L'interview de Anthony Hopkins, Ridley Scott et Dino De Laurentiis
Vendredi 5 février, conférence de presse au Georges V. A l'occasion de la sortie en France du film «Hannibal» Dino et Martha de Laurentis, Anthony Hopkins et Ridley Scott étaient présent en France quelques jours et nous y étions ! …
Morceaux choisis…
CineMovies: Est-il facile de monter une franchise sur un personnage tel que Hannibal, un personnage qui ne représente par ailleurs que la face sombre de l’homme ?
Dino de Laurentis – La question du financement d’un nouveau projet est toujours présente… Mais pour moi, trouver de l’argent n’a jamais été un réel problème. L’important, et je pense que c’est le cas pour tous les producteurs, c’est de trouver une idée. Une fois que vous avez l’idée dans le creux de votre main, l’argent vient tout seul…
Martha de Laurentis - Le personnage d’Hannibal est de plus, déjà connu du public, il est issu d’une œuvre de Thomas Harris, une œuvre elle-même reconnue. Pour répondre précisément à la question, ça n’a pas été trop dur de financer le projet puisque les gens attendaient la sortie du film… «Le Silence des agneaux » était une espèce de course poursuite, où le temps était important ; avec «Hannibal », on a plus l’impression d’assister à une partie d’échec, une partie d’échec à laquelle se rajouteraient les sens qui prennent d’ailleurs une place importante dans le film... J’ai remarqué que le personnage d’Hannibal était souvent filmé à moitié dans l’ombre, à moitié dans la lumière. Est-ce parce qu’il est constitué de deux facettes ?
Anthony Hopkins – En parlant avec les journalistes, je me suis rendu compte qu’on me demandait beaucoup pourquoi j’étais fasciné par le personnage d’Hannibal... Non pas pour contourner la question, mais afin d’instaurer une discussion autour de ce personnage, je leur posais moi aussi la question en retour, en leur demandant pourquoi eux étaient fascinés... Les femmes en particulier sont fascinées par lui. Elles ont d’ailleurs un peu de mal à accepter de l’être, elles ont un peu honte d’être fasciné par son côté monstrueux, alors qu’il n’y a aucune honte à le reconnaître. Hannibal représente le côté noir de chacun de nous… Il est évidemment un symbole, Hannibal est en quelque sorte le symbole du paradoxe du comportement humain. A côté de cela, Hannibal est un homme de la Renaissance. C’est un esthète, il est pianiste, c’est un homme qui connaît l’art, qui peut vous parler de l’œuvre de Dante comme le ferait un grand spécialiste, c’est un homme qui aime aussi les plaisirs de la table. Mais il est emprisonné par lecôté noir de sa personne. Par ce trait de caractère, il se rapproche du Fantôme de l’Opéra ou d’un personnage comme Quasimodo. Thomas Harris ne s’est d’ailleurs pas rendu compte à quel point il avait fait le bon choix en prenant la ville de Florence comme théâtre de l’action de son roman. Cette ville représente symboliquement exactement cette dichotomie entre le bien et le mal. Florence est le berceau de nombreuses formes d’art, c’est aussi là où se sont passées de nombreuses horreurs. On est vraiment là dans un contexte qui symbolise le paradoxe de la lumière et des ténèbres, le paradoxe qui compose la nature humaine… Clarice est l’opposé d’Hannibal car elle est forte, forte peut-être comme dix hommes. C’est pour ça que Hannibal l’aime. Le troisième volet sera justement celui de la libération : la libération que Clarice recevra de la part de Hannibal, et la libération d’Hannibal par Clarice qui détruira le côté sombre dont il est prisonnier.
La façon de jouer d’Anthony Hopkins a-t-elle fondamentalement changé en dix ans ? De quelle manière se sent-il plus proche de son personnage ? Sa façon de jouer a-t-elle évoluée ?
