L'interview de Fabienne Godet, la réalisatrice...
Fabienne Godet s'est entretenue avec Cinemovies sur son premier long métrage. Remarquée à la Quinzaine des réalisateurs (Cannes 1999) pour son moyen métrage La Tentation de l'innocence, réalisé pendant ses vacances, c'est suite à un licenciement en 2001 qu'elle s'engage dans l'aventure de Sauf le respect que je vous dois.
Parlez-nous de cette violence silencieuse qui est le sujet du film…
Sans doute ai-je été sensibilisée à cette violence invisible lors d’une expérience similaire en entreprise. Mais je dois indiquer que cette violence n’est hélas pas propre au monde du travail. Je pense qu’un certain nombre de règles sont édictées pour protéger les intérêts de ceux qui les promulguent. Et je suis profondément touchée par l’injustice, de manière générale. Par exemple, je trouve insupportable qu’on ne puisse pas suivre telles ou telles études si l’on n’est pas issu d’un milieu bourgeois. L’humiliation que certains enfants subissent à l’école me révolte également. Je pense qu’il y a partout des dominants et des dominés, le tout étant de savoir qui domine, car ce n’est peut-être pas si clair. Je crois malheureusement qu’il existe une violence inhérente à la vie en société, et j’ai voulu en rendre compte dans le film. J’ai choisi le contexte du monde du travail, car c’est le lieu où peuvent s’exprimer ces injustices et ces humiliations qui sont pires que des claques, car on peut rendre les claques, mais être démuni face à des paroles ou des attitudes humiliantes. Je vais faire en sorte que mes enfants apprennent à s’en défendre.
Quelle a été votre expérience du harcèlement en entreprise ?
Parallèlement à mes études de cinéma, j’ai suivi des études de psychologie et j’ai travaillé dans une entreprise de formation pendant quelques années. Un jour, un nouveau directeur est arrivé, dont j’ai compris qu’il n’était pas venu pour redresser l’entreprise, qui avait peu de difficultés, mais pour « nettoyer », licencier au moindre coût en faisant en sorte que les gens partent d’eux-mêmes. Vous savez, le type de manipulation que je raconte dans le film se produit fréquemment. Même s’il peut être difficile de le croire. Les gens sont harcelés, accusés injustement de fautes lourdes… Je peux comprendre qu’une entreprise ait de réelles difficultés et doive licencier des gens, mais dans ce cas, il faut le faire avec respect. Dans l’histoire que j’ai vécue, et que d’autres ont vécue avec moi, le « nettoyeur » a finalement été lui-même licencié. Il n’était qu’un maillon de la chaîne. Le vrai méchant, je l’ai compris un peu plus tard, se tenait dans l’ombre… Il y a eu aussi des collègues qui se sont arrangés avec leur conscience, dénonçant une autre collègue…
Vous dites qu’il ne faut pas avoir peur, et que l’on a toujours le choix.
J’en suis convaincue. Tout le monde veut travailler, tout le monde à des enfants à nourrir, tout le monde a donc le choix de refuser.
Votre film témoigne sans militer…
La plupart du temps, on fait un film avec ses tripes. Les scènes sont sorties comme ça, je n’ai pas réfléchi. En mettant mes tripes sur la table, je me suis dit que j’allais rencontrer d’autres gens : plus on est sincère, plus on a de chances de faire de vraies rencontres avec les spectateurs. Je souhaitais faire quelque chose qui soit de l’ordre du témoignage, comme tout citoyen qui réfléchit. Je suis effectivement plus dans la résistance que dans le militantisme.
A travers le personnage de Flora, la journaliste qu’incarne Julie Depardieu, cette résistance passe par la prise de parole. Votre espoir ?
Il me semblait vraiment important que cette histoire ne reste pas de l’ordre du fait divers. Flora a vraiment envie de donner la parole à François [Olivier Gourmet]. Une fois qu’il a basculé dans cette violence, c’est surtout le regard de son propre fils qui va le préoccuper, et Flora est importante à ce moment, car elle est un vrai relais. Un peu comme tout journaliste qui fait bien son métier. Mais il est certain que le combat de Flora est très différent de celui de Simon et de Lisa. Ils sont dans quelque chose de très viscéral, tandis que Flora mène un combat réfléchi, construit. Un combat d’adulte.
Le combat construit a donc votre préférence ?
