Depuis quelques semaines, vous avez sans doute remarqué sur les écrans publicitaires du web français un gentil couple monté à cheval. Le jeune homme coiffé d'une espèce de chapka s’appelle Gael Garcia Bernal et sa cavalière n'est autre que Charlotte Gainsbourg. Voici les prémices de la titanesque communication de
La Science des Rêves : tout bonnement le meilleur film qu'il nous ait été donné de voir cette année.
Michel Gondry ? Vous connaissez ? Pour les plus jeunes d’entre-vous, il n’est peut-être pas inutile de rappeler les débuts de celui qui est passe de devenir le plus brillant réalisateur de la nouvelle génération des cinéastes français. Si l’on vous dit, "Human Behavior", "Army of Me", "Isobel", "Hyperballad" ou encore "Joga", vous avez certes remarqué qu’il s’agit là de quelques titres issus de la discographie de Björk. Ce sont surtout les noms des premières réalisations de Michel Gondry. Pardon, il y eut d’abord le clip vidéo de "La Ville" - peut-être l’unique tube du défunt groupe de chanson française
Oui Oui dont Gondry fut le batteur à la fin des années 80 – : un clip vidéo qui détonnait dans l’univers de l’animation d’alors, et qui scotcha littéralement la chanteuse islandaise lorsque celle-ci le découvrit un soir par hasard sur MTV... Après Björk, Gondry poursuivit la donne avec Massive Attack,
Daft Punk, Beck, IAM,
Lenny Kravitz, Foo Fighters, ou encore White Stripes… Puis, l’animal travailla pour la publicité avant de s’envoler pour les States où il passa un an à Los Angeles… C'est là-bas que Michel fait la rencontre de
Charlie Kaufman, le scénariste de
Dans la peau de John Malkovich, qui lui propose le script de
Human Nature (2001). La comète est lancée… Suivra, en 2004,
Eternal Sunshine of the Spotless Mind.
La vengeance est, dit-on, un plat qui se mange froid. Si l’on a du mal à imaginer Gondry rancunier, on remarquera à sa place qu’il fut une époque - pas si éloignée - où tout le business cinématographique français lui fermait ses portes. Comme d’autres (ça devient énervant à force), Michel trouva une oreille attentive outre-Atlantique. Il est amusant de constater qu’aujourd’hui la Gaumont déroule le tapis rouge pour la sortie, le 16 août, de
La Science des Rêves, troisième film de Gondry, après une série de documentaires musicaux, notamment.
Il faut observer encore que le cinéaste développa ses talents de graphiste à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Arts. C’est important de le signaler car dans La Science des Rêves, le réalisateur accumule les pitreries graphiques et techniques. Dans le milieu, on le compare d’ailleurs souvent à Méliès : fameux géniteur d’une série d’inventions qui révolutionnèrent le cinéma au début du siècle dernier. Ici, quand on ouvre le robinet, il en sort du papier cellophane ; lorsqu’on balance son mégot par la fenêtre, on risque de carboniser des passants animés ; quand les plus grands vous ennuient, vos mains deviennent gigantesques. Ingéniosité, tel est le terme qui définit certainement le mieux les premières impressions au sortir de La Science des Rêves. Notons au passage que les décors du film feront l’objet d’une rétrospective en septembre à New York.
Mais ce n’est pas que ça. Loin de là. La Science des Rêves, c’est surtout beaucoup de poésie déclinée à la vue de ce héros qui, parce que souvent tétanisé, se réfugie dans son monde : un studio de télévision tout en carton où il est le roi. De la poésie à revendre pour une belle histoire d’amour universelle : comment se faire aimer de celle qu’on adule - savante partie de cache-cache entre un homme et une femme qui s’attirent mutuellement. Comment faire lorsqu’on est timides des deux côtés ? Réponse avec le génie de Gondry qui réunit une fois de plus l’improbable sur un même plateau, comme au temps de The Eternal Sunshine avec le duo décalé
Jim Carrey –
Kate Winslet. Celui qui aime est incarné par Gael Garcia Bernal (vu dans
Amours Chiennes,
Carnets de voyage,
The King et
La Mauvaise éducation). Celle qui aime est jouée par
Charlotte Gainsbourg (qu’on ne présente plus). A l’environnement des deux oisillons, il faut ajouter la copine délurée
Emma de Caunes, le grand retour d’
Alain Chabat (dans le rôle du collègue de travail un brin beauf), et la présence toujours magique de
Miou-Miou.
Quels mots utiliser pour présenter l’insondable ? Dire peut-être que celles et ceux qui se gavent habituellement de blockbusters possèdent avec
La Science des Rêves une occasion unique de découvrir un autre cinéma. Qu’il est rare de cumuler malice, tendresse, sourire complice, musicalité, inventivité, et fraîcheur du discours. La Science des Rêves n’est pas critiquable. Dès le générique, on est happé dans un rêve. Tirer sur la ficelle et tout dégringole. Stéphane réussira-t-il à se faire aimer de Stéphanie (ces deux-là sont-ils fait l’un pour l’autre) ? La Science des Rêves, c’est comme le cinéma : c’est mieux que la vraie vie. Un conte romantique qui vaut toutes les enflammes. A voir absolument.