L'interview de Thomas Gilou
Présent pour l'avant-première de son film, Thomas Gilou, réalisateur de « La Vérité si je mens... » n°2, a accepté de répondre à nos questions...
Ciné-Movies : Votre filmographie démontre que vous vous intéressez particulièrement aux communautés ?
Thomas Gilou : Je m’intéresse à la société française avant tout car elle est pluriculturelle ; la France a toujours été une terre de passage et c’est de cette diversité que naît la société française. Pour moi, la société française telle que la montre la télévision par exemple, ne correspond pas à la réalité. Je vis à Paris, et ce que je vois de la réalité c’est qu’elle est variée, diverse. Je m’intéresse donc aux communautés parce qu’elles apportent énormément d’énergie à notre société.
Ciné-Movies : Aviez-vous déjà pensez au deuxième volet lorsque vous terminiez le premier ?
Thomas Gilou : Non, comme pour n’importe quel film nous ne savions pas s’il allait marcher. On voyait les acteurs, pour la pluspart, pour la première fois à l’écran. On crée une famille mais on ne sait pas si cela va fonctionner. De plus, il était risqué de parler d’un aspect communautaire dont personne n’avait parlé jusqu’ici.
Ceci dit, cet ensemble de choses a éveillé la curiosité du public, mais je ne m’attendais pas à un tel succès. C’est alors que s’est posé la question de la suite.
Ciné-Movies : La question du casting a-t’elle été problématique étant donné que certains ne réitéraient pas l’aventure ?
Thomas Gilou : Ce fut problématique juste pour une personne, pour Vincent Elbaz. Le problème étant résolu, ça ne m’a pas posé de nouvelles contraintes car j’avais très envie de travailler avec Gad Elmaleh, c’était l’occasion rêvée. Et puis il y avait l’arrivée de Enrico Macias et celle de Daniel Prévost...
C.M. : Le choix de Daniel Prévost ?
T.G. : J’avais besoin d’un méchant pour faire tenir la trame du film. Ce n’était pas facile de sélectionner quelqu’un parce qu’il fallait que mon choix tienne compte de l’esprit global du film. Daniel représente ce que j’aime dans le cinéma français, des personnages qui vont jusqu’au bout des choses, avec de l’humour et du sarcasme. De plus le contact s’est tout de suite fait entre lui et moi, mais aussi entre lui et le reste de la bande car même s’ils ne sont pas de la même génération, l’état d’esprit demeure le même.
C.M. : Sur cet aspect du film, je veux dire concernant la grande distribution, vous vous êtes renseigné sur le sujet ou s’agit-il d’une caricature gratuite ?
T.G. : Ce n’est pas une caricature, c’est basé sur des faits réels au départ, aussi bien l’histoire du Sentier que celle de la grande distribution avec ses techniques et ses méthodes un peu barbares...
C.M. : L’économie du Sentier est-elle d’ailleurs réellement au ralenti ?
T.G. : La situation décrite dans le film est un peu en décalage avec la réalité du moment mais ce dont on parle s’est réellement passé il y quelques années. Le quartier du sentier s’est ouvert en 1993 à la grande distribution et comme se sont eux aussi des gens de terrains, ils ont très vite intégré les méthodes du sentier, se les sont appropriées et ont squizzé le sentier, c’est ce qu’on raconte.
C.M. : L’image que vous donner des femmes (femme objet) dans votre film correspond-elle à leurs réalités dans la communauté juive, ou les traits sont ils exagérés pour servir les situations comiques ?
T.G. : Non, il faut dire j’ai choisi uniquement de montrer le point de vue des mecs, tout est développé à partir de leur regard. Mais le machisme dont ils font preuve et qui est un aspect de leur culture, on le retrouve à d’autre niveaux au sein de la société française. C’est en effet un peu outrancier parfois mais c’était mon propos. Lorsque j’ai essayé de me placer du côté des femmes en tournant des scènes où elles discutaient entre elles, ça devenait catastrophique. On aurait pu se dire qu’il n’y avait plus d’espoir car les filles parlent généralement des mecs en utilisant le même machisme. Là, au moins avec le film, on se dit que les filles ne sont pas aussi connes que les mecs, on préserve l’univers féminin.
C.M. : Sur le tournage, l’ambiance était la même, filles-garçons...?
T.G. : L’ambiance était raccord. Mais rassurez-vous, dans la vie, ils ne sont pas aussi machos que les personnages qu’ils incarnent.
C.M. : Cela n’a pas été trop difficile de maîtriser le tournage ?
T.M. : C’était un peu compliqué parce qu’il y avait beaucoup d’énergie, de déconnades, de rires. De temps en temps, il fallait remettre un peu d’ordre là-dedans. Même si pour eux c’est une manière de se concentrer ou d’exprimer une certaine angoisse, il faut taper un peu du poing sur la table, et c’était là, entre autre, mon boulot. Parfois j’avais même envie de rire avec eux, entre une attitude stricte de réalisateur et le besoin de laisser respirer ses acteurs, ce n’est pas toujours évident à doser.
