Man on Fire

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Interview de Denzel Washington...


Interview de Denzel Washington...A l'affiche ce mercredi du nouveau film de Tony Scott, "Man on fire", Denzel Washington incarne John Creasy, un ancien agent de la CIA qui devient le garde du corps d'une fillette de 9 ans. Interview...

Tony Scott a déclaré que vous avez été parfait, grâce à vos obsessions et à vos ténèbres intérieures. Saviez-vous que vous aviez tout ça en vous ?

Denzel Washington : Non, pas du tout. Mon problème, c'est lorsqu'il m'a dit un jour : " Tu n'es pas assez tourmenté, tout le monde t'aime ". Je lui ai répondu : " Tu ne me connais pas; tu n'as vu que quelques-uns de mes rôles. Ne t'en fais pas pour le côté obscur. " Ce qui m'a intéressé, c'est d'essayer d'imaginer ce qui peut passer par la tête d'un alcoolique lorsqu'il a bu.


Vous êtes-vous exercé à être ivre ?

Non, je me suis mis dans la peau du personnage, j'ai imaginé ce qu'il pouvait dire, où il pouvait aller. On ressent toutes sortes d'émotions, on se sent clochard. Tout ce que l'alcool peut faire ressortir de vous ressort pour de bon : on s'enfonce de plus en plus. Il pense même à se suicider, mais je ne suis pas allé jusque là (il rit).


Avez-vous essayé plusieurs types d'alcool pour observer leur effet ?

Je n'ai jamais été amateur de whisky. J'aime le bon vin mais, mais le Jack Daniels, c'est déjà un autre niveau, que je n'ai jamais atteint.


Avez-vous déjà été tenté de boire pour oublier ?

Pas consciemment. Je ne me suis jamais dit "ce monde me dégoûte."


Êtes-vous en train de nous dire que vous menez une vie saine ?

J'adore manger. J'aime la cuisine de ma femme, elle cuisine généralement sain et équilibré mais elle sait aussi faire le poulet frit. Et ce qu'on réclame, c'est le poulet frit.


En somme, votre côté sombre, votre seule faiblesse, c'est le poulet frit ?

A chacun sa faiblesse. Je n'ai rien fait de spécial pour me couler dans le personnage, en tout cas rien d'aussi extrême que ce que vous imaginez. Pour décrire le personnage, je dirais qu'il s'agit d'un homme dans l'obscurité qui rencontre ce petit ange qui lui réapprend à aimer. Au moment où il s'ouvre enfin sans réserves, on la lui enlève. Qu'est ce qui se passe lorsque la seule chose qu'il sache faire, c'est tuer ? Il peut tuer pour protéger les autres, Dieu l'y a autorisé. Où aller désormais ? Je me souviens avoir rencontré un jour un type qui laissait paraître toutes ses émotions. Celui-ci, au contraire, pleure dans sa chambre, là où on ne peut pas le voir. C'est comme un type qu'on emprisonne alors qu'il est innocent. Comment en sortir ? Comme les soldats de retour du Vietnam, on le laisse tel quel, sans qu'il puisse se confier.


Êtes-vous davantage attiré par les personnages dont vous arrivez à percer le secret ? Est-ce cela qui vous fait choisir un rôle ?

Peut-être. Quand les gens me demandent quel est mon film préféré, je leur réponds toujours 'le prochain.' C'est vous qui décidez de votre interprétation, le film est le vôtre.



Regardez-vous beaucoup de films ?

Non, jamais. J'ai étudié le théâtre à la fac, dans l'idée de gagner 800$ par semaine à Broadway. Hollywood était bien loin de mes pensées. Nous étions des acteurs new yorkais, nous méprisions Hollywood.

C'est quoi, Hollywood? Même pas un lieu. A chaque fois que j'y vais, tout ce que je vois, ce sont des gens qui se baladent en regardant des empreintes de mains. Quand on parle de Hollywood, est-ce qu'on parle de moi ? Je suis acteur, je tourne des films. Est-ce que je me méprise ? Je n'assiste jamais aux avant-premières, sauf quand un ami me le demande.


Êtes-vous surpris de la tournure qu'ont pris les choses ?

Oui. J'ai terminé mes études il y a presque 30 ans, en 1977. Comme j'avais pris des cours et aimé ça, j'ai auditionné pour une pièce et on m'a donné le premier rôle. Imaginez un peu, vous êtes à la fac, vous ignorez ce que vous voulez faire plus tard. En tout cas, moi je ne savais pas au départ. J'ai choisi biologie, pensant devenir médecin. Puis on m'a dit " il faut commencer par faire ceci, puis faire cela, et encore cela " et ça ne m'a pas plu. J'ai alors opté pour le journalisme, puis les sciences politiques. En y repensant, j'étais plutôt littéraire.


