L'interview de Robert Rodriguez, Alexa Vega et Daryl Sabara
Ca y est, le rendez vous est donné à l'hôtel Crion de Paris où toute l'équipe de "Spy Kids" est descendu pour la promotion du film . Alors que je suis en train d'attendre Robert Rodriguez (The Faculty, Une nuit en enfer, Desperado), je suis interrompu par "deux espions" (Alexa Vega et Daryl Sabara qui incarnent justement les "Spy Kids").
Apparemment usés par le rythme de leur tournée promotionnelle ils se défoulent dans mon salon d'interviews en entamant un cache cache mémorable. Là dessus Robert Rodriguez déboule et s'y met aussi!!! Mais les bonnes chose ont une fin et il est temps de retourner au boulot !!
CineMovies: Spy Kids c’est vraiment quelque chose de très différent de ce que vous faites habituellement. Est-ce que vous l’avez fait pour vos enfants ?
Robert Rodriguez: En réalité j’avais ce projet avant même d’avoir des enfants. Je viens d’une famille de 10 enfants alors j’ai été baigné dans les ambiances de comédies familiales. C’est le film «El Mariachi» qui a été un tournant. Avant je faisais des dessins animés quotidiennement, ils m’étaient inspirés par ma famille. Ensuite j’ai trouvé un agent grâce à un film dans lequel j’avais filmé mes frères et sœurs dans le jardin. Ce film a gagné dans plusieurs festivals et j’ai compris qu’il fallait que je fasse un film à petit budget pour le marché espagnol. Ils ont voulu un film d’action et ça a donné «El mariachi». Et puisque ce film a eu du succès, j’ai continué dans le genre action mais j’ai toujours souhaité faire une comédie familiale.Quand j’ai eu cette idée d’un couple d’espions qui seraient sauvés par leurs enfants, je me suis dit que c’était vraiment une bonne idée, alors je me suis dit «il faut faire ce film, sinon quelqu'un d’autre va forcément y penser». Le problème c’est que je n’étais pas un pro des films à effets spéciaux. Finalement je m’y suis mis, avec l’aide d’un superviseur, je voulais apprendre. Le film contient 500 effets différents.
CineMovies: Vous avez presque fait tout vous-même, vous écrivez, réalisez, éditez, produisez…
R.R. :Oui, j’adore ça, je me suis même occupé du son, de la musique, je veux apprendre un maximum de choses.
CineMovies: Combien a coûté Spy kids ?
R.R. : 36 millions de dollars. C’est mon plus gros budget, mais ce n’est pas tant que ça, le film a l’air d’en coûter 100 avec tous les effets qu’il compte. J’économise en faisant de nombreuses choses par moi-même et puis je me mets dans la peau d’un magicien. Je suggère beaucoup plus que ne fais réellement, j’utilise beaucoup de «trucs» de cinéma . C’est mon boulot.
CineMovies: Vous êtes un habitué de la débrouillardise.
R.R. : Oui. J’ai commencé à faire des petites choses avec la caméra qu’avait acheté mon père. A l’école je n’écoutais rien, je commençais déjà à dessiner des comic strips. Et puis j’ai fait des films avec une VHS, ces films ont remporté des prix dans des concours et j’ai obtenu pas mal de reconnaissance, alors je me suis lancé pour faire «El mariachi».Je suis habitué à travailler comme ça, avec pas grand chose, alors j’ai fait ce film sans avoir d’équipe. J’ai tout fait, c’était assez révolutionnaire.
CineMovies: Vous avez grandi à San Antonio et Austin (Texas), vous pensiez que d’autres personnes dans cette ville faisaient du cinéma ?
R.R. : Non, quand je bidouillais mes premiers films, j’aurais aimé avoir l’aide d’autres types, mais je ne savais pas qui contacter. C’est en allant sur des festivals que j’ai réalisé que je n’étais pas seul, j’ai rencontré Quentin Tarentino.J’aurais aimé le rencontrer plus tôt. Mais maintenant il y a internet, si vous avez quelque chose à montrer, vous le mettez sur le net, et les gens vous contactent.
CineMovies: Austin c’est une sorte de communauté maintenant (à savoir qu'il ne tourne pratiquement que là bas!).
