L'interview de Lambert Wilson et Emma de Caunes
Rencontre express avec Lambert Wilson et Emma de Caunes, les deux voix pilotes de Souris City. L'un incarne le très distingué Roddy Saint-James, l'autre la courageuse Rita. Les deux acteurs se livrent au jeu des questions réponses sans oublier, avec gentillesse, d'évoquer leurs prochains films à sortir en 2007.
C’est la première fois que vous vous essayez au doublage de voix ? Avez-vous profité d’une préparation spéciale à la postsynchronisation de Souris City ?
Lambert Wilson : J’ai fait beaucoup de doublages quand j’ai débuté dans le métier. Histoire de payer ma croûte, comme on dit. C’est le deuxième film d’animation auquel je participe. Quant à la préparation, pendant un mois, j’ai beaucoup couru (rires).
Emma de Caunes : Il est allé courir dans les catacombes de Paris afin de mieux s’imprégner de son personnage de rat... Plus sincèrement, c’est la première fois que je travaille sur un film d’animation. J’ai eu beaucoup de plaisir à participer à ce projet. Je le refais quand vous vous voulez !
La voix est peut-être plus expressive que le geste. N’avez-vous pas trouvé l’exercice plus compliqué que de se confronter à une caméra ?
Emma de Caunes : Je dirai différent, mais pas plus compliqué. Parfois plus simple même. Après tout, quand on arrive, tout est déjà pratiquement fait à l’écran. Il y a aussi une référence à la voix originale. Ca aiguille pas mal. Par contre, il est vrai que nous avons beaucoup bougé dans notre petite cage durant les prises. On essaie de se mettre en conditions ; et puis parfois, on se laisse prendre par les situations et les personnages.
Lambert Wilson : Ce qui est bien avec le doublage, c’est qu’on n’a pas besoin de se faire maquiller le matin. Peu importe qu’on arrive avec une gueule pas possible pour l’enregistrement. Personne nous voit ! C’est énormément de boulot en moins quand même. Surtout en ce qui me concerne.
Je suppose que vous avez regardé l’original. Par rapport au jeu de Hugh Jackman et Kate Winslet, que vous doublez tous les deux, avez-vous reçu des directives des réalisateurs, où vous ont-ils laissé toute liberté dans vos interprétations ?
Lambert Wilson : Disons qu’il existe une certaine exigence de respect dans ce qui a été fait. Par les acteurs originaux d’abord – qui ont, eux, travaillé directement avec les metteurs en scène. Ce qu’ils font dans le film est exactement ce que les créateurs ont décidé. En revanche, nous avons travaillé avec un metteur en scène de plateau pour la version française. Lui nous fournissait des directives spécifiques. Des directives qui s’éloignaient parfois de l’original pour des raisons de langue avant tout, au niveau des intonations surtout. Il était impossible de coller au plus près de l’original. Pour résumer, on retranscrit à 95% la version originale. Puis, il y a ces fameux 5% d’adaptabilité à notre langue, à nos intonations, à nos idiomes.
On peut reconnaître beaucoup de qualités au film si on le destine au jeune public. N’avez-vous pas le sentiment quand même que les grands risquent de trouver Souris City un peu insulaire, voire anti-européen dans la faculté qu’il a d’opposer les Anglo-Saxons et l’axe franco-allemand ? Trouvez-vous mon jugement un peu trop poussif ?
Emma de Caunes : Je pense qu’il faut prendre un peu de distance par rapport à tout ça. Restons légers ! Les Anglais cultivent un second degré que les Français ont du mal à percevoir. Nous, Français dirai-je, on perçoit bien évidemment tout ce qui critique notre culture. Par contre, on ne cultive pas assez l’humour à notre encontre. Le film demeure joyeux, et non agressif. Je n’ai pas l’impression qu’il soit si caricatural. Les enfants, bien sûr, ne percevront pas tous ces petits pics. Mais tout ça n’est pas bien grave au final. Moi, j’ai trouvé ça plutôt marrant. Ca demeure quand même un film d’animation pour tout public.
Lambert Wilson : Les Français sont un peu susceptibles ; alors que d’une certaine manière, ils ont recourt aux mêmes clichés lorsqu’ils parlent des Anglais. Tout ça fait partie en fin de compte des moteurs de la comédie. Depuis Shakespeare, le cliché, en matière d’identité nationale, est très utile pour le comique, pour la dramaturgie. Il ne faut pas en avoir peur. Alors, évidemment, c’est un peu pénible, quand on est un acteur français, qu’on vous demande systématiquement de ressembler à l’image internationale du Français. Mais en même temps, c’est un réflexe que nous cultivons nous aussi. Dans une comédie à la française où interviennent des Anglais, on aura tendance à leur mettre une tasse de thé à la main, à leur coller de grandes moustaches, à leur faire porter un chapeau melon. C’est un réflexe naturel. Presque sain dirai-je.