Peut-être la biologie vous-a-t-elle aidé au moment de jouer un médecin ?

Oui, de même que le journalisme dans l'Affaire Pélican ; j'ai aussi interprété un avocat, pour lequel les sciences politiques m'ont servi. Pour l'Affaire Pélican, j'ai traîné au Washington Post. Lorsque j'ai tourné dans Hurricane Carter, je me suis mis à la boxe - pas pour jouer comme un boxeur, mais pour savoir ce qu'il ressent. En plus, ça me défoule. D'ailleurs, je boxe toujours - mais on évite de me frapper à la tête. Pour maîtriser la boxe, il faut sans cesse s'entraîner. Ce n'est pas comme courir sur un tapis roulant. La boxe fait désormais partie de ma vie.


Avez-vous l'impression de garder en vous un peu de chaque personnage ?

Il paraît que oui. Mais dans Mo' Better Blues, je jouais de la trompette, et je n'ai pas continué pour autant. [Dans Mo' Better Blues, c'était aussi un séducteur en série - et ça non plus il n'a pas continué.]


Essayez-vous d'être un modèle ou détestez-vous cette idée ?

Je déteste ça. Je ne suis pas un modèle. Quand j'accepte un rôle, c'est que j'en ai envie, ce n'est pas pour éduquer les gens ou leur faire plaisir - Dieu m'en préserve. Quand j'entends dire " les rôles que vous interprétez font réfléchir ", je me dis " Ce n'est pas mon rôle. Mon métier, c'est d'être acteur. " Bien sûr, ça ne me dérange pas de faire réfléchir. Dans Cry Freedom, Steve Biko le faisait, mais c'était avant tout un rôle génial.


Avez-vous tendance à refuser les rôles qui ne vous disent rien ?

Oui, lorsqu'ils sont nuls. J'en refuse encore beaucoup. Avant Cry Freedom, on m'a proposé un film horrible, tellement épouvantable qu'ils ne l'ont jamais réalisé. Je l'avais rebaptisé : "Le Nègre qu'on n'arrivait pas à tuer". Ils essayaient de l'électrocuter, de le pendre - c'était horrible. Ensuite, j'ai attendu, attendu et rien ne venait. Puis il y a eu Cry Freedom. Il y a quelques années, Sidney Poitier m'a dit que les deux ou trois premiers films qu'on tourne sont ceux qui vous définissent. Je ne l'ai jamais oublié.


Quelles sont vos passions, ce que vous aimez vraiment faire ?

Je n'ai pas de passion. Sur le plan professionnel, j'envisage de réaliser un autre film, j'en ai d'ailleurs plusieurs sur la planche, ce qui m'oblige à regarder les films dans lesquels j'ai tourné, chose que je ne faisais pas avant. Par exemple, j'ai vu plusieurs fois Le Candidat mandchou. Mais je n'ai jamais vu la première version du film. Je ne voulais imiter personne, alors si on m'en accuse, eh bien c'est faux puisque je ne l'ai jamais vu. Et dans ce rôle, je ne suis pas obscur, mais plutôt obsessionnel.


Seriez-vous prêt à passer à quelque chose de totalement différent ? Une comédie romantique par exemple, pour vous débarrasser de cette image d'homme torturé, en proie à des idées noires et à des obsessions ?

En fait, cela me plairait bien. J'adorerais que mon prochain film soit une comédie romantique. Je n'ai jamais tourné d'histoire d'amour, on ne m'en a jamais proposé. Mo' Better Blues parle plutôt de séduction, n'est-ce pas ? Mais c'est quoi, une histoire d'amour ? Dites-moi, comment pourrais-je tourner une histoire d'amour ? Ce n'est pas plutôt le genre de Hugh Grant ? Essayez de me citer une comédie romantique sans Hugh Grant.


Eh bien, il est peut-être temps d'en faire une, si vous voulez vous démarquer de cette image sombre et tourmentée, sans parler de celle de gentil garçon. Quand vous avez tourné dans Training Day, était-ce justement dans cette optique là ?

