Emmenez-moi

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L'interview de Lucien Jean-Baptiste et Zinedine Soualem


L'interview de Lucien Jean-Baptiste et Zinedine SoualemMorceaux choisis d'une rencontre décontractée avec Zinedine Soualem et Lucien Jean-Baptiste, en promotion pour la sortie du film Emmenez-moi réalisé par Edmond Bensimon.

L’ambiance du tournage ?

Zinedine Soualem : Disons que nous avons eu beaucoup de chance. Nous nous sommes très vite entendus tous les quatre, alors que nous nous connaissions très peu les uns et les autres. Pour ma part, j’avais rencontré Lucien sur deux ou trois plateaux. Quant à Gérard, je le connaissais comme tout le monde, dirai-je. Par contre, je n’avais jamais croisé Damien. Mais dès la première lecture du scénario, il s’est passé quelque chose. On a commencé à se chambrer, à s’aimer, et puis tout s’est déroulé de la meilleure des façons. Nous avons tous oeuvrés dans le même sens. Il n’y avait pas, à proprement parler, de vedette sur le plateau. Tous les jours, on se maquillait et on s’habillait tous les quatre dans la même caravane. Je crois aussi que le format original du film a permis à décontracter l’ambiance. Oui, le tournage s’est déroulé dans une atmosphère très sympathique. Et avec Edmond Bensimon, ça s’est aussi très bien passé, même si c’était la première fois qu’il dirigerait des acteurs. Il savait parler à chacun. De toute façon, il n’y a jamais eu de problèmes de compréhension entre les comédiens, et entre le réalisateur et les comédiens.

Qu’est-ce qui vous a poussé, tous les deux, à accepter vos rôles ?

Zinedine Soualem : J’avais déjà entendu parler du scénario. Je connais Pascal Elbé, un ami d’Edmond. Pascal m’avait dit qu’on pensait à moi pour un certain projet. Ce qui m’a plu, c’est l’originalité et la poésie du scénario, surtout. Je n’avais jamais jusque-là participé à une telle expérience. Oui, ce qui m’a vraiment plus, c’est le côté drôle, et peut-être plus encore la poésie qui se dégageait du texte.

Vous en saviez autant sur les sacs poubelles avant de tourner le film ?

Zinedine Soualem : Je ne sais pas si ce que dit Boris est vrai à ce sujet. Personnellement, j’utilise mes sacs de courses comme poubelle. Je ne suis pas spécialement écolo et je ne trie pas mes ordures. Désolé ! Boris le fait, mais Zinedine Soualem, non... Mais vas-y toi ! Dis quelque chose !

Lucien Jean-Baptiste : Oui... Je vais reprendre les questions dans l’ordre... Je crois que Zinedine a tout dit... Mais, c’est vrai que pour moi, c’était ma première grande expérience, dans le sens où c’était effectivement la première fois où je me retrouvais à soutenir un rôle sur la durée. De plus, le personnage d’Arsène est très éloigné de ma personnalité. Au départ, Edmond cherchait un vieux gars très esquinté, alors que moi, je suis arrivé sur le tournage tout plein d’énergie. Comme le disait Zinedine, lorsqu’on s’est retrouvés tous les quatre, il y a eu une réelle alchimie, un truc magique ! On s’est tout de suite sentis bien ensemble. On n’était pas dans une ambiance star-system, dans une ambiance hiérarchique. On était tous là pour la même aventure. Ce qui a beaucoup aidé cela, c’est la manière dont on était filmés. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais il y a beaucoup de plans-séquences dans le film d’Edmond. Donc, dès qu’on attaquait une scène, on était tout de suite plongés tous les quatre dans le bain, comme au théâtre. On ne jouait pas à tour de rôle. On partait ensemble et il fallait que la mayonnaise prenne.

Justement, en parlant de ces plans-séquences, Gérard Darmon raconte dans le dossier de presse du film que le réalisateur lui a fait refaire 35 fois une prise. Ca n’était pas trop dur de jouer des scènes aussi longues ?

Zinedine Soualem : Pas pour moi. Toi, tu les craignais, hein ? Tu préfères les plan de 10 ou 15 secondes !

Lucien Jean-Baptiste : Oui, exactement. On appelle ça des one-shoot !

Zinedine Soualem : Moi, je suis un marathonien !

Lucien Jean-Baptiste : Ouais, et moi, un coureur de 100 mètres... Non, il n’y a pas eu de problèmes. Ce qui est paradoxal avec Edmond, c’est que, alors qu’il n’avait encore jamais tourné de premier long métrage, il donnait l’impression d’avoir une très grande expérience de ce qu’il faisait. Il était très précis. Il savait exactement ce qu’il voulait à l’écran. Et temps qu’il ne l’obtenait pas, on recommençait. Nous, nous lui faisions une confiance totale. Il cherchait constamment le détail, la petite chose. Il a construit tout son film là-dessus. Edmond est quelqu’un de très minutieux. J’espère qu’il aura la possibilité de faire d’autres films car le cinéma français a besoin de gens comme lui. C’est quelqu’un qui ne lâche pas ses comédiens. Les rôles que nous interprétons sont très forts. Il a fallu les construire avec minutie pour que le résultat final transporte le spectateur.

Le travail préparatoire au tournage ?

Lucien Jean-Baptiste : On a beaucoup travaillé nos rôles en amont, ensemble, et chacun de notre côté, afin de construire le mieux possible nos personnages respectifs. Moi, en observant des mecs comme ça, que l’on peut rencontrer tous les jours dans certains cafés, des mecs qui sont à l’arrêt tous les matins devant leur demi, qui attendent que le temps passe, qui aimeraient peut-être qu’il y ait un Jean-Claude (NDLR : Gérard Darmon dans le film) qui vienne les chercher et qui les emmène comme ça, faire le tour du monde. Les choses se sont construites aussi au fur et à mesure. Des fois, on avait l’impression de ne plus être sur un tournage. On était tous les quatre sur les pavés de Paris-Roubaix, voilà tout !

Lorsqu’on regarde l’affiche et qu’on vous voit aujourd’hui, on est frappés par les changements physiques opérés. Même si, en tant qu’acteur, vous êtes au service du réalisateur, ça ne vous pas trop impressionné de devoir bouleverser votre image à ce point ?

Lucien Jean-Baptiste : Quand j’ai lu le scénario, je me suis dit : « Ce gars a visiblement 50 ou 60 ans. Il est très fatigué de la vie, de tout ça... » Enfin, pour moi, ce fut un véritable bonheur. J’avais enfin la possibilité de construire un personnage très éloigné de mon caractère, de ce que je peux être dans la vie. C’est vrai que la première fois que j’ai vu le film, j’ai eu un véritable choc parce que... Eh bien, je ne me reconnaissais pas ! Ce fut un vrai bonheur, sincèrement...

Avez-vous tout de suite pris conscience de la dimension sociale de cette histoire ? Est-ce un conte social pour vous ?

Zinedine Soualem : C’est vrai que le film conte l’histoire de quatre paumés : quatre paumés qui ensemble tentent de se recréer une famille, de retrouver l’espoir. Mais ce n’est pas cela qui m’a interpellé au début. Ce qui me plaisait, c’était de voir des gens normaux plongés dans une histoire extraordinaire...


Propos recueillis par Reynald Dal Barco