Vous êtes certes en promotion pour Souris City, mais on ne va pas se gâcher le plaisir de vous faire réagir sur l’un de vos futurs projets... Lambert Wilson, pouvez-vous nous parler de Dante 01 ? Quant à vous, Emma de Caunes, au choix ! Entre votre projet de long métrage en collaboration avec Alain Chabat - « Papa was a Rolling Stones » -, et le prochain Denys Arcand ?
Lambert Wilson : Dante 01 est un film qui va sortir l’année prochaine, aux alentours de mai ou juin, il me semble. C’est le premier film de Marc Caro : un jeune réalisateur qui a beaucoup travailler avec Jean-Pierre Jeunet... C’est un film très insensé, extraordinaire. Un film de science-fiction qui se passe dans une prison située dans l’espace. Je crois que ce film en surprendra plus d’un… J’en ai vu trois minutes : trois minutes pré-montées, comme une espèce de teaser. Le film est impressionnant parce qu’il est visuellement très prononcé. Marc est quelqu’un de très imaginatif. Lorsqu’il travaillait avec Jeunet, c’est surtout lui qui façonnait tous ces décors, un peu féeriques. Le film n’a pas été réalisé avec énormément de moyens, mais il a une gueule… incroyable ! Il m’a fait faire des trucs invraisemblables. Il m’a couvert de toutes les substances possibles et inimaginables. J’en vomis beaucoup, d’ailleurs, dans le film (rires). J’ai dû travailler énormément ma musculature pour le tournage. Il a rasé la tête de tous les acteurs. On avait l’impression d’évoluer dans un autre espace temps...
Emma de Caunes : Alors moi, au choix... Je vais vous parler du prochain film de Denys Arcand. C’est encore un peu tout frais, car on vient juste de terminer le tournage... Le film s’appelle L’Age des ténèbres. Enfin, pour l’instant. Le titre risque de changer, il me semble. Mais bon… Le rôle principal est joué par un acteur canadien très populaire là-bas, un acteur qui s’appelle Marc Labrèche. C’est une espèce d’Alain Chabat canadien... C’est un film à l’image de son réalisateur. Très drôle et profondément désespéré. Ce fut génial de travailler avec Arcand car cet homme possède une humanité rare, un humour incroyable. Il cultive une gentillesse, une précision… Enfin, ce fut une superbe rencontre. Et pour rejoindre Lambert, Denys Arcand m’a fait faire des trucs incroyables aussi. Mais je ne vous en dirai pas plus…
Interview réalisée et retranscrite par Reynald Dal Barco
Rencontre express avec Lambert Wilson et Emma de Caunes, les deux voix pilotes de Souris City. L'un incarne le très distingué Roddy Saint-James, l'autre la courageuse Rita. Les deux acteurs se livrent au jeu des questions réponses sans oublier, avec gentillesse, d'évoquer leurs prochains films à sortir en 2007.C’est la première fois que vous vous essayez au doublage de voix ? Avez-vous profité d’une préparation spéciale à la postsynchronisation de Souris City ?
Lambert Wilson : J’ai fait beaucoup de doublages quand j’ai débuté dans le métier. Histoire de payer ma croûte, comme on dit. C’est le deuxième film d’animation auquel je participe. Quant à la préparation, pendant un mois, j’ai beaucoup couru (rires).
Emma de Caunes : Il est allé courir dans les catacombes de Paris afin de mieux s’imprégner de son personnage de rat... Plus sincèrement, c’est la première fois que je travaille sur un film d’animation. J’ai eu beaucoup de plaisir à participer à ce projet. Je le refais quand vous vous voulez !
La voix est peut-être plus expressive que le geste. N’avez-vous pas trouvé l’exercice plus compliqué que de se confronter à une caméra ?
Emma de Caunes : Je dirai différent, mais pas plus compliqué. Parfois plus simple même. Après tout, quand on arrive, tout est déjà pratiquement fait à l’écran. Il y a aussi une référence à la voix originale. Ca aiguille pas mal. Par contre, il est vrai que nous avons beaucoup bougé dans notre petite cage durant les prises. On essaie de se mettre en conditions ; et puis parfois, on se laisse prendre par les situations et les personnages.
Lambert Wilson : Ce qui est bien avec le doublage, c’est qu’on n’a pas besoin de se faire maquiller le matin. Peu importe qu’on arrive avec une gueule pas possible pour l’enregistrement. Personne nous voit ! C’est énormément de boulot en moins quand même. Surtout en ce qui me concerne.
Je suppose que vous avez regardé l’original. Par rapport au jeu de Hugh Jackman et Kate Winslet, que vous doublez tous les deux, avez-vous reçu des directives des réalisateurs, où vous ont-ils laissé toute liberté dans vos interprétations ?
