Dire que le nouveau film de Jacques Audiard était attendu sur la Croisette est un euphémisme. C'est justement avec son film que le Festival de Cannes a décidé de lancer réellement les hostilités après la projection de Moonrise Kingdom hier soir en ouverture de la quinzaine cannoise.
Disons le tout de suite, le sixième film de
Jacques Audiard, s'approche de la perfection ! En rassemblant dans son casting
Marion Cotillard et
Matthias Schoenaerts, il touche juste à nouveau (quel oeil !). Ensemble, les deux comédiens forment le tandem meurtri de De rouille et d'os. Lui c'est Ali, qui
Dire que le nouveau film de Jacques Audiard était attendu sur la Croisette est un euphémisme. C'est justement avec son film que le Festival de Cannes a décidé de lancer réellement les hostilités après la projection de Moonrise Kingdom hier soir en ouverture de la quinzaine cannoise.
Disons le tout de suite, le sixième film de
Jacques Audiard, s'approche de la perfection ! En rassemblant dans son casting
Marion Cotillard et
Matthias Schoenaerts, il touche juste à nouveau (quel oeil !). Ensemble, les deux comédiens forment le tandem meurtri de De rouille et d'os. Lui c'est Ali, qui trimballe son fils Sam, 5 ans. Elle c'est Stéphanie, jeune femme pleine d'assurance un brin paumée. Elle est dresseuse d'orques au Marineland. Le destin voudra qu'ils croiseront leur vie dans la boîte de nuit où Ali travaille. Bien que tout les oppose l'attirance s'installe. Mais il faudra le drame qui fera basculer la vie de Stéphanie pour que le tourbillon s'actionne.
Comme pour ces précédents films,
Sur mes lèvres,
Un Prophète (...), Jacques Audiard pose son regard sur deux personnages que la vie n'a pas épargnés et qui ont souvent eu, pour seul compagnon, la solitude. Alors que le réalisateur avait souvent emprunté le chemin du polar par le passé, ici il nous livre un véritable mélo dans toute sa douceur et sa dureté. De rouille et d'os est un film âpre, percutant, fort, mais également excessivement doux.
Là où d'autres nous auraient pondu une avalanche de clichés, Audiard réussi l'impossible. Tout sonne juste dans son long-métrage. Les comédiens en tête. N'ayons pas peur de dire, qu'ici, Marion Cotillard signe certainement l'une de ses meilleures interprétations. Décidemment, elle n'a pas fini d'affoler les tapis rouges qui devraient encore se dérouler à ses pieds pour lui remettre de nouveaux Prix (Cannes succombera-t-il ?). Matthias Schoenaerts n'est pas en reste, loin de là ! Celui qui avait frappé son monde dans
Bullhead (
critique), livre une prestation économe et magistrale. De la même manière qu'Un Prophète avait révélé
Tahar Rahim au grand public, celui-ci devra désormais compter sur le comédien belge.
Jacques Audiard déclarait dans une récente interview qu'il voulait, avec ce film, " filmer la lumière, les corps, les femmes... ". Avec son sujet, il atteint largement son objectif. Raconter les errances, les bonheurs et les revers d'Ali et de Stéphanie n'était pas simple tant les émotions s'entremêlent, tant la frontière entre brutalité et fragilité est ténue. Avec sa maitrise du montage, du cadrage, du non-dit et du hors-champ, Audiard illumine littéralement le chemin de croix de ces deux éclopés de la vie (l'un social, l'autre physique). Comment arrive-t-il toujours à faire émerger le sublime de la misère et du glauque ? C'est justement grâce à cette lumière (les plans aériens et aquatiques sont d'une beauté effarante, proche du lyrisme), ces corps qui s'aiment, qui saignent, ces petits moments anodins qui font que l'équilibre est maintenu. Car les destins des deux personnages n'en forme plus qu'un, indissociable, nécessaire, vital ! La fusion aurait pu être destructrice (un angle souvent abordé au cinéma) mais c'est ici l'inverse. C'est justement là que réside toute la beauté du film.
Le seul et unique bémol que nous apporterons à
De rouille et d'os réside dans la scène finale qui nous apparait superflue. Même si l'on peut comprendre qu'Audiard ait souhaité, en quelque sorte, boucler la boucle, le long-métrage aurait peut-être gagné en force en étant plus court de 3 petites minutes. Mais cela n'enlève en rien à la qualité de ce qui nous a été donné de voir ce jeudi matin à
Cannes. Le festival commence sur les chapeaux de roue et beaucoup parlent déjà de Palme et de Prix d'interprétation.