Anthony Hopkins – Il y a évidemment dix années de maturité qu’il faut prendre en considération. Mais j’aimerais le rejouer maintenant, j’ai tellement parlé de mon interprétation que j’ai de nouvelles idées, et je pense que je le rejouerais encore d’une manière différente… Hannibal éprouve un grand désir pour Clarice. Il la recherche, il la veut. Et en même temps, il est très protecteur envers elle. Cela semble paradoxal mais cela existe. Il la connaît d’ailleurs probablement mieux qu’elle ne se connaît. C’est un côté très intéressant. Si je jouais le rôle d’unpsychiatre, pour aider Clarice à se libérer, je lui donnerais des tâches à accomplir – ces tâches successives seraient le cheminement qui mènerait à la libération - comme dans la scène du dîner où Hannibal lui montre toute l’horreur qui peut exister en chacun de nous… Tout ceci, j’ai voulu le retranscrire avec humour aussi, avec esprit, et pour s'amuser. C’est pour cela que nous avons les petites choses amusantes comme les «Oki docky »… Mais après nous avoir amuser, avoir arrondi les angles, Hannibal nous fait peur. C’est comme cela qu’on joue avec les enfants, c’est comme ça qu’il joue avec nous.
J’ai été surpris par la dimension humoristique du film, est-ce que cela ne porte-t-il pas parfois préjudice à la crédulité du film ?
Ridley Scott – Cet humour était déjà présente dans le livre de Thomas Harris. Il y a le côté romantique, le côté horreur, et il y a l’humour. Nous avons essayé de rester très fidèle à tous les éléments de l’histoire car tous ces éléments constituent les clés de compréhension du film. Les gens ont peut-être trop réagi au côté horrible alors que le roman a beaucoup d’autres aspects.
Le film colle plutôt bien au roman, à part la fin. A ce propos, pourquoi, dans le film, Clarice Starling ne cautionne-t-elle pas plus fortement l’aspect anthropophage de Lecter comme son personnage peut le faire dans le livre ? Existe-t-il une raison commerciale à cela ou est-ce que cela voulait déjà sous-entendre qu’il y aurait une suite de réaliser à ce nouveau volet ?
Ridley Scott – En lisant le roman, j’ai compris que Thomas Harris cherchait à rapprocher les deux personnages, il voulait que ces deux personnages finissent ensembles. Cela n’était pas clairement dit, mais cela se ressentait. En fait, après avoir lu les six cents pages du livre, et être fasciné par l’histoire, j’ai eu du mal à accepter la fin. Je trouvais qu’on arrivait trop rapidement à cette fin, qu’on ne la comprenait pas bien. En discutant avec Thomas Harris sur l’adaptation de son roman, je lui ai dit qu’il faudrait enlever beaucoup, beaucoup d’éléments au livre, à cause de sa longueur d’abord, et que je voulais changer aussi la fin. Nous avons échanger beaucoup d’arguments, et nous avons ainsi choisi la scène de l’avion comme la toute dernière scène du film… L’important dans la dernière scène réunissant Clarice et Hannibal était de montrer toute la profondeur des sentiments d’Hannibal pour clarice. Et le geste extraordinaire qu’il a dans la cuisine envers Clarice, qu’on ne voit pas mais qu’on découvre ensuite, trahit tout l’amour qu’il porte pour elle. Donc effectivement, le troisième volet de cette trilogie pourrait être l’histoire de ce rapprochement.
Les évocations des crimes horribles de Lecter présentes dans le livre ont été largement gommées dans le film, alors qu’elles auraient pu fournir des éléments de compréhension au rapprochement de Clarice envers Lecter. Pourquoi ? On sent peut-être plus avec le livre que Hannibal est une victime, contrairement au film.
Ridley Scott - Il est naturel de ne pas retrouver tous les éléments d’un livre lorsqu’on l’adapte à l’écran. Nous sommes obligés de condenser l’histoire, il y a même souvent des personnages qui disparaissent. Par respect pour l’œuvre de l’auteur, on discute ensemble des choses qui vont disparaître. Nous avons ainsi beaucoup discuter de la disparition de la sœur de Garry Oldman. Les sacrifices du scénario ont servi à recentrer le film sur l’élément essentiel de l’histoire : la relation Lecter – Starling… Ceci dit, je ne suis pas mécontent de vous entendre dire que le film est moins violent car je le trouve, moi, trop violent.