Non, si je l'ai fait, c'est parce que le scénario était bon. Alonzo Harris était un vrai méchant, qui enfreignait les lois qu'il était censé faire respecter. Mais je lui ai ajouté un côté égaré qui fait qu'on croit en lui, qu'on arrive à trouver du bon en lui. Il y a du bon en chacun de nous. Je ne pense pas que l'on puisse incarner le mal à l'état pur, car le personnage ne se rend pas compte de sa noirceur. Il pense agir pour le bien de tous en débarrassant le monde… des blondes par exemple.


Et vous, ça ne vous a jamais tenté ? De travailler dans un salon de beauté ?

Non, ma mère en avait un, mais je ne m'occupais que du nettoyage. Je ne coupais pas les cheveux. J'ai toujours refusé de le faire. Pour tout dire, ce que je préférais faire c'était manger ! Pour ça, je suis bon. Je ne sais pas si je trouve facile de passer derrière la caméra. Dans Training Day, je me préparais déjà à la réalisation. Je me suis beaucoup observé. Mais c'est difficile de s'auto-diriger, c'est ridicule et ça n'a pas marché pour moi. Assez étrangement, je pense que c'est plus facile lorsqu'on est la star du film et qu'on dirige en même temps. Si vous portez le film, c'est une chose. Mais si c'est quelqu'un d'autre, c'est à vous de le suivre. Vous êtes sur le plateau avec lui, et l'instant d'après vous n'y êtes plus. La réalisation, c'est effrayant, ça me fait peur, mais ça me fait du bien. A cause du succès et tout ça. Ca y est, vous avez réussi. Vous avez l'argent, la maison, les voitures et en fait vous vous ennuyez. J'ai découvert que je ne m'ennuyais plus, parce que la réalisation est ce que j'ai jamais fait de plus angoissant. J'ai même dû aller voir un ostéopathe tellement j'étais tendu. J'avais si peur. Lorsque vous travaillez votre personnage en tant qu'acteur, vous êtes dans votre petit monde, et c'est ce que vous apportez ensuite sur le plateau de tournage. Vous n'avez pas le même rapport avec le chef décorateur, ou avec les autres acteurs du film. Et j'aime bien observer quand les gens font du bon travail. Ce n'est pas que j'aie envie d'être la star. Peut-être parce que j'en ai déjà été une, mais je pense que je ne me suis jamais comporté de cette façon. Il ne sert à rien d'être génial dans un navet. Je veux que tout le monde soit bon, et j'ai aimé le rôle de réalisateur. Je me souviens d'un film dans lequel j'ai tourné, et dont le réalisateur avait perdu toute son équipe car il passait son temps à répéter à tout le monde que c'était son film à lui. 'Monsieur, où dois-je mettre le magnétophone ?' Quand tout le monde vous appelle monsieur, vous savez qu'il y a quelque chose qui cloche. Quand vous êtes entourés de robots qui attendent vos instructions, il y a un problème. Et j'espère ne jamais me trouver dans ce cas. La réalisation a également un côté pratique, car tôt ou tard on arrêtera de m'appeler, et je ferais mieux d'avoir prévu un job de rechange. J'envie Clint Eastwood : petite équipe sympa, bons films. J'envisage ça pour les 20 prochaines années. Je viens d'avoir 50 ans et je commence à peine à apprendre à vivre. Mon mot d'ordre : rester simple.


Ce que vous voulez dire, c'est qu'au départ, vous rêviez d'avoir ce que vous avez aujourd'hui, mais maintenant que vous l'avez, vous vous dites : et après ?

Oui, c'est un peu ça. On se dit : "C'est tout ce que ça fait ?" Et c'est comme ça que certains tombent dans l'alcool et la drogue. Ou bien courent après le pouvoir, si c'est ce qui les branche. Il faut qu'ils aillent toujours plus haut. La célébrité et le succès ne font que révéler ce que vous êtes, à la manière d'une loupe. Si vous êtes un abruti, tout le monde s'en rendra compte. Si on vous répète sans cesse que vous êtes le meilleur, vous finirez par le croire. Et si vous vous entourez de flatteurs, je pense que ça peut très mal se terminer. Je dirais que j'ai eu la chance de travailler avec les plus grands, ceux qui savent rester simples. C'est la catégorie d'en-dessous qui a tendance à vouloir des choses, à croire à son importance. Ils ne se demandent pas 'quel est mon personnage ?', mais plutôt 'combien de fois vais-je apparaître dans la bande-annonce ?'


Visiblement, vous n'en ferez jamais partie. Vous l'avez dit souvent, "Acteur, ce n'est qu'un métier, ma vie c'est ma famille."