R.R. : Oui, moi et un pote nous avons demandé à la ville d’utiliser des hangars et des aéroports pour tourner. Maintenant il y a des studios. Désormais les réalisateurs ont des facilités.
CineMovies: Vous souhaitez rester à Austin ?
R.R. : Oui. J’y ai tourné Spy Kids. J’ai élevé mes enfants ici. Je pensais ne jamais avoir accès au monde du cinéma parce que je ne voulais pas quitter le Texas. Je voulais continuer à faire mes petits films. Le business ne m’intéressait pas.Une fois que le succès est arrivé, j’ai voulu rester au Texas. Et c’est possible. Pour les effets spéciaux de Spy Kids, c’est une compagnie du Canada qui s’est installée dans mon garage par l’intermédiaire d’un ordinateur adapté. J’utilise la vidéo conférence aussi.Ce qu’il faut c’est vouloir vraiment les choses. Ce qui est dur c’est de réaliser un film avec le budget que l’on s’est fixé.
CineMovies: C’est un problème les limitations budgétaires lorsque l’on écrit un script ?
R.R. : Oui et non. Quand j’écris, je n’y pense pas trop et je me dis que je trouverais bien un moyen de faire ce que je veux. On peut faire des choses très créatives sans avoir énormément de moyens. En tout cas quand je vois mon film achevé, je vois exactement ce que je voulais en écrivant le script. Cela prend juste du temps.
CineMovies: Combien de temps ?
R.R. : 2 ans au total.
CineMovies: Est-ce que vous faites vos story-boards (scènes dessinées une à une) ?
R.R. : Oui. Si quelqu'un d’autre le fait, c’est lui qui dirigera votre film. En général les gens les font seulement pour rassurer le studio en démontrant qu’il y a des scènes précises prévues. Pour moi, mon story-board, c’est une Bible. Je le suis à la lettre. Comme ça, je sais ce que je veux et je sais que je vais tourner tout ça. On entend souvent des cascadeurs dire : «J’ai fait cette scène dangereuse et il ne l’on pas gardé». C’est aberrant. Je film et je garde tout ce qui est dans le story-board. Je ne perds mon argent et celui des studios à filmer quelque chose qui n’apparaîtra pas à l’écran. C’est comme ça que j’ai fait Spy Kids, avec des enfants, des écrans verts et 48 jours de tournage au lieu de 148. Il n’y a pas de perte et pour un réalisateur c’est une grande liberté. Je garde toujours la décision finale car les studios me font confiance, ils voient que je ne gaspille pas leur argent. L’argent c’est l’ennemi de la créativité. Vous pouvez régler un problème de création avec de l’argent, c’est dommage. Le public est content quand il sent que le réalisateur s’est amusé, qu’il a toujours cherché la solution la plus créative.
CineMovies: Vous semblez satisfait.
R.R. : Oui, j’ai les mains libres, je n’aime pas les grosses équipe de techniciens. Je bidouille, c’est magique.
CineMovies: Est-ce qu’il a été difficile de trouver les enfants ?
R.R. : J’ai cherché 6 mois et puis finalement j’ai gardé le petit garçon que j’avais vu la première semaine. Pour la petite fille, je me suis décidé au bout de 4 mois. J’avais déjà travaillé avec des enfants. Il ne faut pas choisir celui qui brille, qui a trop de personnalité, je préfère celui qui est un peu en retrait, il sera plus facile à diriger. Il ne vous fatiguera pas, au contraire, vous l’adorerez. Avec les enfants, ce n’est pas si dur. Vous expliquez ce que vous avez en tête, vous lisez le script, ils posent des questions pertinentes, vous répondez et ça roule.
CineMovies: Vous allez tourner la suite en avril ?
R.R. : Oui, on y travaille.
CineMovies:Comment trouvez-vous le temps ?
R.R. : Je ne sais pas. Je fais le temps. Je travaille beaucoup mais j’arrive à passer du temps avec mes 3 enfants. C’est un équilibre. Je vais au «travail», si on peut dire, et je fais des films que mes enfants vont avoir plaisir à voir, c’est super, je m’amuse.