En tant que spectateur Hannibal Lecter est notre pire cauchemar. Quel est le vôtre M. Hopkins ?
Anthony Hopkins – Il s’agit d’avantage d’un rêve que d’un cauchemar. Je rêve souvent que je me retrouve pieds nus sur scène et que je ne me souviens plus du tout de mon texte.
En ce moment, on lit souvent à tort ou à raison, dans la presse, que le prochain film sur lequel Anthony Hopkins travaille sera son dernier. Je voulais savoir ce qui lui donne envie de continuer. Je voulais savoir ce que signifiait pour lui le plaisir d’être acteur.
Anthony Hopkins – C’est mon travail, c’est ce que je fais dans la vie… Et puis, je ne me souviens pas d’avoir dit que je voulais arrêter. J’ai pris effectivement un an de pause, puis j’ai fait «Hannibal ». Mais de la même manière que Ridley Scott dirige, que Martha et Dino produisent, moi je fais l’acteur. C’est de là que vient ma joie, c’est toute une excitation. C’est aussi bien sûr à chaque fois un nouveau défi, comme jouer à la table d’un jeu où on ne sait pas si on va gagner ou perdre.
Dans quelles mesures les années d’études menées par Ridley Scott sur le dessein et la peinture influencent-elles la réalisation de ses films ? Quels sont aussi vos projets ?
Ridley Scott – J’utilise tous les jours ce que j’ai appris dans les écoles d’art. Je suis resté sept années à étudier le dessein et l’art. Sept années, c’est long. Ca vous forme. Ca vous forme à lire, à écouter de la musique, à développer un sens critique à tout ce qui vous environne. C’est une formation complète et globale… J’utilise continuellement ce que j’y ai appris. Je conseille même aux parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles d’art s’ils ne savent pas quoi faire ; ça aide toujours, et ça laisse de bonnes marques… Je commence mon nouveau projet dans trois semaines. Il s’agit de l’évocation de l’entrée en conflit des forces américaines contre un général qui utilisa la famine comme arme politique contre son peuple…
… Intervention de Dino de Laurentis pour annoncer le succès du film dans les 500 salles où il était présenté…
Record au box-office américain des entrées pour la MGM !
L’ambiance est à la bonne humeur…
Vous parliez de la suite de «Hannibal ». Pour en savoir déjà un peu plus, assistera-t-on à la présentation des nouvelles aventures du couple Lecter – Starling ou la priorité sera-t-elle donnée aux origines du roman de Thomas Harris, à la présentation de la genèse d’Hannibal?
Anthony Hopkins – Les deux idées sont possibles… Ce troisième volet sera effectivement la présentation de la genèse d’Hannibal ; néanmoins, il y aura un vrai dénouement... Nous savons que Clarice aime Hannibal - elle ne le sait peut-être pas encore véritablement. Déjà, dans le «Silence des agneaux », Hannibal avait envoyé Clarice dans le labyrinthe pour combattre le Minotaure. Et elle en était sortie victorieuse, ce qui avait fait d’elle une véritable héroïne à ses yeux. De nouveau dans ce deuxième volet, il la guide à travers des épreuves qui ont pour but de la libérer un peu plus d’elle-même. La scène du baiser furtif dans la cuisine et le sacrifice d’Hannibal démontrent tout l’amour d’Hannibal pour Clarice, même si elle le repousse encore. Dans le troisième volet, des épreuves supplémentaires attendront Clarice, mais ces épreuves auront la singularité de libérer non seulement Clarice mais l’instigateur de ces épreuves, en l’occurrence Hannibal. Lui sait qu’il représente les forces du mal, mais il ne peut pas se détruire lui-même. Il donnera à Clarice le moyen de le faire…
Vendredi 5 février, conférence de presse au Georges V. A l'occasion de la sortie en France du film «Hannibal» Dino et Martha de Laurentis, Anthony Hopkins et Ridley Scott étaient présent en France quelques jours et nous y étions ! … Morceaux choisis…
CineMovies: Est-il facile de monter une franchise sur un personnage tel que Hannibal, un personnage qui ne représente par ailleurs que la face sombre de l’homme ?
