L'interview de José Garcia et Régis Warnier
Rencontre avec José Garcia et Régis Warnier : les deux tuteurs de Pars vite et reviens tard, polar à la française construit sur le récit de la romancière Fred Vargas. Comme l'expliquent nos deux protagonistes, le film fut une véritable première...
Votre rapport au polar ?
Régis Warnier : Le genre polar rassemble beaucoup de styles. J’ai réalisé un polar d’enquête. Le personnage principal est donc forcément un flic, le commissaire. Il existe d’autres polars, comme ceux qui propulsent Monsieur Lambda dans un piège... Depuis mon plus jeune âge, je suis fasciné par Hitchcock... Mais il existe encore le film noir... Je me souviens notamment des films de Dassin qui étaient projetés à la télévision dans le cadre des programmes du "Ciné Club". Pars vite et reviens tard évolue dans un genre particulier. Celui de l’enquête, menée par un commissaire particulier, Adamsberg, un personnage doté d’une force de caractère incroyable.
Il y a quelques années, vous souhaitiez déjà réalisé un policier ?
Régis Warnier : A l’époque, je siégeais au sein d’une commission qui attribuait des aides à la réalisation. J’étais tombé à l’occasion sur une idée originale d’un jeune auteur qui me plaisait beaucoup. Puis, un jour, j’ai ce type au téléphone qui m’avoue vouloir arrêté le montage de son projet faute de financements. Je lui ai alors proposé de l’acheter, d’acheter son idée qui ne faisait que trois pages, ceci dit en passant. J’y ai travaillé un temps avec l’aide de Michel Grisolia, avant d’aboutir à un scénario que je ne trouvais pas désagréable, mais plutôt moyen. Dans tous les cas, pas assez imposant pour que j’y passe deux années de travail supplémentaires.... Il est vrai que cette idée de faire un polar existait depuis un moment. D’ailleurs, je souhaitais que Marie Gillain ait un rôle dans ce projet qui n’a jamais vu le jour...
Le personnage principal de Pars vite et reviens tard est peut-être la ville même où se situe l’action, à savoir Paris ?
Régis Warnier : Oui, tout à fait. C’est l’une des raisons d’ailleurs qui m’a poussé à réaliser ce film. Quand je suis arrivé à Paris, j’avais quatre ans. Paris est ma ville ; elle sera ma ville pour toujours. C’est sans doute pour cela que M. Delanoë m’a proposé de réaliser le film concernant la candidature de Paris aux J.O., avant que je ne refuse d’ailleurs, parce que je n’avais pas véritablement d’idées précises à présenter... J’aime Paris. Je l’a connais très bien pour m’y promener souvent à pied. L’a filmer représentait un certain challenge pour moi. Comment filmer Paris aujourd’hui ? Il faut savoir que c’est la ville la plus filmée au monde...
Adamsberg est-il si éloigné de votre personnalité ?
José Garcia : Je ne peux pas dire que je me sois reconnu d’emblée dans les traits d’Adamsberg. A la lecture du livre de Vargas, ce qui m’intéressait par contre, c’était d’incarner ce personnage de façon naturelle, brute. C’était aussi l’occasion pour moi, en tant qu’acteur, de jouer pour la première fois le rôle d’un flic. Pas le genre de flic qui court partout en dégainant à chaque instant son flingue. Mais jouer un flic doté d’une personnalité hors du commun, profonde, dense, voire animale. En tous cas, un flic développant de l’instinct, des prémonitions, mais avec des faiblesses, des failles. Un personnage qui doit trouver des solutions, mais qui, en même temps, n’est pas véritablement doué pour la vie privée... Le gouffre de ce type confronté chaque jour à la barbarie du monde qui l’entoure était intéressant, enrichissant même, humainement parlant. C’est un flic qui, lorsqu’on lui confie une affaire, n’est pas certain de pouvoir l’élucider.
Comment avez-vous construit votre personnage ? Dans le film, beaucoup de zones d’ombres existent sur sa vie !
José Garcia : Dans le cas présent, l’avantage, c’est les livres de Fred Vargas, qui permettent de cibler correctement le caractère de votre rôle. Régis nous a fait ainsi parvenir beaucoup de notes rapportées aux personnalités des protagonistes. A partir de là, nous avons fait une adaptation d’un livre, avec ses codes d’usages, ses réalités – nous évoluons quand même dans le cadre strict de la police criminelle -, avec ses rythmes – on fait du cinéma, il faut donc donner une certaine vélocité à l’intrigue... Le tout baigné dans une trame très littéraire. Le but n’était pas non plus de se faire étriper par les fans de Vargas. On savait qu’on serait attendus au tournant. Bien entendu, chacun se fait une image propre de ce qu’il lit, surtout avec un personnage de l’ampleur d’Adamsberg.
