L'interview du réalisateur Philippe Lioret
A l'occasion de la sortie, le 3 novembre, de "L'équipier", qui rassemble Sandrine Bonnaire, Philippe Torreton, Grégori Derangère et Emilie Dequenne, CineMovies s'est entretenu avec le réalisateur, Philippe Lioret...
CineMovies : Vous avez visiblement fait très attention à l’univers dans lequel vous avez plongé vos acteurs ?
Philippe Lioret : Oui… C’est un film qui parle de l’intime. D’un autre côté, je ne voulais absolument pas réaliser un film intimiste. Cette histoire aurait pu se passer n’importe où. Par goût, je l’ai située dans le monde des phares de haute mer car j’avais envie de m’en approcher. Je savais que c’était dans ce genre d’endroit qu’on pouvait mélanger l’intime et le spectaculaire.
Le choix de Philippe Torreton, son physique, son charisme, c’était un évidence pour vous ?
C’est un peu ce qui fait la fierté de mon film… Le personnage d’Yvon, c’est Philippe ! Yvon est un type qui n’a pas d’âge. On pourrait lui donner 20 ans de plus. Et puis, au détour d’un sourire, voilà qu’il fait 20 ans de moins. C’est un personnage plein d’enfance. Philippe a apporté une magnificence au personnage d’Yvon... Grégori, lui, c’est un peu le petit nouveau de la bande. Il débarque, quoi ! Ca aussi, ça a été un véritable plaisir. C’est un acteur qui va renouveler le cheptel. C’est une espèce de nouveau Patrick Dewaere qui va nous arriver en pleine gueule. C’est un mec qui… Moi, j’ai été séduit dès le premier jour. Avant, j’avais un peu les foies, car je savais qui il était. Je n’ai pas voulu l’amener dans le dédale des essais. Je me suis dit : « Là, il y a un risque à prendre. Il faut voir comment ça va se passer le premier jour. » J’ai quand même appelé Jean-Paul Rappeneau avant, hein ! Histoire de savoir comment ça s’était passer avec lui, ce qu’il avait fait dans « Bon voyage ». C’est vrai qu’au début, il semblait complètement désarçonné par ce qui se passait. Mais il fallait qu’il me fasse confiance, comme moi je lui avais fait confiance. Et ça s’est passé comme ça ! Entre deux regards. C’est comme dans une histoire d’amour : il ne suffit pas de se séduire ; il faut aussi se convenir.
Et pour Sandrine Bonnaire ?
On devait faire « Mademoiselle » avant « L’équipier ». Donc, oui, c’était là aussi une évidence. C’est pour ça que dans « Mademoiselle », il y a aussi cette histoire latente de phare. En cela, je me suis servi un peu de la dramaturgie de mes précédents films. Pour moi, le personnage de Mabé, ça n’a jamais été quelqu’un d’autre. C’était impossible. Sandrine possède une espèce de ruralité intrinsèque qui fait que, voilà…, on n’a pas l’impression de voir débarquer une actrice parisienne sur le l’île de Ouessant.
Le fait que le personnage d'Antoine arrive comme ça sur l’île, comme un chien dans un jeu de quilles, c’était encore une évidence ?
Que ce soit sur une île bretonne ou dans un village savoyard, - que ce soit dans n’importe quel microcosme d’ailleurs -, quand un type débarque pour venir piquer le boulot des mecs du coin, lorsque ce type ne maîtrise pas précisément la tache qui va être la sienne - parce que celle-ci est de tradition locale -, et qu’en plus, le type plaît aux filles,… bien, ça ne marche jamais. Le type est systématiquement mis au rebut… Le film parle aussi de ça. Comment accepter l’autre ? Quel est cet autre ? Moi, je ne fais rien de revendicatif. Je ne fais pas du cinéma pour dire des choses. Je fais juste des films pour raconter des histoires. Mais j’essaie de mettre dedans tout ce que j’ai envie d’aimer, et de détester à la fois. Et voilà, après…, je vois bien comment se passent les rencontres avec les spectateurs. On est souvent en phase vis à vis des relations humaines.
« L’équipier » n’est certes pas une comédie. Pourtant, le film regorge d’humour ?
Moi, la comédie, j’adore ! Et puis je vais vous dire, quand vous venez de la comédie, elle ne vous lâche jamais. Parce que… la vie, c’est drôle aussi. L’action du film se déroule sur deux mois. Enfin, un peu plus même puisqu’il y a tout un passif qui lie l’ensemble des personnages. Mais, durant ces deux mois, en suivant Yvon, Antoine, Mabé et Camille, et bien… on se marre avec eux, on pleure avec eux, et puis on se « re-marre » avec eux. J’y tenais beaucoup. J’aime les fantaisistes du coin, les situations cocasses. Un film sans sourire, c’est un film qui se prend au sérieux.