C.M. : Qu’est ce qui a motivé le recentrage du film sur le personnage de José Garcia ?
T.M. : La problématique du second volet était moins forte que le premier, il fallait donc trouver un registre qui soit assez humoristique et le personnage de José se prêtait bien à cela. On bascule sur un personnage qui véhicule plus la comédie.
C.M. : On sent comme un parallèle avec le premier numéro de « La Vérité si je mens », en ce sens que Serge (José Garcia) cherche sa place...
T.M. : Oui. Il porte, comme Anconina dans le premier, l’histoire d’amour du film. Mais il a du mal à trouver sa place en raison de sa situation financière... C’est un problème un peu social : Serge est plus bas, et il vise à être plus haut. Il y a effectivement ce décalage, et ceci est en effet transposé du personnage de Richard Anconina.
C.M. : On a dû beaucoup vous poser la question : vous envisagez un troisième volet ?
T.M. : C’est un peu tôt pour dire ça, on verra, il faut qu’on est tous envie de se retrouver...
C.M. : Vos projets ?
T.M. : J’attend d’être sorti du film, il me prend encore moralement beaucoup... Je ne sais pas encore ce que je vais faire par la suite.
C.M. : Comédies ?
T.M. : Pas forcément, on peut se frotter à plusieurs genres, on n’est pas obligé de faire toujours cinq millions d’entrées, on peut faire d’autres choses.
C.M. : Pour finir, parlez-nous un peu du choix d’Enrico Macias. c’est un peu aussi la caractéristique incontournable de « La Vérité si je mens 2 »
T.M. : Je me suis dit qu’Enrico était intéressant parce qu’il a une stature, un poids. J’étais étonné qu’il n’ait pas déjà tourné. Je me suis donc adressé à lui, normalement, et il a été très enthousiaste. Mais il a dit : « Vous savez, je ne sais pas jouer » et il a de lui-même proposé que l’on fasse d’abord des essais. Ca s’est très bien passé... Il a le sens des mots, du texte, du rythme et puis il a cette prestance. En plus, le rôle était proche de ce qu’il peut connaître.
C.M. : Il semblait d’ailleurs très ému lors de la première à Paris ?
T.M. : Il était ravi..., comme un gamin...
Propos recueillis par Émilie Bablée
Présent pour l'avant-première de son film, Thomas Gilou, réalisateur de « La Vérité si je mens... » n°2, a accepté de répondre à nos questions...Ciné-Movies : Votre filmographie démontre que vous vous intéressez particulièrement aux communautés ?
Thomas Gilou : Je m’intéresse à la société française avant tout car elle est pluriculturelle ; la France a toujours été une terre de passage et c’est de cette diversité que naît la société française. Pour moi, la société française telle que la montre la télévision par exemple, ne correspond pas à la réalité. Je vis à Paris, et ce que je vois de la réalité c’est qu’elle est variée, diverse. Je m’intéresse donc aux communautés parce qu’elles apportent énormément d’énergie à notre société.
Ciné-Movies : Aviez-vous déjà pensez au deuxième volet lorsque vous terminiez le premier ?
Thomas Gilou : Non, comme pour n’importe quel film nous ne savions pas s’il allait marcher. On voyait les acteurs, pour la pluspart, pour la première fois à l’écran. On crée une famille mais on ne sait pas si cela va fonctionner. De plus, il était risqué de parler d’un aspect communautaire dont personne n’avait parlé jusqu’ici.
Ceci dit, cet ensemble de choses a éveillé la curiosité du public, mais je ne m’attendais pas à un tel succès. C’est alors que s’est posé la question de la suite.
Ciné-Movies : La question du casting a-t’elle été problématique étant donné que certains ne réitéraient pas l’aventure ?
Thomas Gilou : Ce fut problématique juste pour une personne, pour Vincent Elbaz. Le problème étant résolu, ça ne m’a pas posé de nouvelles contraintes car j’avais très envie de travailler avec Gad Elmaleh, c’était l’occasion rêvée. Et puis il y avait l’arrivée de Enrico Macias et celle de Daniel Prévost...
C.M. : Le choix de Daniel Prévost ?
T.G. : J’avais besoin d’un méchant pour faire tenir la trame du film. Ce n’était pas facile de sélectionner quelqu’un parce qu’il fallait que mon choix tienne compte de l’esprit global du film. Daniel représente ce que j’aime dans le cinéma français, des personnages qui vont jusqu’au bout des choses, avec de l’humour et du sarcasme. De plus le contact s’est tout de suite fait entre lui et moi, mais aussi entre lui et le reste de la bande car même s’ils ne sont pas de la même génération, l’état d’esprit demeure le même.