Flora a effectivement pour moi la bonne façon de se révolter : elle ne se laisse pas démonter, et parvient à ce qu’elle veut. Simon est trop rigide, et cette rigidité va le tuer : il n’est plus capable de compromis avec lui-même…
Le casting est impressionnant. A-t-il été difficile, pour un premier long, de réunir tous ces acteurs ?
Nous avons fait ce film avec des méthodes non traditionnelles. Bertrand Faivre (producteur) et Sophie Quièdeville (coproductrice) ont appelé les comédiens chez eux, directement. Je crois qu’ils ont été touchés, car ils ont senti une urgence. Me sentant en « état de guerre », l’ensemble des membres de l’équipe a développé une solidarité ; tous se sont engagés ; personne n’a jamais reculé. La mise en place du projet ayant été assez longue, nous avons eu le temps, les comédiens et moi, de nous côtoyer beaucoup. On a travaillé de manière très souterraine, et c’est ainsi que la relation aux personnages s’est construite. L’atmosphère sur le tournage a été très joyeuse, et nous avions tous besoin de rire, relativement à certaines scènes.
Olivier Gourmet, par sa simple présence, représente l’évidence du rôle…
Oui, c’est un corps. Pour lui, le scénario racontait quelque chose d’actuel. Il aimait la colère du film et son côté polar. Il avait envie d’un film qui ne soit pas très austère, qui pose une problématique sociale et soit fort en émotions, en même temps. Travailler avec Olivier et Dominique Blanc fut un vrai cadeau, pour moi. Ils font leur travail de manière extraordinaire. Mais si vous regardez l’ensemble des acteurs, et évidemment aussi les rôles moins importants, c’est la même chose.
Jamais on n’a vu Marion Cotillard sous cet aspect d’elle-même.
Dans la vie, Marion est beaucoup plus proche du personnage qu’elle incarne ici que de tout autre qu’elle a pu jouer jusqu’à présent, où l’on a surtout mis en valeur son esthétique. Sa beauté est très naturelle, et l’abîmer, c’était lui donner du charme, car on ne peut pas abîmer une telle beauté. On a créé les cicatrices, je lui ai interdit de se laver les cheveux, interdit de se maquiller, et elle a pris un vrai plaisir à jouer le garçon. Elle s’est également beaucoup investie dans le film. Elle est revenue plusieurs fois sur le tournage, lorsqu’elle n’avait pas de scène.
Fabienne Godet s'est entretenue avec Cinemovies sur son premier long métrage. Remarquée à la Quinzaine des réalisateurs (Cannes 1999) pour son moyen métrage La Tentation de l'innocence, réalisé pendant ses vacances, c'est suite à un licenciement en 2001 qu'elle s'engage dans l'aventure de Sauf le respect que je vous dois.Parlez-nous de cette violence silencieuse qui est le sujet du film…
Sans doute ai-je été sensibilisée à cette violence invisible lors d’une expérience similaire en entreprise. Mais je dois indiquer que cette violence n’est hélas pas propre au monde du travail. Je pense qu’un certain nombre de règles sont édictées pour protéger les intérêts de ceux qui les promulguent. Et je suis profondément touchée par l’injustice, de manière générale. Par exemple, je trouve insupportable qu’on ne puisse pas suivre telles ou telles études si l’on n’est pas issu d’un milieu bourgeois. L’humiliation que certains enfants subissent à l’école me révolte également. Je pense qu’il y a partout des dominants et des dominés, le tout étant de savoir qui domine, car ce n’est peut-être pas si clair. Je crois malheureusement qu’il existe une violence inhérente à la vie en société, et j’ai voulu en rendre compte dans le film. J’ai choisi le contexte du monde du travail, car c’est le lieu où peuvent s’exprimer ces injustices et ces humiliations qui sont pires que des claques, car on peut rendre les claques, mais être démuni face à des paroles ou des attitudes humiliantes. Je vais faire en sorte que mes enfants apprennent à s’en défendre.
Quelle a été votre expérience du harcèlement en entreprise ?