Régis Warnier : Les caractères récurrents d’Adamsberg, ceux que l’on retrouve tout du moins dans les romans de Vargas où il est présent, ceux qui le différencient des autres personnages de flic en fait, se sont ses silences, et ses intuitions. D’autres flics sont des cerveaux en marche. D’ailleurs, la plupart des policiers qui travaillent avec lui développent ces qualités. Ce sont des gens qui recherchent, déduisent, concluent. Lui refuse ça ; car il sait qu’il n’est jamais meilleur que lorsqu’il évolue au sein de choses flottantes, lorsqu’il se retrouve dans l’attente de flashes révélateurs. Ca lui a toujours réussi, et c’est là où il continue de chercher. Le personnage incarné par Lucas Belvaux est aux antipodes d’Adamsberg. Adamsberg n’est pas un flic comme les autres.
Ce sont des rôles plus fatigants que d’autres à jouer ?
José Garcia : L’énergie à développer n’est pas la même. Ce genre de personnage ne doit jamais être lâché. Il demande une attention de tous les instants. Afin de lui donner un minimum d’épaisseur, il faut constamment être attentif, en réflexion avec quelque chose. Il faut en même temps avoir une écoute en direction de vos partenaires de plateau, et en même temps savoir se plonger dans une introspection quotidienne. Avoir cette lueur d’absence dans le regard tout en étant plonger au sein d’une tourmente. C’est très jubilatoire de jouer ces rôles. La contrepartie, c’est qu’il faut être très concentré.
Porter comme cela un personnage, qui plus est, un personnage central, c’est usant ? Vous vous dites : "Si le film se plante, ce sera de ma faute ; s’il marche, ce sera grâce à moi" ?
José Garcia : Non, pas du tout. Ce seraient plutôt mes compagnons qui se posent ce genre de question (rires)... Je considère qu’on ne fait pas ce métier pour le confort. D’un autre côté, je ne suis pas un cascadeur. Quand je tente quelque chose, je n’ai pas le risque de me casser des côtes... Je pense qu’il ne faut pas tenter de sacraliser les choses. Il faut les tenter, essayer de jouer des rôles à 200%. Et puis laisser le temps faire son oeuvre...
Comment avez-vous construit votre casting ?
Régis Warnier : Faire appel à José Garcia pour incarner Adamsberg représentait pour moi la seule contrainte intransigeante. Quant à Lucas Belvaux, c’est en le revoyant un soir sur le câble que je me suis dit qu’il serait parfait dans l’interprétation du bras droit d’Adamsberg. Lucas est quelqu’un de rare, qui ne s’exprime pas comme les autres. Sa manière de se comporter est incroyable, oscillant toujours entre introspection et aisance... Pour Marie Gillain, j’ai évoqué plus haut les raisons de mon choix... Et Michel (NDLR : Serrault)... C’est quelqu’un que je connais depuis 28 ans. A chaque fois qu’il me voit : "Alors, quand est-ce que tu me fais jouer dans un de tes films ? Le temps passe !". La dernière fois que l’on s’était croisés, c’était au Festival de Deauville. Comme d’accoutumée, il m’a reposé la question. Voilà ! Trois jours plus tard, je lui envoyais le scénario... Pour Linh Dan, qui incarne Camille dans le film, j’avais envie de la retrouver après Indochine – elle avait 16 ans à l’époque ! Sans un mot, elle exprime tellement de choses. Elle remplit parfaitement le rôle de cette femme absente, fantasmée par Adamsberg... Olivier Gourmet représentait un écueil à éviter par rapport au livre. Son personnage est tellement anachronique. Et pourtant, après avoir été maquillé, habillé, au premier tour de manivelle, j’y ai cru tout de suite. Je me suis dit que j’avais enfin trouvé mon crieur...
Rencontre avec José Garcia et Régis Warnier : les deux tuteurs de Pars vite et reviens tard, polar à la française construit sur le récit de la romancière Fred Vargas. Comme l'expliquent nos deux protagonistes, le film fut une véritable première...Votre rapport au polar ?
Régis Warnier : Le genre polar rassemble beaucoup de styles. J’ai réalisé un polar d’enquête. Le personnage principal est donc forcément un flic, le commissaire. Il existe d’autres polars, comme ceux qui propulsent Monsieur Lambda dans un piège... Depuis mon plus jeune âge, je suis fasciné par Hitchcock... Mais il existe encore le film noir... Je me souviens notamment des films de Dassin qui étaient projetés à la télévision dans le cadre des programmes du "Ciné Club". Pars vite et reviens tard évolue dans un genre particulier. Celui de l’enquête, menée par un commissaire particulier, Adamsberg, un personnage doté d’une force de caractère incroyable.
Il y a quelques années, vous souhaitiez déjà réalisé un policier ?