Absolument, j'ai dit ça il y a quelques années. Si vous travaillez d'arrache pied et que votre vie se résume à ça, alors vous avez raté votre vie. Lorsque mon premier enfant est venu au monde, je me suis dit, " C'est ça la vraie vie. Le reste, c'est que qui te fait vivre. " [Son fils, John David, a maintenant 20 ans, son niveau de football américain lui a valu une Bourse universitaire. Denzel a également des jumeaux de 15 ans, Malcolm et Olivia, et une fille de 16 ans, Katia].


Si vous avez fait des études supérieures, c'est beaucoup parce que votre mère l'a voulu. Elle était plutôt stricte avec vous ?

Oui, tout à fait. Une mère, c'est toujours là, alors que le père doit jongler entre cinq métiers.


Je pensais que votre père était pasteur.

Oui, mais il devait aussi travailler. Prêcher, ça ne paie pas les factures. Il avait deux jobs et il prêchait en plus.


Alors que vous étiez adolescent, votre mère, craignant les mauvaises fréquentations, vous a envoyé dans une école privée. Ca ne vous a sûrement pas plu à l'époque ?

Finalement, ça m'a fait du bien. En plus, j'avais effectivement de mauvaises fréquentations. L'un de mes meilleurs amis au lycée vient de mourir du sida, qu'il avait contracté à cause de la drogue. Ma mère a toujours su anticiper. A l'école, mon conseiller d'éducation lui a dit, 'vous devez le sortir d'ici ; c'est un gamin intelligent.' Et elle avait raison. J'aurais pu finir comme mon ami et passer 15 ans en prison. Un autre de mes amis a fait 10 ans, parfois dedans parfois dehors, et le troisième du groupe a lui aussi fait quelques années. Je suis le seul des quatre à ne pas avoir fait de prison du tout, grâce à Dieu. J'ai pourtant failli à quelques reprises. Mais ma mère savait élargir notre horizon. Elle nous promenait pour nous faire comprendre qu'il y avait un monde au-delà de notre petite ville. Cela m'encourageait à vouloir de belles choses, de bons amis et éloignait les tentations néfastes - qui m'étaient inaccessibles. Quoique mon école privée n'en manquait pas. J'ai dit à ma mère, " tu m'as inscrit dans cette école pour m'éloigner de la drogue et de l'alcool. Je n'avais jamais bu un verre ni goûté à la drogue avant d'y entrer. Mais ici, les riches ne s'en privent pas ! " Pour moi, le lycée a commencé en 1968, l'année phare des sixties.


Vous arrive t-il de penser que les choses auraient facilement pu tourner autrement ?

Oui, cela m'arrive, et c'est bien triste. Lorsque nous avions dix-sept ans, nous faisions tous partie de la même bande.


En quoi aller dans une école pour garçons vous a-t-il affecté ?

Cela signifiait que j'étais socialement retardé. Je ne savais pas parler aux filles. J'étais très lent. En fait, j'ai eu une petite amie avant d'aller dans cette école, mais mon copain qui vient de décéder a couché avec elle, elle m'a trompé. Et ça n'a plus jamais été pareil après ça. Elle me l'a avoué et ça a été un choc pour moi, car c'était ma première petite amie, mais c'est quand même lui qui m'a le plus déçu. Dans ma tête, je me voyais partir pour ma nouvelle école, écrire de la poésie, j'étais Hugh Grant.


Cela a eu de graves répercussions sur votre romantisme - c'est pourquoi vous n'avez jamais tourné de film romantique. Et vous avez demandé votre femme en mariage par téléphone…

Oui, je pense que ça a eu cet effet-là. Quant à ma femme, elle a commencé par refuser. Mais ça a fini par marcher. Nous sommes toujours ensemble et ça fait vingt ans maintenant.


Et vous avez demandé à l'archevêque Desmond Tutu de recélébrer votre mariage lors d'un voyage en Afrique du Sud. C'est pas du romantisme, ça ?

Romantique, non. Nous avons renouvelé nos vœux il y a dix ans, lors d'une Messe qu'il célébrait le matin pour ceux qui travaillent dans cette église. Il n'y avait que nous, les six ouvriers et l'archevêque. C'était un peu bizarre, se retrouver en Afrique du Sud, sans parler du décalage horaire.


Vous racontez ça comme si c'était arrivé par hasard.

Non, on l'avait planifié. Ensuite nous sommes allés chez Nelson Mandela. C'était vraiment un jour exceptionnel.


Etes-vous toujours ami avec Nelson Mandela ?