Parallèlement à mes études de cinéma, j’ai suivi des études de psychologie et j’ai travaillé dans une entreprise de formation pendant quelques années. Un jour, un nouveau directeur est arrivé, dont j’ai compris qu’il n’était pas venu pour redresser l’entreprise, qui avait peu de difficultés, mais pour « nettoyer », licencier au moindre coût en faisant en sorte que les gens partent d’eux-mêmes. Vous savez, le type de manipulation que je raconte dans le film se produit fréquemment. Même s’il peut être difficile de le croire. Les gens sont harcelés, accusés injustement de fautes lourdes… Je peux comprendre qu’une entreprise ait de réelles difficultés et doive licencier des gens, mais dans ce cas, il faut le faire avec respect. Dans l’histoire que j’ai vécue, et que d’autres ont vécue avec moi, le « nettoyeur » a finalement été lui-même licencié. Il n’était qu’un maillon de la chaîne. Le vrai méchant, je l’ai compris un peu plus tard, se tenait dans l’ombre… Il y a eu aussi des collègues qui se sont arrangés avec leur conscience, dénonçant une autre collègue…
Vous dites qu’il ne faut pas avoir peur, et que l’on a toujours le choix.
J’en suis convaincue. Tout le monde veut travailler, tout le monde à des enfants à nourrir, tout le monde a donc le choix de refuser.
Votre film témoigne sans militer…
La plupart du temps, on fait un film avec ses tripes. Les scènes sont sorties comme ça, je n’ai pas réfléchi. En mettant mes tripes sur la table, je me suis dit que j’allais rencontrer d’autres gens : plus on est sincère, plus on a de chances de faire de vraies rencontres avec les spectateurs. Je souhaitais faire quelque chose qui soit de l’ordre du témoignage, comme tout citoyen qui réfléchit. Je suis effectivement plus dans la résistance que dans le militantisme.
A travers le personnage de Flora, la journaliste qu’incarne Julie Depardieu, cette résistance passe par la prise de parole. Votre espoir ?
Il me semblait vraiment important que cette histoire ne reste pas de l’ordre du fait divers. Flora a vraiment envie de donner la parole à François [Olivier Gourmet]. Une fois qu’il a basculé dans cette violence, c’est surtout le regard de son propre fils qui va le préoccuper, et Flora est importante à ce moment, car elle est un vrai relais. Un peu comme tout journaliste qui fait bien son métier. Mais il est certain que le combat de Flora est très différent de celui de Simon et de Lisa. Ils sont dans quelque chose de très viscéral, tandis que Flora mène un combat réfléchi, construit. Un combat d’adulte.
Le combat construit a donc votre préférence ?
Flora a effectivement pour moi la bonne façon de se révolter : elle ne se laisse pas démonter, et parvient à ce qu’elle veut. Simon est trop rigide, et cette rigidité va le tuer : il n’est plus capable de compromis avec lui-même…
Le casting est impressionnant. A-t-il été difficile, pour un premier long, de réunir tous ces acteurs ?
Nous avons fait ce film avec des méthodes non traditionnelles. Bertrand Faivre (producteur) et Sophie Quièdeville (coproductrice) ont appelé les comédiens chez eux, directement. Je crois qu’ils ont été touchés, car ils ont senti une urgence. Me sentant en « état de guerre », l’ensemble des membres de l’équipe a développé une solidarité ; tous se sont engagés ; personne n’a jamais reculé. La mise en place du projet ayant été assez longue, nous avons eu le temps, les comédiens et moi, de nous côtoyer beaucoup. On a travaillé de manière très souterraine, et c’est ainsi que la relation aux personnages s’est construite. L’atmosphère sur le tournage a été très joyeuse, et nous avions tous besoin de rire, relativement à certaines scènes.
Olivier Gourmet, par sa simple présence, représente l’évidence du rôle…
Oui, c’est un corps. Pour lui, le scénario racontait quelque chose d’actuel. Il aimait la colère du film et son côté polar. Il avait envie d’un film qui ne soit pas très austère, qui pose une problématique sociale et soit fort en émotions, en même temps. Travailler avec Olivier et Dominique Blanc fut un vrai cadeau, pour moi. Ils font leur travail de manière extraordinaire. Mais si vous regardez l’ensemble des acteurs, et évidemment aussi les rôles moins importants, c’est la même chose.
Jamais on n’a vu Marion Cotillard sous cet aspect d’elle-même.
Dans la vie, Marion est beaucoup plus proche du personnage qu’elle incarne ici que de tout autre qu’elle a pu jouer jusqu’à présent, où l’on a surtout mis en valeur son esthétique. Sa beauté est très naturelle, et l’abîmer, c’était lui donner du charme, car on ne peut pas abîmer une telle beauté. On a créé les cicatrices, je lui ai interdit de se laver les cheveux, interdit de se maquiller, et elle a pris un vrai plaisir à jouer le garçon. Elle s’est également beaucoup investie dans le film. Elle est revenue plusieurs fois sur le tournage, lorsqu’elle n’avait pas de scène.