Rencontre avec Philippe Haïm pour Secret défense
Après le succès relatif des Daltons, le réalisateur Philippe Haïm fait le grand écart avec Secret Défense : film français sur la lutte anti-terroriste, pour mieux comprendre les mécanismes de deux pôles qui se font face. Le film sort en France le 10 décembre !
C’est un film français à l’Américaine ?
Secret Défense est un film d’espionnage français. J’avais envie de réaliser un film que j’avais envie de voir en tant que spectateur. Avec tous les codes de l’espionnage : des trahisons, des fausses pistes, des faux semblants, du suspense, un rythme haletant, des vraies surprises, des voyages. Plus loin, transporter le public dans les coulisses du secret, dans le monde de cette guerre secrète. Et en même temps, pouvoir parler de la France, parler de l’actualité de la France sur cette question de l’espionnage. On n’a pas besoin d’être américain pour ça.
Plusieurs histoires dans un même film ?
Le film raconte le parallélisme de deux destins. Celui de Diane, interprété par Vahina Giocante, qui est une étudiante en langues orientales et qui va être recrutée par les services secrets français, la DGSE. Et puis celui de Pierre joué par Nicolas Duvauchelle, qui est un jeune paumé de province qui, après une bêtise, fait de la prison, où il rencontrera des mauvaises personnes. Pierre sera ainsi recruté par un réseau terroriste. Secret Défense raconte le parallélisme de leur parcours, avec, entre eux, le personnage de Gérard Lanvin, Alex : un type qui contrôle le contre-terrorisme à la DGSE. Son métier est la manipulation, le secret.
Quelle est la part de vérité dans le film ? Ce sont deux destins inventés ? Deux histoires que l’on vous a racontées ?
J’ai entrepris trois ans d’enquête pour réaliser Secret Défense. J’ai rencontré 150 spécialistes, environ, issus de divers métiers du renseignements, des experts du Moyen-orient, des expert du terrorisme, des experts islamiques. Sept consultants ont participé au projet - de l’écriture à la post-production du film. J’ai énormément lu, beaucoup voyagé. J’ai donc cherché à investir un monde impénétrable. En même temps, j’ai toujours voulu réaliser une fiction. L’histoire que je raconte n’est pas un documentaire ! C’est une fiction inspirée d’éléments vrais. Le personnage de Pierre est crédible à 99%. Son parcours est tout à fait réaliste. Sur Internet, vous trouvez des témoignages similaires, dans la perte de repères, dans le trouble identitaire, dans le manque de figure paternelle, la petite et moyenne délinquance. Le rôle de la prison ! La récupération des faibles par des personnes plus intelligentes et mal intentionnées. Jusqu’aux camps d’entraînement en Afghanistan où là on forme des personnes perdues à commettre l’irréparable. Tous ces éléments sont vrais ! En ce qui concerne le personnage de Diane, son recrutement est plutôt sauvage. Il y a mille et une manières de recruter un nouvel agent pour la DGSE. Diane est choisie pour ses compétences. Le film raconte qu’elle a un secret, qu’elle est capable de faire certaines choses, qu’elle parle arabe. En même temps, elle comprend aussi le langage de la manipulation, car elle l’utilise dès le début.
C’est un film plutôt noir ! Je pense au personnage joué par Mehdi Nebbou.
C’est vrai qu’à un moment, il subit un interrogatoire plutôt musclé, sévère. Dans le film, on a un doute sur son patriotisme, sur sa capacité à être propre. D’ailleurs, c’est un agent victime d’islamalgame. C’est mon personnage préféré du film, car il ne cède jamais à la violence. Alors qu’il subit les pires avanies, alors qu’il est LA victime. Le rôle d’Ahmed est très important. Je souhaitais montrer qu’une guerre secrète n’est pas propre. Deux machines de guerre opposées peuvent utiliser les mêmes méthodes, broyer les êtres humains, les utiliser afin de les transformer de la même façon en arme.
Un film cynique ?
Faire du renseignement ? Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est essayer d’obtenir une image de la vérité sur une situation donnée. De comprendre véritablement ce qui se passe. Pour arriver à ce but, quels sont les meilleurs outils ? La ruse, le mensonge, la duplicité, l’intoxication, la menace, parfois l’exécution de la menace. En définitive, toute une gamme d’outils illégaux. Les agents secrets ne sont pas des policiers. Ils sont le contraire d’un policier. Le renseignement est un métier de voyous fait par des seigneurs. Ce sont des gens extrêmement patriotes, qui font le sacrifice de leur existence pour leur nation, leur état, leur drapeau. Leur vie réclame une clandestinité à toute épreuve. Leur solitude sur le terrain est pesante. Je pense que le film montre assez bien tout cela. Mes personnages ne peuvent se raccrocher à rien tout en prenant des risques considérables.
