Critique cannoise : On le sentait que cette comédie britannique de Ken Loach allait nous faire du bien, et en effet après avoir écumé une compétition plutôt frustrante, La Part des Anges distillée par Ken Loach est une petite rasade de Whisky bien réconfortante.
La Part des Anges, de quoi ça parle : À Glasgow, Robbie, tout jeune père de famille, est constamment rattrapé par son passé de délinquant. Il croise la route de Rhino, Albert et la jeune Mo lorsque, comme eux, il échappe de justesse à la prison mais écope d'une peine de travaux d'intérêts généraux. Henri, l'éducateur qu'on leur a assigné, devient alors leur nouveau mentor en les initiant secrètement... à l'art du whisky ! De distilleries en séances de dégustation huppées, Robbie se découvre un réel talent de dégustateur, bientôt capable d'identifier les cuvées les plus exceptionnelles, les plus chères. Avec ses trois compères, Robbie va-t-il se contenter de transformer ce don en arnaque.
Comme il l'avait fait il y a trois ans avec
Looking for Eric,
Ken Loach introduit dans cette comédie quelques éléments plus tendus et notamment dans la première partie du film, alors qu'il prend le temps d'exposer la situation de Robbie, largement imbibée de violence. Si, dans Looking for Eric, ce dosage d'éléments comiques et tragiques s'avérait artificiel, il est ici plutôt savant. Toujours soucieux de décrire la réalité sociale de la classe populaire britannique, Ken Loach délaisse le réalisme tragique et glacial auquel le cinéma anglo-saxon nous a habitué, et traite son sujet avec une légèreté assumée. Le génie de ce film, sa valeur ajoutée : nous faire partager sa passion pour le roi des spiritueux, le whisky. Ce thème est miraculeux, magique, parce qu'il apporte un vai ressort au scénario, lui permet de faire évoluer son personnage, le jeune Robbie (
Ken Loach), et surtout, parce que son film transpire ainsi de cette saveur écossaise totalement charmante.
Votre rédactrice étant de toute façon, conquise, de manière générale, par le cinéma britannique, et par la culture anglo-saxonne,
La Part des anges s'impose alors comme un moment de plaisir pur et simple. Car La Part des Anges n'a pas d'ambitions démesurées et par ailleurs, dans un contexte toujours plus impitoyable pour les milieux défavorisés, Ken Loach choisit l'optimisme, l'optimisme résolu, en offrant à son personnage, à Robbie, un avenir, une deuxième chance. Venant d'un cinéaste senior et confirmé, cela pourrait s'apparenter à une naïveté malhonnête, mais, au contraire, La Part des Anges, sans prétention, charme par la simplicité de ce qu'il décrit et, bien sûr, par son humour ravageur grâce à des dialogues savoureux et des personnages parfaitement exploités.