Dino de Laurentis – La question du financement d’un nouveau projet est toujours présente… Mais pour moi, trouver de l’argent n’a jamais été un réel problème. L’important, et je pense que c’est le cas pour tous les producteurs, c’est de trouver une idée. Une fois que vous avez l’idée dans le creux de votre main, l’argent vient tout seul…
Martha de Laurentis - Le personnage d’Hannibal est de plus, déjà connu du public, il est issu d’une œuvre de Thomas Harris, une œuvre elle-même reconnue. Pour répondre précisément à la question, ça n’a pas été trop dur de financer le projet puisque les gens attendaient la sortie du film… «Le Silence des agneaux » était une espèce de course poursuite, où le temps était important ; avec «Hannibal », on a plus l’impression d’assister à une partie d’échec, une partie d’échec à laquelle se rajouteraient les sens qui prennent d’ailleurs une place importante dans le film... J’ai remarqué que le personnage d’Hannibal était souvent filmé à moitié dans l’ombre, à moitié dans la lumière. Est-ce parce qu’il est constitué de deux facettes ?
Anthony Hopkins – En parlant avec les journalistes, je me suis rendu compte qu’on me demandait beaucoup pourquoi j’étais fasciné par le personnage d’Hannibal... Non pas pour contourner la question, mais afin d’instaurer une discussion autour de ce personnage, je leur posais moi aussi la question en retour, en leur demandant pourquoi eux étaient fascinés... Les femmes en particulier sont fascinées par lui. Elles ont d’ailleurs un peu de mal à accepter de l’être, elles ont un peu honte d’être fasciné par son côté monstrueux, alors qu’il n’y a aucune honte à le reconnaître. Hannibal représente le côté noir de chacun de nous… Il est évidemment un symbole, Hannibal est en quelque sorte le symbole du paradoxe du comportement humain. A côté de cela, Hannibal est un homme de la Renaissance. C’est un esthète, il est pianiste, c’est un homme qui connaît l’art, qui peut vous parler de l’œuvre de Dante comme le ferait un grand spécialiste, c’est un homme qui aime aussi les plaisirs de la table. Mais il est emprisonné par lecôté noir de sa personne. Par ce trait de caractère, il se rapproche du Fantôme de l’Opéra ou d’un personnage comme Quasimodo. Thomas Harris ne s’est d’ailleurs pas rendu compte à quel point il avait fait le bon choix en prenant la ville de Florence comme théâtre de l’action de son roman. Cette ville représente symboliquement exactement cette dichotomie entre le bien et le mal. Florence est le berceau de nombreuses formes d’art, c’est aussi là où se sont passées de nombreuses horreurs. On est vraiment là dans un contexte qui symbolise le paradoxe de la lumière et des ténèbres, le paradoxe qui compose la nature humaine… Clarice est l’opposé d’Hannibal car elle est forte, forte peut-être comme dix hommes. C’est pour ça que Hannibal l’aime. Le troisième volet sera justement celui de la libération : la libération que Clarice recevra de la part de Hannibal, et la libération d’Hannibal par Clarice qui détruira le côté sombre dont il est prisonnier.
La façon de jouer d’Anthony Hopkins a-t-elle fondamentalement changé en dix ans ? De quelle manière se sent-il plus proche de son personnage ? Sa façon de jouer a-t-elle évoluée ?
