Critique cannoise : Michael Haneke ne fait pas toujours l'unanimité avec l'âpreté de son cinéma et la froideur qui lui est souvent reprochée. Mais après nous avoir malmenés avec Funny Games et La Pianiste, il livrait cependant, en 2009, Le Ruban blanc, un film en tous points remarquablequi rafla, à juste titre, la Palme d'Or, ici même à Cannes. Quand son nouveau projet fut annoncé, un film sur la vieillesse et le couple, beaucoup se dirent que Haneke n'allait rien nous épargner de la violence de la réalité, de son goût pour la provocation, qu'il aime à nous imposer au travers
Critique cannoise : Michael Haneke ne fait pas toujours l'unanimité avec l'âpreté de son cinéma et la froideur qui lui est souvent reprochée. Mais après nous avoir malmenés avec Funny Games et La Pianiste
, il livrait cependant, en 2009, Le Ruban blanc, un film en tous points remarquablequi rafla, à juste titre, la Palme d'Or, ici même à Cannes. Quand son nouveau projet fut annoncé, un film sur la vieillesse et le couple, beaucoup se dirent que Haneke n'allait rien nous épargner de la violence de la réalité, de son goût pour la provocation, qu'il aime à nous imposer au travers de son cinéma. Mais Michael Hanekenous arrive ici, avec ce film, en pleine maturité, à la fois intransigeant vis à vis de son thème, mais incroyablement courageux, lucide et sincère.
Il nous livre ainsi un film d'une intensité émotionnelle immense, d'une intelligence et d'une sensibilité remarquables, sans jamais tomber le mélo. Il poursuit ce qu'il avait déjà initié avec le Ruban Blanc, laissant tomber ses abus hystériques, ses provocations, et parvient ainsi à nous livrer l'essence de son art : l'intelligence. Dans Amour, Georges et Anne sont des octogénaires érudits, sensibles à l'art et notamment à la musique. Ils vivent paisiblement et on devine un couple apaisé qui a su communiquer. Anne, cependant, subit un accident vasculaire, se retrouve d'abord paralysée du côté droit de son corps, puis cette paralysie la gagne toute entière et alors que la vie la quitte, la sénilité la gagne. George va donc accompagner celle qu'il aime sur ce terrible chemin, alors qu'elle lui a fait promettre de ne pas la confier à un milieu médicalisé.
Et Michael Haneke tient la barre de ce navire qu'il a lancé en mer, avec fermeté. Pendant deux heures nous ne sortons pas de cet appartement haussmannien, sobre, où tout est dédié à l'art : livres, peintures, piano. Jamais il n'aura recours à ce qui aurait pu être si facile : nous emmener en flash-back vers d'autres moments de la vie de ce couple. L'amour n'est jamais verbalisé, jamais illustré par des événements heureux passés de la vie de ce couple, et pourtant il est bien là, imposant, palpable. C'est un tour de force remarquable que l'on doit à l'intelligence d'Haneke et à ses acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Si l'interprétation d'Emmanuelle Riva s'avère parfois un peu empruntée dans les dialogues, sa performance physique est phénoménale. Quant à Jean-Louis Trintignant, il est tout simplement impérial, la palme de meilleur acteur ne peut lui échapper, à moins qu'un dieu de l'interprétation ne se révèle à nous dans les jours à venir. La douleur de celui qui voit l'être aimé dépérir, la douleur de celle qui, forcément, perd sa dignité, vous prennent à la gorge, il est impossible de ne pas être submergé par une émotion authentique dans la dernière demi-heure de ce film miraculeux. Du grand art.