Propos recueillis par Egil Bain - traduction Émilie Bablée
Ca y est, le rendez vous est donné à l'hôtel Crion de Paris où toute l'équipe de "Spy Kids" est descendu pour la promotion du film . Alors que je suis en train d'attendre Robert Rodriguez (The Faculty, Une nuit en enfer, Desperado), je suis interrompu par "deux espions" (Alexa Vega et Daryl Sabara qui incarnent justement les "Spy Kids").
Apparemment usés par le rythme de leur tournée promotionnelle ils se défoulent dans mon salon d'interviews en entamant un cache cache mémorable. Là dessus Robert Rodriguez déboule et s'y met aussi!!! Mais les bonnes chose ont une fin et il est temps de retourner au boulot !!
CineMovies: Spy Kids c’est vraiment quelque chose de très différent de ce que vous faites habituellement. Est-ce que vous l’avez fait pour vos enfants ?
Robert Rodriguez: En réalité j’avais ce projet avant même d’avoir des enfants. Je viens d’une famille de 10 enfants alors j’ai été baigné dans les ambiances de comédies familiales. C’est le film «El Mariachi» qui a été un tournant. Avant je faisais des dessins animés quotidiennement, ils m’étaient inspirés par ma famille. Ensuite j’ai trouvé un agent grâce à un film dans lequel j’avais filmé mes frères et sœurs dans le jardin. Ce film a gagné dans plusieurs festivals et j’ai compris qu’il fallait que je fasse un film à petit budget pour le marché espagnol. Ils ont voulu un film d’action et ça a donné «El mariachi». Et puisque ce film a eu du succès, j’ai continué dans le genre action mais j’ai toujours souhaité faire une comédie familiale.Quand j’ai eu cette idée d’un couple d’espions qui seraient sauvés par leurs enfants, je me suis dit que c’était vraiment une bonne idée, alors je me suis dit «il faut faire ce film, sinon quelqu'un d’autre va forcément y penser». Le problème c’est que je n’étais pas un pro des films à effets spéciaux. Finalement je m’y suis mis, avec l’aide d’un superviseur, je voulais apprendre. Le film contient 500 effets différents.
CineMovies: Vous avez presque fait tout vous-même, vous écrivez, réalisez, éditez, produisez…
R.R. :Oui, j’adore ça, je me suis même occupé du son, de la musique, je veux apprendre un maximum de choses.
CineMovies: Combien a coûté Spy kids ?
R.R. : 36 millions de dollars. C’est mon plus gros budget, mais ce n’est pas tant que ça, le film a l’air d’en coûter 100 avec tous les effets qu’il compte. J’économise en faisant de nombreuses choses par moi-même et puis je me mets dans la peau d’un magicien. Je suggère beaucoup plus que ne fais réellement, j’utilise beaucoup de «trucs» de cinéma . C’est mon boulot.
CineMovies: Vous êtes un habitué de la débrouillardise.
R.R. : Oui. J’ai commencé à faire des petites choses avec la caméra qu’avait acheté mon père. A l’école je n’écoutais rien, je commençais déjà à dessiner des comic strips. Et puis j’ai fait des films avec une VHS, ces films ont remporté des prix dans des concours et j’ai obtenu pas mal de reconnaissance, alors je me suis lancé pour faire «El mariachi».Je suis habitué à travailler comme ça, avec pas grand chose, alors j’ai fait ce film sans avoir d’équipe. J’ai tout fait, c’était assez révolutionnaire.
CineMovies: Vous avez grandi à San Antonio et Austin (Texas), vous pensiez que d’autres personnes dans cette ville faisaient du cinéma ?
R.R. : Non, quand je bidouillais mes premiers films, j’aurais aimé avoir l’aide d’autres types, mais je ne savais pas qui contacter. C’est en allant sur des festivals que j’ai réalisé que je n’étais pas seul, j’ai rencontré Quentin Tarentino.J’aurais aimé le rencontrer plus tôt. Mais maintenant il y a internet, si vous avez quelque chose à montrer, vous le mettez sur le net, et les gens vous contactent.
CineMovies: Austin c’est une sorte de communauté maintenant (à savoir qu'il ne tourne pratiquement que là bas!).