Les conditions difficiles du tournage ont dû être aussi le prétexte à beaucoup de fous rires, non ?
Quitte à vous décevoir, quand on prend des litres et des litres de flotte sur la tronche, au début, ça peut effectivement vous faire rire cinq minutes ; mais après, vous ne riez plus du tout. Il fait froid, on est mouillés. C’est dur. Les nuits sont longues... Ils ont tous été très courageux… Je ne sais pas si vous aurez l’occasion de voir le making-of mais… C’était terrible. Dans ce genre d’ambiance, il faut être entouré de fidèles, de gens qui vous accompagnent sans renauder, car il y a des moments très durs. Quand à 4 heures du matin, après trois semaines de nuits détrempées, en permanence…, et bien…, à un moment donné…, on serait tentés d’être de très mauvaise humeur. Mais ça n’a jamais été le cas.
Pour le coup, après un film comme celui-ci, on voit la mer différemment ?
La mer, j’adore ça. C’est le monde le plus reposant, et le plus fatigant que je connaisse.
La plus grande difficulté rencontrée durant le tournage ?
Garder mon bonnet sur la tête !
Un mot sur le compositeur de la musique du film (NDLR : Nicola Piovani – « La Vie est belle », « La Chambre du fils ») ? Ce n’est quand même pas n’importe qui !
Il y a une quinzaine d’années, j’avais été scotché par le film « Good Morning Babylon » des frères Taviani. Et sans m’en rendre compte, j’étais entré chez un disquaire pour acheter la B.O. du film. Et puis, moi, les B.O. de films, j’en achetais plein et je ne les écoutais jamais. Mais pour ce disque, paradoxalement, je l’écoutais en boucle. Je trouvais ça sublime… Ca faisait un moment que je désirais travailler avec lui. Mais comprenez : un type qui vient d’avoir un César, un type qui possède ce cursus, j’avais un peu peur de l’appeler. Et puis, pour « L’équipier », je ne voyais personne. Je mettais même dit que j’allais écrire moi-même des thèmes musicaux que je ferai orchestrer par la suite. En fait, je me suis : « Mais tu es dingue ! » J’ai pris mon courage à deux mains, j’ai pris le téléphone, j’ai appelé Nicola qui m’a dit : « Envoyez-moi le scénario ». Je lui envoie donc le texte. Deux ou trois jours plus tard, il me rappelle et me dit : « Ah, ça serait bien d’enregistrer en février. Vous verrez, Rome en février, c’est très joli. » Et voilà ! Bosser avec lui a été quelque chose de magnifique ! Depuis, c’est un ami.
Un dernier mot sur le producteur (NDLR : Christophe Rossignon) ? Cela devait représenter un sacré challenge pour lui de produire un tel film ?
Oui… J’ai développé l’idée du scénario en collaboration avec Studio Canal et ma propre boîte. Je ne souhaitais pas particulièrement travaillé en amont avec un producteur à cette époque-là. Mais ensuite, après avoir terminé le scénario… Disons que je connais Christophe depuis très longtemps. Nous nous étions rencontrés après « Mademoiselle » ; et à ce moment-là, j’avais capté chez lui une réelle envie de travailler sur un de mes futurs projets. Lui avait adoré « Mademoiselle ». J’avais été très impressionné par sa franchise, son honnêteté à l’égard de mon travail… Je suis donc allé le voir un jour. Je dépose mon scénario sur son bureau. Il le prend, le lit. Le lendemain, il me rappelle en me disant que voilà : c’était le film qu’il allait produire cette année. Bon, moi, j’étais ravi. Rien de plus. Et puis, de fil en aiguille, j’ai réalisé la complexité du montage financier de « L’équipier ». Ce fut un projet beaucoup plus lourd que je ne le croyais ! Et Christophe n’a jamais lâché. Comment dire… Christophe est quelqu’un que vous sentez continuellement à vos côtés, quelqu’un qui vous soutient tout le temps, la main sur l’épaule. Il est d’une fraternité inouïe. Et devant l’adversité, il est comme un rottweiler, il ne lâche jamais prise. Jamais. C’est quelqu’un sur qui l’on peut compter. C’est très reposant de travailler avec lui.
Comme d’habitude, il a son petit rôle dans le film ?
Oui… C’est lui qui fait péter le feu d’artifices.
