L'Agence : une substance dense et profonde malheureusement exploitée de manière superficielle dans un film presque insipide. Impossible de parler de L'Agence sans évoquer l'œuvre dont est tiré le film. C'est en effet la nouvelle de Philip K. Dick, Rajustement, qui a servi de matériau au film. Les écrits de Philip K. Dick ont toujours inspiré le cinéma, depuis le magistral Blade Runner de Ridley Scott, et en passant par Total Recall, Minority Report, A Scanner Darkly.
Nombre des écrits de Philip K. Dick, et
L'Agence : une substance dense et profonde malheureusement exploitée de manière superficielle dans un film presque insipide. Impossible de parler de L'Agence sans évoquer l'œuvre dont est tiré le film. C'est en effet la nouvelle de Philip K. Dick, Rajustement, qui a servi de matériau au film. Les écrits de Philip K. Dick ont toujours inspiré le cinéma, depuis le magistral Blade Runner de Ridley Scott, et en passant par Total Recall, Minority Report, A Scanner Darkly.
Nombre des écrits de Philip K. Dick, et Rajustement en fait partie, ont pour thèmes la modification et la manipulation de la réalité. Ces thèmes sont particulièrement présents dans les nouvelles Jeu de guerre, Souvenir à vendre, ainsi que dans les romans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Blade Runner), La Vérité avant-dernière, Le Dieu venu du Centaure, Le Maître du Haut Château ou encore Ubik, qui sera bientôt adapté au cinéma et réalisé par Michel Gondry.
La trame est la suivante : David Norris est un homme politique ambitieux qui s'apprête à siéger au Sénat quand il fait la connaissance d'une éblouissante jeune femme, Elise. C'est le coup de foudre, mais David s'aperçoit rapidement que de mystérieux hommes conspirent à le séparer de l'objet de son affection. En effet, dans l'univers imaginé par Philip K. Dick, des forces supérieures interviennent, au travers d'hommes portant des chapeaux, pour que des êtres-clé puissent faire des choix qui collent à un "plan", plan qui vise à préserver le monde. David Norris est un de ces êtres-clé, et pour qu'il puisse devenir président des Etats-Unis, et bienfaiteur du monde, il ne doit pas vivre avec Elise qui accaparerait toute son attention et le comblerait sans qu'il n'ait plus besoin de plaire au foules.
Cette trame pouvait mener à créer une œuvre vraiment marquante mais malheureusement George Nolfi passe à côté de cette opportunité. Notons qu'il s'agissait-là de sa première réalisation. Tout l'enjeu était notamment visuel, pour restituer les manipulations et les chemins utilisés par les hommes de l'Agence, et c'est là surtout que le film est d'une fadeur étonnante. La comparaison est d'autant plus cinglante que c'est ce que Ridley Scott avait merveilleusement réussi dans Blade Runner : imaginer un univers, créer des décors, une ambiance, à la hauteur de l'imagination de l'auteur. On se demande presque si le problème ne vient pas d'un budget trop étriqué car c'est simplement invraisemblable de voir si peu d'ambition. Même la musique est d'une banalité affligeante.
Il est étonnant de voir à quel point le premier plan d'un film peut-être révélateur et prédicateur de la qualité d’un film. Le premier plan de L'Agence est tout simplement moche et flou.
Quoi qu'il en soit, quel dommage, car on s'attache à cette histoire selon laquelle nous serions contrôlés en permanence, nos choix seraient déterminés. Notre corde sensible est bien évidemment sollicitée. Je défie quiconque de ne pas repenser à une rencontre intense qui n'a jamais pu se concrétiser sans que l'on ne puisse jamais s'expliquer pourquoi. Mais même sur ce niveau éminemment émotionnel, le film ne prend jamais de véritable ampleur. On ne peut pourtant rien reprocher à Matt Damon et Emily Blunt, qui sont plutôt convaincants et charismatiques. Le couple fonctionne bien - c'est le point vraiment positif du film - notamment au travers de la scène de leur rencontre où l'attirance et le jeu de la séduction sont palpables. Encore une fois, le meilleur moment revient à Matt Damon (il en sauve des films) quand il quitte Elise à l'hôpital, l'émotion est alors authentique.
Nolfi ne parvient pas à donner du caractère à son film. Notamment parce qu’il hésite entre les genres. Il traite cette histoire existentielle avec une légèreté qui tombe à plat. Là où les hommes de l'Agence auraient pu faire peur, ou tout au moins créer un véritable malaise, ils ne sont ici que des clowns sans envergure. Il faudrait être un véritable maître pour réussir un film où les genres cinématographiques (Science-fiction, comédie, thriller, drame, romance) se mêlent en symbiose. Même Brazil, vers lequel lorgne parfois le film, n’y parvenait pas totalement.
L'Agence ne sera donc intéressant que si on l'envisage tel un film de divertissement sentimental, et encore, ce n'est pas vraiment ça.