Anthony Hopkins – Il y a évidemment dix années de maturité qu’il faut prendre en considération. Mais j’aimerais le rejouer maintenant, j’ai tellement parlé de mon interprétation que j’ai de nouvelles idées, et je pense que je le rejouerais encore d’une manière différente… Hannibal éprouve un grand désir pour Clarice. Il la recherche, il la veut. Et en même temps, il est très protecteur envers elle. Cela semble paradoxal mais cela existe. Il la connaît d’ailleurs probablement mieux qu’elle ne se connaît. C’est un côté très intéressant. Si je jouais le rôle d’unpsychiatre, pour aider Clarice à se libérer, je lui donnerais des tâches à accomplir – ces tâches successives seraient le cheminement qui mènerait à la libération - comme dans la scène du dîner où Hannibal lui montre toute l’horreur qui peut exister en chacun de nous… Tout ceci, j’ai voulu le retranscrire avec humour aussi, avec esprit, et pour s'amuser. C’est pour cela que nous avons les petites choses amusantes comme les «Oki docky »… Mais après nous avoir amuser, avoir arrondi les angles, Hannibal nous fait peur. C’est comme cela qu’on joue avec les enfants, c’est comme ça qu’il joue avec nous.
J’ai été surpris par la dimension humoristique du film, est-ce que cela ne porte-t-il pas parfois préjudice à la crédulité du film ?
Ridley Scott – Cet humour était déjà présente dans le livre de Thomas Harris. Il y a le côté romantique, le côté horreur, et il y a l’humour. Nous avons essayé de rester très fidèle à tous les éléments de l’histoire car tous ces éléments constituent les clés de compréhension du film. Les gens ont peut-être trop réagi au côté horrible alors que le roman a beaucoup d’autres aspects.
Le film colle plutôt bien au roman, à part la fin. A ce propos, pourquoi, dans le film, Clarice Starling ne cautionne-t-elle pas plus fortement l’aspect anthropophage de Lecter comme son personnage peut le faire dans le livre ? Existe-t-il une raison commerciale à cela ou est-ce que cela voulait déjà sous-entendre qu’il y aurait une suite de réaliser à ce nouveau volet ?
Ridley Scott – En lisant le roman, j’ai compris que Thomas Harris cherchait à rapprocher les deux personnages, il voulait que ces deux personnages finissent ensembles. Cela n’était pas clairement dit, mais cela se ressentait. En fait, après avoir lu les six cents pages du livre, et être fasciné par l’histoire, j’ai eu du mal à accepter la fin. Je trouvais qu’on arrivait trop rapidement à cette fin, qu’on ne la comprenait pas bien. En discutant avec Thomas Harris sur l’adaptation de son roman, je lui ai dit qu’il faudrait enlever beaucoup, beaucoup d’éléments au livre, à cause de sa longueur d’abord, et que je voulais changer aussi la fin. Nous avons échanger beaucoup d’arguments, et nous avons ainsi choisi la scène de l’avion comme la toute dernière scène du film… L’important dans la dernière scène réunissant Clarice et Hannibal était de montrer toute la profondeur des sentiments d’Hannibal pour clarice. Et le geste extraordinaire qu’il a dans la cuisine envers Clarice, qu’on ne voit pas mais qu’on découvre ensuite, trahit tout l’amour qu’il porte pour elle. Donc effectivement, le troisième volet de cette trilogie pourrait être l’histoire de ce rapprochement.
Les évocations des crimes horribles de Lecter présentes dans le livre ont été largement gommées dans le film, alors qu’elles auraient pu fournir des éléments de compréhension au rapprochement de Clarice envers Lecter. Pourquoi ? On sent peut-être plus avec le livre que Hannibal est une victime, contrairement au film.
Ridley Scott - Il est naturel de ne pas retrouver tous les éléments d’un livre lorsqu’on l’adapte à l’écran. Nous sommes obligés de condenser l’histoire, il y a même souvent des personnages qui disparaissent. Par respect pour l’œuvre de l’auteur, on discute ensemble des choses qui vont disparaître. Nous avons ainsi beaucoup discuter de la disparition de la sœur de Garry Oldman. Les sacrifices du scénario ont servi à recentrer le film sur l’élément essentiel de l’histoire : la relation Lecter – Starling… Ceci dit, je ne suis pas mécontent de vous entendre dire que le film est moins violent car je le trouve, moi, trop violent.