Interview réalisée par Egil Bain et Reynald Dal Barco
A l'occasion de la sortie, le 3 novembre, de "L'équipier", qui rassemble Sandrine Bonnaire, Philippe Torreton, Grégori Derangère et Emilie Dequenne, CineMovies s'est entretenu avec le réalisateur, Philippe Lioret...CineMovies : Vous avez visiblement fait très attention à l’univers dans lequel vous avez plongé vos acteurs ?
Philippe Lioret : Oui… C’est un film qui parle de l’intime. D’un autre côté, je ne voulais absolument pas réaliser un film intimiste. Cette histoire aurait pu se passer n’importe où. Par goût, je l’ai située dans le monde des phares de haute mer car j’avais envie de m’en approcher. Je savais que c’était dans ce genre d’endroit qu’on pouvait mélanger l’intime et le spectaculaire.
Le choix de Philippe Torreton, son physique, son charisme, c’était un évidence pour vous ?
C’est un peu ce qui fait la fierté de mon film… Le personnage d’Yvon, c’est Philippe ! Yvon est un type qui n’a pas d’âge. On pourrait lui donner 20 ans de plus. Et puis, au détour d’un sourire, voilà qu’il fait 20 ans de moins. C’est un personnage plein d’enfance. Philippe a apporté une magnificence au personnage d’Yvon... Grégori, lui, c’est un peu le petit nouveau de la bande. Il débarque, quoi ! Ca aussi, ça a été un véritable plaisir. C’est un acteur qui va renouveler le cheptel. C’est une espèce de nouveau Patrick Dewaere qui va nous arriver en pleine gueule. C’est un mec qui… Moi, j’ai été séduit dès le premier jour. Avant, j’avais un peu les foies, car je savais qui il était. Je n’ai pas voulu l’amener dans le dédale des essais. Je me suis dit : « Là, il y a un risque à prendre. Il faut voir comment ça va se passer le premier jour. » J’ai quand même appelé Jean-Paul Rappeneau avant, hein ! Histoire de savoir comment ça s’était passer avec lui, ce qu’il avait fait dans « Bon voyage ». C’est vrai qu’au début, il semblait complètement désarçonné par ce qui se passait. Mais il fallait qu’il me fasse confiance, comme moi je lui avais fait confiance. Et ça s’est passé comme ça ! Entre deux regards. C’est comme dans une histoire d’amour : il ne suffit pas de se séduire ; il faut aussi se convenir.
Et pour Sandrine Bonnaire ?
On devait faire « Mademoiselle » avant « L’équipier ». Donc, oui, c’était là aussi une évidence. C’est pour ça que dans « Mademoiselle », il y a aussi cette histoire latente de phare. En cela, je me suis servi un peu de la dramaturgie de mes précédents films. Pour moi, le personnage de Mabé, ça n’a jamais été quelqu’un d’autre. C’était impossible. Sandrine possède une espèce de ruralité intrinsèque qui fait que, voilà…, on n’a pas l’impression de voir débarquer une actrice parisienne sur le l’île de Ouessant.
Le fait que le personnage d'Antoine arrive comme ça sur l’île, comme un chien dans un jeu de quilles, c’était encore une évidence ?
Que ce soit sur une île bretonne ou dans un village savoyard, - que ce soit dans n’importe quel microcosme d’ailleurs -, quand un type débarque pour venir piquer le boulot des mecs du coin, lorsque ce type ne maîtrise pas précisément la tache qui va être la sienne - parce que celle-ci est de tradition locale -, et qu’en plus, le type plaît aux filles,… bien, ça ne marche jamais. Le type est systématiquement mis au rebut… Le film parle aussi de ça. Comment accepter l’autre ? Quel est cet autre ? Moi, je ne fais rien de revendicatif. Je ne fais pas du cinéma pour dire des choses. Je fais juste des films pour raconter des histoires. Mais j’essaie de mettre dedans tout ce que j’ai envie d’aimer, et de détester à la fois. Et voilà, après…, je vois bien comment se passent les rencontres avec les spectateurs. On est souvent en phase vis à vis des relations humaines.
« L’équipier » n’est certes pas une comédie. Pourtant, le film regorge d’humour ?
Moi, la comédie, j’adore ! Et puis je vais vous dire, quand vous venez de la comédie, elle ne vous lâche jamais. Parce que… la vie, c’est drôle aussi. L’action du film se déroule sur deux mois. Enfin, un peu plus même puisqu’il y a tout un passif qui lie l’ensemble des personnages. Mais, durant ces deux mois, en suivant Yvon, Antoine, Mabé et Camille, et bien… on se marre avec eux, on pleure avec eux, et puis on se « re-marre » avec eux. J’y tenais beaucoup. J’aime les fantaisistes du coin, les situations cocasses. Un film sans sourire, c’est un film qui se prend au sérieux.