C.M. : Sur cet aspect du film, je veux dire concernant la grande distribution, vous vous êtes renseigné sur le sujet ou s’agit-il d’une caricature gratuite ?
T.G. : Ce n’est pas une caricature, c’est basé sur des faits réels au départ, aussi bien l’histoire du Sentier que celle de la grande distribution avec ses techniques et ses méthodes un peu barbares...
C.M. : L’économie du Sentier est-elle d’ailleurs réellement au ralenti ?
T.G. : La situation décrite dans le film est un peu en décalage avec la réalité du moment mais ce dont on parle s’est réellement passé il y quelques années. Le quartier du sentier s’est ouvert en 1993 à la grande distribution et comme se sont eux aussi des gens de terrains, ils ont très vite intégré les méthodes du sentier, se les sont appropriées et ont squizzé le sentier, c’est ce qu’on raconte.
C.M. : L’image que vous donner des femmes (femme objet) dans votre film correspond-elle à leurs réalités dans la communauté juive, ou les traits sont ils exagérés pour servir les situations comiques ?
T.G. : Non, il faut dire j’ai choisi uniquement de montrer le point de vue des mecs, tout est développé à partir de leur regard. Mais le machisme dont ils font preuve et qui est un aspect de leur culture, on le retrouve à d’autre niveaux au sein de la société française. C’est en effet un peu outrancier parfois mais c’était mon propos. Lorsque j’ai essayé de me placer du côté des femmes en tournant des scènes où elles discutaient entre elles, ça devenait catastrophique. On aurait pu se dire qu’il n’y avait plus d’espoir car les filles parlent généralement des mecs en utilisant le même machisme. Là, au moins avec le film, on se dit que les filles ne sont pas aussi connes que les mecs, on préserve l’univers féminin.
C.M. : Sur le tournage, l’ambiance était la même, filles-garçons...?
T.G. : L’ambiance était raccord. Mais rassurez-vous, dans la vie, ils ne sont pas aussi machos que les personnages qu’ils incarnent.
C.M. : Cela n’a pas été trop difficile de maîtriser le tournage ?
T.M. : C’était un peu compliqué parce qu’il y avait beaucoup d’énergie, de déconnades, de rires. De temps en temps, il fallait remettre un peu d’ordre là-dedans. Même si pour eux c’est une manière de se concentrer ou d’exprimer une certaine angoisse, il faut taper un peu du poing sur la table, et c’était là, entre autre, mon boulot. Parfois j’avais même envie de rire avec eux, entre une attitude stricte de réalisateur et le besoin de laisser respirer ses acteurs, ce n’est pas toujours évident à doser.
C.M. : Qu’est ce qui a motivé le recentrage du film sur le personnage de José Garcia ?
T.M. : La problématique du second volet était moins forte que le premier, il fallait donc trouver un registre qui soit assez humoristique et le personnage de José se prêtait bien à cela. On bascule sur un personnage qui véhicule plus la comédie.
C.M. : On sent comme un parallèle avec le premier numéro de « La Vérité si je mens », en ce sens que Serge (José Garcia) cherche sa place...
T.M. : Oui. Il porte, comme Anconina dans le premier, l’histoire d’amour du film. Mais il a du mal à trouver sa place en raison de sa situation financière... C’est un problème un peu social : Serge est plus bas, et il vise à être plus haut. Il y a effectivement ce décalage, et ceci est en effet transposé du personnage de Richard Anconina.
C.M. : On a dû beaucoup vous poser la question : vous envisagez un troisième volet ?
T.M. : C’est un peu tôt pour dire ça, on verra, il faut qu’on est tous envie de se retrouver...
C.M. : Vos projets ?
T.M. : J’attend d’être sorti du film, il me prend encore moralement beaucoup... Je ne sais pas encore ce que je vais faire par la suite.
C.M. : Comédies ?
T.M. : Pas forcément, on peut se frotter à plusieurs genres, on n’est pas obligé de faire toujours cinq millions d’entrées, on peut faire d’autres choses.
C.M. : Pour finir, parlez-nous un peu du choix d’Enrico Macias. c’est un peu aussi la caractéristique incontournable de « La Vérité si je mens 2 »
T.M. : Je me suis dit qu’Enrico était intéressant parce qu’il a une stature, un poids. J’étais étonné qu’il n’ait pas déjà tourné. Je me suis donc adressé à lui, normalement, et il a été très enthousiaste. Mais il a dit : « Vous savez, je ne sais pas jouer » et il a de lui-même proposé que l’on fasse d’abord des essais. Ca s’est très bien passé... Il a le sens des mots, du texte, du rythme et puis il a cette prestance. En plus, le rôle était proche de ce qu’il peut connaître.
C.M. : Il semblait d’ailleurs très ému lors de la première à Paris ?
T.M. : Il était ravi..., comme un gamin...
Propos recueillis par Émilie Bablée