En tant que spectateur Hannibal Lecter est notre pire cauchemar. Quel est le vôtre M. Hopkins ?
Anthony Hopkins – Il s’agit d’avantage d’un rêve que d’un cauchemar. Je rêve souvent que je me retrouve pieds nus sur scène et que je ne me souviens plus du tout de mon texte.
En ce moment, on lit souvent à tort ou à raison, dans la presse, que le prochain film sur lequel Anthony Hopkins travaille sera son dernier. Je voulais savoir ce qui lui donne envie de continuer. Je voulais savoir ce que signifiait pour lui le plaisir d’être acteur.
Anthony Hopkins – C’est mon travail, c’est ce que je fais dans la vie… Et puis, je ne me souviens pas d’avoir dit que je voulais arrêter. J’ai pris effectivement un an de pause, puis j’ai fait «Hannibal ». Mais de la même manière que Ridley Scott dirige, que Martha et Dino produisent, moi je fais l’acteur. C’est de là que vient ma joie, c’est toute une excitation. C’est aussi bien sûr à chaque fois un nouveau défi, comme jouer à la table d’un jeu où on ne sait pas si on va gagner ou perdre.
Dans quelles mesures les années d’études menées par Ridley Scott sur le dessein et la peinture influencent-elles la réalisation de ses films ? Quels sont aussi vos projets ?
Ridley Scott – J’utilise tous les jours ce que j’ai appris dans les écoles d’art. Je suis resté sept années à étudier le dessein et l’art. Sept années, c’est long. Ca vous forme. Ca vous forme à lire, à écouter de la musique, à développer un sens critique à tout ce qui vous environne. C’est une formation complète et globale… J’utilise continuellement ce que j’y ai appris. Je conseille même aux parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles d’art s’ils ne savent pas quoi faire ; ça aide toujours, et ça laisse de bonnes marques… Je commence mon nouveau projet dans trois semaines. Il s’agit de l’évocation de l’entrée en conflit des forces américaines contre un général qui utilisa la famine comme arme politique contre son peuple…
… Intervention de Dino de Laurentis pour annoncer le succès du film dans les 500 salles où il était présenté…
Record au box-office américain des entrées pour la MGM !
L’ambiance est à la bonne humeur…
Vous parliez de la suite de «Hannibal ». Pour en savoir déjà un peu plus, assistera-t-on à la présentation des nouvelles aventures du couple Lecter – Starling ou la priorité sera-t-elle donnée aux origines du roman de Thomas Harris, à la présentation de la genèse d’Hannibal?
Anthony Hopkins – Les deux idées sont possibles… Ce troisième volet sera effectivement la présentation de la genèse d’Hannibal ; néanmoins, il y aura un vrai dénouement... Nous savons que Clarice aime Hannibal - elle ne le sait peut-être pas encore véritablement. Déjà, dans le «Silence des agneaux », Hannibal avait envoyé Clarice dans le labyrinthe pour combattre le Minotaure. Et elle en était sortie victorieuse, ce qui avait fait d’elle une véritable héroïne à ses yeux. De nouveau dans ce deuxième volet, il la guide à travers des épreuves qui ont pour but de la libérer un peu plus d’elle-même. La scène du baiser furtif dans la cuisine et le sacrifice d’Hannibal démontrent tout l’amour d’Hannibal pour Clarice, même si elle le repousse encore. Dans le troisième volet, des épreuves supplémentaires attendront Clarice, mais ces épreuves auront la singularité de libérer non seulement Clarice mais l’instigateur de ces épreuves, en l’occurrence Hannibal. Lui sait qu’il représente les forces du mal, mais il ne peut pas se détruire lui-même. Il donnera à Clarice le moyen de le faire…