Le choix des comédiens pour cette mission ?
J’ai eu la chance de travailler avec Gérard Lanvin. Il m’a donc été facile de lui proposer le rôle d’Alex. Je souhaitais que ce personnage soit charismatique, qu’il est une certaine aura, que le spectateur comprenne, rien qu’à le regarder, que ce personnage avait vécu des choses pas simples. Un personnage qui soit capable de prendre des décisions complexes en un temps record. Des acteurs de cette génération, il n’y en avait pas trente-six ! J’avais envie de revoir Gérard dans un rôle plus sombre, plus mûr, plus tendu. Nous nous sommes parfaitement entendus tous les deux... Alors pour les autres, ça a été un peu pareil. Vous rencontrez des acteurs, vous essayez qu’ils se calquent aux personnages que vous avez inventés. Et quand vous rencontrez cet acteur et que vous avez l’impression qu’il incarne en mieux votre personnage..., tout est gagné. J’ai l’impression d’avoir eu beaucoup de chance. Car ils ont tous compris la passion qui m’animait.
Dans Secret Défense, l’islam montre son visage le plus hideux.
Mais on voit aussi son visage le plus beau ! A savoir des gens qui, tout en étant des musulmans pratiquants, travaillent à la défense de leur nation, la France. A la défense de leur drapeau ! Des gens qui souffrent de l’islamalgame que le terrorisme crée. Il faut bien comprendre une chose. Que veulent les terroristes ? Ils veulent créer du racisme ! Plus il y aura du racisme, plus le terrorisme avancera. Le film le décrit très bien – tout du moins je le pense. Et le dénonce d’ailleurs.
La réalisation ?
J’ai tourné beaucoup caméra à l’épaule. Ce mode opératoire donne plus de flou. Je trouvais que cela renforçait l’incertitude de mes images. On ne sait jamais vraiment où l’on se situe.
Vous a-t-on demandé de ne pas utiliser certains détails dévoilés lors de la préparation du film ?
Non. Tout simplement parce que je n’ai jamais posé de questions sur des affaires existantes. Même très lointaines. Ce n’était pas mon rôle. Secret Défense est une vision d’artiste, de metteur en scène. Je ne suis pas expert du renseignement. Je raconte une histoire... Ce n’est pas un film manichéen : il ne désigne pas les bons ou les méchants comme aurait pu le faire un certain cinéma américain. Moi, j’ai cherché à montrer comment se montait une opération comme celle-ci. Comment se déroule cette guerre-là, 365 jours sur 365, 24 heures sur 24 ! Sans que le public n’en sache rien.
Rapporté à l’intrigue, pourquoi ne pas avoir confronté les personnages incarnés par Lanvin et Abkarian ?
Pour moi, il était beaucoup plus important de confronter l’islam des lumières, l’Islam de paix que représente le personnage d’Ahmed, face à un islam dévoyé et utilisé à des fins politiques par le directeur des opérations d’un réseau terroriste. Il fallait clairement que le film dise : "Arrêtez de confondre ! Arrêtez de croire que les musulmans sont des terroristes." Qu’est-ce que c’est l’islamalgame ? C’est : arabe égal musulman, alors que c’est déjà totalement faux. C’est : musulman égal fondamentaliste. Fondamentalisme égal intégriste. Intégriste égal terroriste. Terroriste qui passe à l’acte... Tout est faux dans ce schéma... Dans cette courbe, il n’y a qu’une infime partie de passeurs à l’acte. Et croyez-moi ! Il est beaucoup plus difficile d’être musulman en Angleterre ou et en Espagne après les attentats de Londres et de Madrid. Les réactions ne sont pas normales. Mais expliquées. Bien sûr, les populations ont été touchées dans leur chair. Quand on leur désigne un ennemi, il y a du ressenti. Mais, ce schéma est catastrophique. C’est exactement ce que veulent les terroristes. Ils veulent fabriquer les conditions d’une guerre de religion, d’une guerre des civilisations. Ils veulent creuser les différences pour qu’elles s’opposent. Voilà pourquoi je préférais confondre les personnages d’Al Barad face à celui d’Ahmed.