J'espère qu'il me considère comme son ami. Je ne vous dirai pas qu'on se parle tous les jours, parce que ce n'est pas vrai. Mais il est venu me rendre visite lors de son dernier voyage à Los Angeles, et il lui est arrivé de m'appeler pour me souhaiter une bonne année. Mais je ne devrais pas m'en vanter. Je ne veux pas me faire mousser, broder sur " Nenell et moi ", " je dédie mon nouveau film à Nenell ". Et puis quoi encore.


J'ai lu quelque part que votre femme n'aimait pas trop que vous tourniez des scènes d'amour.

Je doute qu'elle l'accepte jamais avec enthousiasme ! En tout cas, ça n'a jamais influencé ma décision au moment d'accepter un rôle. Je ne sais pas qui a écrit ça, mais c'est faux. Par contre, il lui est arrivé de se faire projeter le film avant qu'il ne sorte en salle, pour se faire une idée par elle-même, plutôt que par la voix des autres. Je n'ai jamais tourné de scène franchement osée. Mais encore une fois, l'amour et le sexe sont deux choses bien distinctes. Les scènes de sexe ne sont que des scènes de sexe.


Oui, mais lorsqu'on est amoureux de quelqu'un, ça se termine souvent au lit…

Dans " Man On Fire ", on voit une scène, qu'on retrouvera d'ailleurs sur le DVD, dans laquelle la mère est vraiment attirée par Creasy. Il y a une scène où tout explose et où on entend des coups de feu. Nous sommes dans la voiture, et nous commençons à nous embrasser. Nous l'avons fait, mais j'ai dit, " vous savez quoi, la prochaine fois, ils nous demanderont de fricoter dans les bois ", et je me disais " Mais quel rapport avec le scénario ? " Personne ne pourra l'aimer lorsque sa fille accourra vers elle et qu'elle hurlera " mon bébé ". On ne verra en elle qu'une garce. Ce n'est ni beau, ni nécessaire. La tension sexuelle est plus forte lorsqu'on suggère les choses. On a tourné une scène de baisers langoureux, et une fin complètement différente, style Hollywood, où il meurt en ayant la peau du méchant. Mon fils m'a dit : " Papa, cette fin-là est meilleure ". C'est donc ce qui plaît aux jeunes gens de 20 ans. Mais cette version-ci est plus élégante.


Etes-vous à l'aise avec la sexualité ?

Ce n'est pas que je me sente mal à l'aise, c'est juste que je n'aime pas le sexe pour le sexe. D'ailleurs les grands films romantiques ne comportent pas de scènes de sexe.


Pensez-vous qu'il y ait un rapport avec votre timidité à l'école ?

Oui, c'est possible. Mais comme vous le savez, quand on tourne une scène d'amour, il y a au moins 85 personnes dans la salle plus les caméras. C'est très technique et pas du tout affriolant. L'excitation passe vers 5 heures 15 du matin, mais vous, vous devez remettre ça et refaire la scène encore et encore. Dans He Got Game, il se paie une prostituée et éjacule en cinq secondes. J'ai adoré ça, l'idée me plaît. Ce type a été frustré pendant des années et veut ouvrir les vannes. Dans Mo'Better Blues, on s'est longuement demandé s'il fallait que j'enlève mon T-shirt ou pas. Et c'est sans doute ce qui a provoqué mon malaise par rapport aux scènes d'amour. Je ne sais plus ce que j'ai dit, je ne m'en souviens plus. Et puis il y a eu cette histoire, comme quoi je n'aimais pas embrasser les femmes blanches. Et Mo'Better Blues, et He Got Game, alors ?


Avez-vous vraiment dit cela à propos des femmes blanches ?

Qui sait, peut être, mais en tout cas, c'était il y a plusieurs années et il n'y a vraiment pas de quoi en faire un plat..


Vous êtes donc prêt pour la comédie romantique ?

Oui, je pense que je le suis. Ce serait marrant.


Etes-vous toujours aussi romantique avec votre femme ?

22 ans de vie commune, d'après les statistiques, c'est très rare aux Etats-Unis. Franchement, j'ai dû y mettre du mien. Même lorsque vous avez trouvé celle qu'il vous faut. Ca n'existe pas. On peut trouver celle qu'il faut sans pour autant être celui qu'il lui faut. Nous sommes restés 5 ans ensemble avant de nous marier. C'était juste une formalité pour faire plaisir aux parents. Nous faisions toujours chambre à part quand nous allions rendre visite à ses parents. Son père était chrétien et très croyant.