Wes Anderson sur les traces de Katmandou, destination favorite des hippies ? La question demeure tant le cinéaste a laissé libre court à ses fantasmes esthétiques, comme si l'originalité d'un François Truffaut (la voiture de service du capitaine Sharp semble sortie de
Fahrenheit 451) avait croisé le fer avec le surréalisme d'un Boris Vian (les boucles d'oreille de Susy façon scarabée). Ici, tout baigne dans une luminosité psychédélique teintée de jaune soleil, de rouge flamboyant, de couleurs vives alors que le montage trouverait son pendant dans les vieilles animations de la Warner (déplacements horizontaux et verticaux de la caméra, peu de raccords). La fuite en avant du couple constitué des deux préadolescents est une allégorie de refus de grandir, d'appartenir au monde morne des adultes représentés, par un casting ci-dessus précité, comme éteints, névrosés, en quête de sens profond. Sam et Susy n'ont que faire de ces morts cérébrales.
Eux, purs, sont partis vers une conquête, celle de leur amour absolu. En castor junior qui se respecte, Sam, roi de la débrouillardise, ne se sépare jamais de ses apparats de scouts et de son fusil à air comprimé ; Susy, coquette, lit des romances, se maquille, rêve à chaque seconde de son aventurier invincible.
Moonrise Kingdom est ainsi truffé de trouvailles : dialogues ingénus, plans drolatiques (la moto dans l'arbre), décors d'un Eden sauvage à l'heure d'une grande tempête qui balaiera les coeurs et les préjugés. La naïveté exaltée par Wes Anderson (les deux jeunes acteurs sont d'authentiques amateurs) traduit la magie du premier amour que l'on voudrait éternel. Dans le Moonrise Kingdom, les adultes réfléchissent comme des enfants ; les enfants se comportent en authentiques adultes. Inversion des valeurs ? Un songe authentique.