Propos recueillis et retranscrits par Reynald Dal Barco
Après le succès relatif des Daltons, le réalisateur Philippe Haïm fait le grand écart avec Secret Défense : film français sur la lutte anti-terroriste, pour mieux comprendre les mécanismes de deux pôles qui se font face. Le film sort en France le 10 décembre !C’est un film français à l’Américaine ?
Secret Défense est un film d’espionnage français. J’avais envie de réaliser un film que j’avais envie de voir en tant que spectateur. Avec tous les codes de l’espionnage : des trahisons, des fausses pistes, des faux semblants, du suspense, un rythme haletant, des vraies surprises, des voyages. Plus loin, transporter le public dans les coulisses du secret, dans le monde de cette guerre secrète. Et en même temps, pouvoir parler de la France, parler de l’actualité de la France sur cette question de l’espionnage. On n’a pas besoin d’être américain pour ça.
Plusieurs histoires dans un même film ?
Le film raconte le parallélisme de deux destins. Celui de Diane, interprété par Vahina Giocante, qui est une étudiante en langues orientales et qui va être recrutée par les services secrets français, la DGSE. Et puis celui de Pierre joué par Nicolas Duvauchelle, qui est un jeune paumé de province qui, après une bêtise, fait de la prison, où il rencontrera des mauvaises personnes. Pierre sera ainsi recruté par un réseau terroriste. Secret Défense raconte le parallélisme de leur parcours, avec, entre eux, le personnage de Gérard Lanvin, Alex : un type qui contrôle le contre-terrorisme à la DGSE. Son métier est la manipulation, le secret.
Quelle est la part de vérité dans le film ? Ce sont deux destins inventés ? Deux histoires que l’on vous a racontées ?
J’ai entrepris trois ans d’enquête pour réaliser Secret Défense. J’ai rencontré 150 spécialistes, environ, issus de divers métiers du renseignements, des experts du Moyen-orient, des expert du terrorisme, des experts islamiques. Sept consultants ont participé au projet - de l’écriture à la post-production du film. J’ai énormément lu, beaucoup voyagé. J’ai donc cherché à investir un monde impénétrable. En même temps, j’ai toujours voulu réaliser une fiction. L’histoire que je raconte n’est pas un documentaire ! C’est une fiction inspirée d’éléments vrais. Le personnage de Pierre est crédible à 99%. Son parcours est tout à fait réaliste. Sur Internet, vous trouvez des témoignages similaires, dans la perte de repères, dans le trouble identitaire, dans le manque de figure paternelle, la petite et moyenne délinquance. Le rôle de la prison ! La récupération des faibles par des personnes plus intelligentes et mal intentionnées. Jusqu’aux camps d’entraînement en Afghanistan où là on forme des personnes perdues à commettre l’irréparable. Tous ces éléments sont vrais ! En ce qui concerne le personnage de Diane, son recrutement est plutôt sauvage. Il y a mille et une manières de recruter un nouvel agent pour la DGSE. Diane est choisie pour ses compétences. Le film raconte qu’elle a un secret, qu’elle est capable de faire certaines choses, qu’elle parle arabe. En même temps, elle comprend aussi le langage de la manipulation, car elle l’utilise dès le début.
C’est un film plutôt noir ! Je pense au personnage joué par Mehdi Nebbou.
C’est vrai qu’à un moment, il subit un interrogatoire plutôt musclé, sévère. Dans le film, on a un doute sur son patriotisme, sur sa capacité à être propre. D’ailleurs, c’est un agent victime d’islamalgame. C’est mon personnage préféré du film, car il ne cède jamais à la violence. Alors qu’il subit les pires avanies, alors qu’il est LA victime. Le rôle d’Ahmed est très important. Je souhaitais montrer qu’une guerre secrète n’est pas propre. Deux machines de guerre opposées peuvent utiliser les mêmes méthodes, broyer les êtres humains, les utiliser afin de les transformer de la même façon en arme.
Un film cynique ?
Faire du renseignement ? Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est essayer d’obtenir une image de la vérité sur une situation donnée. De comprendre véritablement ce qui se passe. Pour arriver à ce but, quels sont les meilleurs outils ? La ruse, le mensonge, la duplicité, l’intoxication, la menace, parfois l’exécution de la menace. En définitive, toute une gamme d’outils illégaux. Les agents secrets ne sont pas des policiers. Ils sont le contraire d’un policier. Le renseignement est un métier de voyous fait par des seigneurs. Ce sont des gens extrêmement patriotes, qui font le sacrifice de leur existence pour leur nation, leur état, leur drapeau. Leur vie réclame une clandestinité à toute épreuve. Leur solitude sur le terrain est pesante. Je pense que le film montre assez bien tout cela. Mes personnages ne peuvent se raccrocher à rien tout en prenant des risques considérables.
