Qu'en pense
?
par Reynald Dal Barco
Auréolé du Prix spécial du jury - Venise 2006, le nouveau film de Mahamat-Saleh Haroun débarque sur les écrans français mercredi prochain. L’ancien journaliste tchadien converti cinéaste (et inversement) présente un troisième film avec en ligne de mire le pardon comme arme de poing.
C’est l’histoire d’Atim, un jeune tchadien dont le prénom signifie "orphelin", qui, poussé par un grand-père (aveugle) assoiffé de vengeance, part à la recherche de l’assassin de son père. Arrivé en ville, Atim fait la connaissance de Moussa. Tous deux vivent de menus
Auréolé du Prix spécial du jury - Venise 2006, le nouveau film de Mahamat-Saleh Haroun débarque sur les écrans français mercredi prochain. L’ancien journaliste tchadien converti cinéaste (et inversement) présente un troisième film avec en ligne de mire le pardon comme arme de poing.
C’est l’histoire d’Atim, un jeune tchadien dont le prénom signifie "orphelin", qui, poussé par un grand-père (aveugle) assoiffé de vengeance, part à la recherche de l’assassin de son père. Arrivé en ville, Atim fait la connaissance de Moussa. Tous deux vivent de menus larcins, le temps pour notre héros de débusquer Nassara : l’homme à abattre, ancien milicien reconverti dans la boulangerie, ex tortionnaire poursuivi par ses fantômes qui tente de se refaire une conscience en distribuant ses surplus aux enfants déshérités de la capitale. Première étape d’une métamorphose annoncée, Atim réussit malicieusement à se faire embaucher comme apprenti auprès du guerrier fatigué – le chasseur devient alors chassé.
Si la vengeance rend aveugle, la vie se charge parfois d’éclairer les lanternes égarées. Pas facile non plus de tuer un homme de sang froid, même lorsqu’il est avéré qu’au bout du viseur se situe l’origine de tous vos maux. Pourtant, au moment de payer l’addition, Nassara reconnaîtra, dans Atim, le fils tant recherché, tandis qu’Atim trouvera, dans Nassara, le guide qui lui a tant fait défaut. La reconnaissance de l’un cimentera le devenir de l’autre ; la clairvoyance de l’autre absoudra les crimes passés.
Le cinéma de Mahamat-Saleh Haroun n’a rien de coloré. Bien au contraire. Le troisième film du réalisateur, né à Abéché, Tchad, qui poursuivit des études de journaliste à Bordeaux, pratiquerait même l’épure, pour apparaître immaculé, voire quasi théâtralisé afin que l’œil n’occulte pas l’essentiel : le message, les messages. Cette histoire de vengeance qui tourne court s’affiche allégorie. Sans dévoiler la fin, le destin d’Atim symbolise le vœu cher d’un cinéaste titré par la Mostra en 1999, mais aussi par Cannes en 2002 : sortir son pays du cycle infernal des vengeances successives qui lui interdisent tout développement depuis quarante ans. Non, on ne devient pas homme parce le bras qui pointe le feu vengeur n’a pas tremblé. Seul l’apprentissage d’un métier est salvateur. Seul le travail rend libre et apporte la félicité.
Comme pour mieux aiguiller les consciences, le réalisateur n’a pas hésité à sous-titrer son film : "Le pardon est la seule victoire". Le cinéma d’Haroun est ainsi construit sur le détail (déformation professionnelle sans doute). Chaque plan est minutieux, précieux, comme le jeu des acteurs, tous ici amateurs, puisqu’il n’existe pas de professionnels au pays déchiré de Mahamat-Saleh.
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