Lambert Wilson : Disons qu’il existe une certaine exigence de respect dans ce qui a été fait. Par les acteurs originaux d’abord – qui ont, eux, travaillé directement avec les metteurs en scène. Ce qu’ils font dans le film est exactement ce que les créateurs ont décidé. En revanche, nous avons travaillé avec un metteur en scène de plateau pour la version française. Lui nous fournissait des directives spécifiques. Des directives qui s’éloignaient parfois de l’original pour des raisons de langue avant tout, au niveau des intonations surtout. Il était impossible de coller au plus près de l’original. Pour résumer, on retranscrit à 95% la version originale. Puis, il y a ces fameux 5% d’adaptabilité à notre langue, à nos intonations, à nos idiomes.
On peut reconnaître beaucoup de qualités au film si on le destine au jeune public. N’avez-vous pas le sentiment quand même que les grands risquent de trouver Souris City un peu insulaire, voire anti-européen dans la faculté qu’il a d’opposer les Anglo-Saxons et l’axe franco-allemand ? Trouvez-vous mon jugement un peu trop poussif ?
Emma de Caunes : Je pense qu’il faut prendre un peu de distance par rapport à tout ça. Restons légers ! Les Anglais cultivent un second degré que les Français ont du mal à percevoir. Nous, Français dirai-je, on perçoit bien évidemment tout ce qui critique notre culture. Par contre, on ne cultive pas assez l’humour à notre encontre. Le film demeure joyeux, et non agressif. Je n’ai pas l’impression qu’il soit si caricatural. Les enfants, bien sûr, ne percevront pas tous ces petits pics. Mais tout ça n’est pas bien grave au final. Moi, j’ai trouvé ça plutôt marrant. Ca demeure quand même un film d’animation pour tout public.
Lambert Wilson : Les Français sont un peu susceptibles ; alors que d’une certaine manière, ils ont recourt aux mêmes clichés lorsqu’ils parlent des Anglais. Tout ça fait partie en fin de compte des moteurs de la comédie. Depuis Shakespeare, le cliché, en matière d’identité nationale, est très utile pour le comique, pour la dramaturgie. Il ne faut pas en avoir peur. Alors, évidemment, c’est un peu pénible, quand on est un acteur français, qu’on vous demande systématiquement de ressembler à l’image internationale du Français. Mais en même temps, c’est un réflexe que nous cultivons nous aussi. Dans une comédie à la française où interviennent des Anglais, on aura tendance à leur mettre une tasse de thé à la main, à leur coller de grandes moustaches, à leur faire porter un chapeau melon. C’est un réflexe naturel. Presque sain dirai-je.
Vous êtes certes en promotion pour Souris City, mais on ne va pas se gâcher le plaisir de vous faire réagir sur l’un de vos futurs projets... Lambert Wilson, pouvez-vous nous parler de Dante 01 ? Quant à vous, Emma de Caunes, au choix ! Entre votre projet de long métrage en collaboration avec Alain Chabat - « Papa was a Rolling Stones » -, et le prochain Denys Arcand ?
Lambert Wilson : Dante 01 est un film qui va sortir l’année prochaine, aux alentours de mai ou juin, il me semble. C’est le premier film de Marc Caro : un jeune réalisateur qui a beaucoup travailler avec Jean-Pierre Jeunet... C’est un film très insensé, extraordinaire. Un film de science-fiction qui se passe dans une prison située dans l’espace. Je crois que ce film en surprendra plus d’un… J’en ai vu trois minutes : trois minutes pré-montées, comme une espèce de teaser. Le film est impressionnant parce qu’il est visuellement très prononcé. Marc est quelqu’un de très imaginatif. Lorsqu’il travaillait avec Jeunet, c’est surtout lui qui façonnait tous ces décors, un peu féeriques. Le film n’a pas été réalisé avec énormément de moyens, mais il a une gueule… incroyable ! Il m’a fait faire des trucs invraisemblables. Il m’a couvert de toutes les substances possibles et inimaginables. J’en vomis beaucoup, d’ailleurs, dans le film (rires). J’ai dû travailler énormément ma musculature pour le tournage. Il a rasé la tête de tous les acteurs. On avait l’impression d’évoluer dans un autre espace temps...
Emma de Caunes : Alors moi, au choix... Je vais vous parler du prochain film de Denys Arcand. C’est encore un peu tout frais, car on vient juste de terminer le tournage... Le film s’appelle L’Age des ténèbres. Enfin, pour l’instant. Le titre risque de changer, il me semble. Mais bon… Le rôle principal est joué par un acteur canadien très populaire là-bas, un acteur qui s’appelle Marc Labrèche. C’est une espèce d’Alain Chabat canadien... C’est un film à l’image de son réalisateur. Très drôle et profondément désespéré. Ce fut génial de travailler avec Arcand car cet homme possède une humanité rare, un humour incroyable. Il cultive une gentillesse, une précision… Enfin, ce fut une superbe rencontre. Et pour rejoindre Lambert, Denys Arcand m’a fait faire des trucs incroyables aussi. Mais je ne vous en dirai pas plus…
Interview réalisée et retranscrite par Reynald Dal Barco