Les conditions difficiles du tournage ont dû être aussi le prétexte à beaucoup de fous rires, non ?
Quitte à vous décevoir, quand on prend des litres et des litres de flotte sur la tronche, au début, ça peut effectivement vous faire rire cinq minutes ; mais après, vous ne riez plus du tout. Il fait froid, on est mouillés. C’est dur. Les nuits sont longues... Ils ont tous été très courageux… Je ne sais pas si vous aurez l’occasion de voir le making-of mais… C’était terrible. Dans ce genre d’ambiance, il faut être entouré de fidèles, de gens qui vous accompagnent sans renauder, car il y a des moments très durs. Quand à 4 heures du matin, après trois semaines de nuits détrempées, en permanence…, et bien…, à un moment donné…, on serait tentés d’être de très mauvaise humeur. Mais ça n’a jamais été le cas.
Pour le coup, après un film comme celui-ci, on voit la mer différemment ?
La mer, j’adore ça. C’est le monde le plus reposant, et le plus fatigant que je connaisse.
La plus grande difficulté rencontrée durant le tournage ?
Garder mon bonnet sur la tête !
Un mot sur le compositeur de la musique du film (NDLR : Nicola Piovani – « La Vie est belle », « La Chambre du fils ») ? Ce n’est quand même pas n’importe qui !
Il y a une quinzaine d’années, j’avais été scotché par le film « Good Morning Babylon » des frères Taviani. Et sans m’en rendre compte, j’étais entré chez un disquaire pour acheter la B.O. du film. Et puis, moi, les B.O. de films, j’en achetais plein et je ne les écoutais jamais. Mais pour ce disque, paradoxalement, je l’écoutais en boucle. Je trouvais ça sublime… Ca faisait un moment que je désirais travailler avec lui. Mais comprenez : un type qui vient d’avoir un César, un type qui possède ce cursus, j’avais un peu peur de l’appeler. Et puis, pour « L’équipier », je ne voyais personne. Je mettais même dit que j’allais écrire moi-même des thèmes musicaux que je ferai orchestrer par la suite. En fait, je me suis : « Mais tu es dingue ! » J’ai pris mon courage à deux mains, j’ai pris le téléphone, j’ai appelé Nicola qui m’a dit : « Envoyez-moi le scénario ». Je lui envoie donc le texte. Deux ou trois jours plus tard, il me rappelle et me dit : « Ah, ça serait bien d’enregistrer en février. Vous verrez, Rome en février, c’est très joli. » Et voilà ! Bosser avec lui a été quelque chose de magnifique ! Depuis, c’est un ami.
Un dernier mot sur le producteur (NDLR : Christophe Rossignon) ? Cela devait représenter un sacré challenge pour lui de produire un tel film ?
Oui… J’ai développé l’idée du scénario en collaboration avec Studio Canal et ma propre boîte. Je ne souhaitais pas particulièrement travaillé en amont avec un producteur à cette époque-là. Mais ensuite, après avoir terminé le scénario… Disons que je connais Christophe depuis très longtemps. Nous nous étions rencontrés après « Mademoiselle » ; et à ce moment-là, j’avais capté chez lui une réelle envie de travailler sur un de mes futurs projets. Lui avait adoré « Mademoiselle ». J’avais été très impressionné par sa franchise, son honnêteté à l’égard de mon travail… Je suis donc allé le voir un jour. Je dépose mon scénario sur son bureau. Il le prend, le lit. Le lendemain, il me rappelle en me disant que voilà : c’était le film qu’il allait produire cette année. Bon, moi, j’étais ravi. Rien de plus. Et puis, de fil en aiguille, j’ai réalisé la complexité du montage financier de « L’équipier ». Ce fut un projet beaucoup plus lourd que je ne le croyais ! Et Christophe n’a jamais lâché. Comment dire… Christophe est quelqu’un que vous sentez continuellement à vos côtés, quelqu’un qui vous soutient tout le temps, la main sur l’épaule. Il est d’une fraternité inouïe. Et devant l’adversité, il est comme un rottweiler, il ne lâche jamais prise. Jamais. C’est quelqu’un sur qui l’on peut compter. C’est très reposant de travailler avec lui.
Comme d’habitude, il a son petit rôle dans le film ?
Oui… C’est lui qui fait péter le feu d’artifices.
Interview réalisée par Egil Bain et Reynald Dal Barco