Le choix des comédiens pour cette mission ?
J’ai eu la chance de travailler avec Gérard Lanvin. Il m’a donc été facile de lui proposer le rôle d’Alex. Je souhaitais que ce personnage soit charismatique, qu’il est une certaine aura, que le spectateur comprenne, rien qu’à le regarder, que ce personnage avait vécu des choses pas simples. Un personnage qui soit capable de prendre des décisions complexes en un temps record. Des acteurs de cette génération, il n’y en avait pas trente-six ! J’avais envie de revoir Gérard dans un rôle plus sombre, plus mûr, plus tendu. Nous nous sommes parfaitement entendus tous les deux... Alors pour les autres, ça a été un peu pareil. Vous rencontrez des acteurs, vous essayez qu’ils se calquent aux personnages que vous avez inventés. Et quand vous rencontrez cet acteur et que vous avez l’impression qu’il incarne en mieux votre personnage..., tout est gagné. J’ai l’impression d’avoir eu beaucoup de chance. Car ils ont tous compris la passion qui m’animait.
Dans Secret Défense, l’islam montre son visage le plus hideux.
Mais on voit aussi son visage le plus beau ! A savoir des gens qui, tout en étant des musulmans pratiquants, travaillent à la défense de leur nation, la France. A la défense de leur drapeau ! Des gens qui souffrent de l’islamalgame que le terrorisme crée. Il faut bien comprendre une chose. Que veulent les terroristes ? Ils veulent créer du racisme ! Plus il y aura du racisme, plus le terrorisme avancera. Le film le décrit très bien – tout du moins je le pense. Et le dénonce d’ailleurs.
La réalisation ?
J’ai tourné beaucoup caméra à l’épaule. Ce mode opératoire donne plus de flou. Je trouvais que cela renforçait l’incertitude de mes images. On ne sait jamais vraiment où l’on se situe.
Vous a-t-on demandé de ne pas utiliser certains détails dévoilés lors de la préparation du film ?
Non. Tout simplement parce que je n’ai jamais posé de questions sur des affaires existantes. Même très lointaines. Ce n’était pas mon rôle. Secret Défense est une vision d’artiste, de metteur en scène. Je ne suis pas expert du renseignement. Je raconte une histoire... Ce n’est pas un film manichéen : il ne désigne pas les bons ou les méchants comme aurait pu le faire un certain cinéma américain. Moi, j’ai cherché à montrer comment se montait une opération comme celle-ci. Comment se déroule cette guerre-là, 365 jours sur 365, 24 heures sur 24 ! Sans que le public n’en sache rien.
Rapporté à l’intrigue, pourquoi ne pas avoir confronté les personnages incarnés par Lanvin et Abkarian ?
Pour moi, il était beaucoup plus important de confronter l’islam des lumières, l’Islam de paix que représente le personnage d’Ahmed, face à un islam dévoyé et utilisé à des fins politiques par le directeur des opérations d’un réseau terroriste. Il fallait clairement que le film dise : "Arrêtez de confondre ! Arrêtez de croire que les musulmans sont des terroristes." Qu’est-ce que c’est l’islamalgame ? C’est : arabe égal musulman, alors que c’est déjà totalement faux. C’est : musulman égal fondamentaliste. Fondamentalisme égal intégriste. Intégriste égal terroriste. Terroriste qui passe à l’acte... Tout est faux dans ce schéma... Dans cette courbe, il n’y a qu’une infime partie de passeurs à l’acte. Et croyez-moi ! Il est beaucoup plus difficile d’être musulman en Angleterre ou et en Espagne après les attentats de Londres et de Madrid. Les réactions ne sont pas normales. Mais expliquées. Bien sûr, les populations ont été touchées dans leur chair. Quand on leur désigne un ennemi, il y a du ressenti. Mais, ce schéma est catastrophique. C’est exactement ce que veulent les terroristes. Ils veulent fabriquer les conditions d’une guerre de religion, d’une guerre des civilisations. Ils veulent creuser les différences pour qu’elles s’opposent. Voilà pourquoi je préférais confondre les personnages d’Al Barad face à celui d’Ahmed.
Propos recueillis et retranscrits par Reynald Dal Barco