R.R. : Oui, moi et un pote nous avons demandé à la ville d’utiliser des hangars et des aéroports pour tourner. Maintenant il y a des studios. Désormais les réalisateurs ont des facilités.
CineMovies: Vous souhaitez rester à Austin ?
R.R. : Oui. J’y ai tourné Spy Kids. J’ai élevé mes enfants ici. Je pensais ne jamais avoir accès au monde du cinéma parce que je ne voulais pas quitter le Texas. Je voulais continuer à faire mes petits films. Le business ne m’intéressait pas.Une fois que le succès est arrivé, j’ai voulu rester au Texas. Et c’est possible. Pour les effets spéciaux de Spy Kids, c’est une compagnie du Canada qui s’est installée dans mon garage par l’intermédiaire d’un ordinateur adapté. J’utilise la vidéo conférence aussi.Ce qu’il faut c’est vouloir vraiment les choses. Ce qui est dur c’est de réaliser un film avec le budget que l’on s’est fixé.
CineMovies: C’est un problème les limitations budgétaires lorsque l’on écrit un script ?
R.R. : Oui et non. Quand j’écris, je n’y pense pas trop et je me dis que je trouverais bien un moyen de faire ce que je veux. On peut faire des choses très créatives sans avoir énormément de moyens. En tout cas quand je vois mon film achevé, je vois exactement ce que je voulais en écrivant le script. Cela prend juste du temps.
CineMovies: Combien de temps ?
R.R. : 2 ans au total.
CineMovies: Est-ce que vous faites vos story-boards (scènes dessinées une à une) ?
R.R. : Oui. Si quelqu'un d’autre le fait, c’est lui qui dirigera votre film. En général les gens les font seulement pour rassurer le studio en démontrant qu’il y a des scènes précises prévues. Pour moi, mon story-board, c’est une Bible. Je le suis à la lettre. Comme ça, je sais ce que je veux et je sais que je vais tourner tout ça. On entend souvent des cascadeurs dire : «J’ai fait cette scène dangereuse et il ne l’on pas gardé». C’est aberrant. Je film et je garde tout ce qui est dans le story-board. Je ne perds mon argent et celui des studios à filmer quelque chose qui n’apparaîtra pas à l’écran. C’est comme ça que j’ai fait Spy Kids, avec des enfants, des écrans verts et 48 jours de tournage au lieu de 148. Il n’y a pas de perte et pour un réalisateur c’est une grande liberté. Je garde toujours la décision finale car les studios me font confiance, ils voient que je ne gaspille pas leur argent. L’argent c’est l’ennemi de la créativité. Vous pouvez régler un problème de création avec de l’argent, c’est dommage. Le public est content quand il sent que le réalisateur s’est amusé, qu’il a toujours cherché la solution la plus créative.
CineMovies: Vous semblez satisfait.
R.R. : Oui, j’ai les mains libres, je n’aime pas les grosses équipe de techniciens. Je bidouille, c’est magique.
CineMovies: Est-ce qu’il a été difficile de trouver les enfants ?
R.R. : J’ai cherché 6 mois et puis finalement j’ai gardé le petit garçon que j’avais vu la première semaine. Pour la petite fille, je me suis décidé au bout de 4 mois. J’avais déjà travaillé avec des enfants. Il ne faut pas choisir celui qui brille, qui a trop de personnalité, je préfère celui qui est un peu en retrait, il sera plus facile à diriger. Il ne vous fatiguera pas, au contraire, vous l’adorerez. Avec les enfants, ce n’est pas si dur. Vous expliquez ce que vous avez en tête, vous lisez le script, ils posent des questions pertinentes, vous répondez et ça roule.
CineMovies: Vous allez tourner la suite en avril ?
R.R. : Oui, on y travaille.
CineMovies:Comment trouvez-vous le temps ?
R.R. : Je ne sais pas. Je fais le temps. Je travaille beaucoup mais j’arrive à passer du temps avec mes 3 enfants. C’est un équilibre. Je vais au «travail», si on peut dire, et je fais des films que mes enfants vont avoir plaisir à voir, c’est super, je m’amuse.
Propos recueillis par Egil Bain - traduction Émilie Bablée