Régis Warnier : A l’époque, je siégeais au sein d’une commission qui attribuait des aides à la réalisation. J’étais tombé à l’occasion sur une idée originale d’un jeune auteur qui me plaisait beaucoup. Puis, un jour, j’ai ce type au téléphone qui m’avoue vouloir arrêté le montage de son projet faute de financements. Je lui ai alors proposé de l’acheter, d’acheter son idée qui ne faisait que trois pages, ceci dit en passant. J’y ai travaillé un temps avec l’aide de Michel Grisolia, avant d’aboutir à un scénario que je ne trouvais pas désagréable, mais plutôt moyen. Dans tous les cas, pas assez imposant pour que j’y passe deux années de travail supplémentaires.... Il est vrai que cette idée de faire un polar existait depuis un moment. D’ailleurs, je souhaitais que Marie Gillain ait un rôle dans ce projet qui n’a jamais vu le jour...
Le personnage principal de Pars vite et reviens tard est peut-être la ville même où se situe l’action, à savoir Paris ?
Régis Warnier : Oui, tout à fait. C’est l’une des raisons d’ailleurs qui m’a poussé à réaliser ce film. Quand je suis arrivé à Paris, j’avais quatre ans. Paris est ma ville ; elle sera ma ville pour toujours. C’est sans doute pour cela que M. Delanoë m’a proposé de réaliser le film concernant la candidature de Paris aux J.O., avant que je ne refuse d’ailleurs, parce que je n’avais pas véritablement d’idées précises à présenter... J’aime Paris. Je l’a connais très bien pour m’y promener souvent à pied. L’a filmer représentait un certain challenge pour moi. Comment filmer Paris aujourd’hui ? Il faut savoir que c’est la ville la plus filmée au monde...
Adamsberg est-il si éloigné de votre personnalité ?
José Garcia : Je ne peux pas dire que je me sois reconnu d’emblée dans les traits d’Adamsberg. A la lecture du livre de Vargas, ce qui m’intéressait par contre, c’était d’incarner ce personnage de façon naturelle, brute. C’était aussi l’occasion pour moi, en tant qu’acteur, de jouer pour la première fois le rôle d’un flic. Pas le genre de flic qui court partout en dégainant à chaque instant son flingue. Mais jouer un flic doté d’une personnalité hors du commun, profonde, dense, voire animale. En tous cas, un flic développant de l’instinct, des prémonitions, mais avec des faiblesses, des failles. Un personnage qui doit trouver des solutions, mais qui, en même temps, n’est pas véritablement doué pour la vie privée... Le gouffre de ce type confronté chaque jour à la barbarie du monde qui l’entoure était intéressant, enrichissant même, humainement parlant. C’est un flic qui, lorsqu’on lui confie une affaire, n’est pas certain de pouvoir l’élucider.
Comment avez-vous construit votre personnage ? Dans le film, beaucoup de zones d’ombres existent sur sa vie !
José Garcia : Dans le cas présent, l’avantage, c’est les livres de Fred Vargas, qui permettent de cibler correctement le caractère de votre rôle. Régis nous a fait ainsi parvenir beaucoup de notes rapportées aux personnalités des protagonistes. A partir de là, nous avons fait une adaptation d’un livre, avec ses codes d’usages, ses réalités – nous évoluons quand même dans le cadre strict de la police criminelle -, avec ses rythmes – on fait du cinéma, il faut donc donner une certaine vélocité à l’intrigue... Le tout baigné dans une trame très littéraire. Le but n’était pas non plus de se faire étriper par les fans de Vargas. On savait qu’on serait attendus au tournant. Bien entendu, chacun se fait une image propre de ce qu’il lit, surtout avec un personnage de l’ampleur d’Adamsberg.
Régis Warnier : Les caractères récurrents d’Adamsberg, ceux que l’on retrouve tout du moins dans les romans de Vargas où il est présent, ceux qui le différencient des autres personnages de flic en fait, se sont ses silences, et ses intuitions. D’autres flics sont des cerveaux en marche. D’ailleurs, la plupart des policiers qui travaillent avec lui développent ces qualités. Ce sont des gens qui recherchent, déduisent, concluent. Lui refuse ça ; car il sait qu’il n’est jamais meilleur que lorsqu’il évolue au sein de choses flottantes, lorsqu’il se retrouve dans l’attente de flashes révélateurs. Ca lui a toujours réussi, et c’est là où il continue de chercher. Le personnage incarné par Lucas Belvaux est aux antipodes d’Adamsberg. Adamsberg n’est pas un flic comme les autres.
Ce sont des rôles plus fatigants que d’autres à jouer ?
José Garcia : L’énergie à développer n’est pas la même. Ce genre de personnage ne doit jamais être lâché. Il demande une attention de tous les instants. Afin de lui donner un minimum d’épaisseur, il faut constamment être attentif, en réflexion avec quelque chose. Il faut en même temps avoir une écoute en direction de vos partenaires de plateau, et en même temps savoir se plonger dans une introspection quotidienne. Avoir cette lueur d’absence dans le regard tout en étant plonger au sein d’une tourmente. C’est très jubilatoire de jouer ces rôles. La contrepartie, c’est qu’il faut être très concentré.
Porter comme cela un personnage, qui plus est, un personnage central, c’est usant ? Vous vous dites : "Si le film se plante, ce sera de ma faute ; s’il marche, ce sera grâce à moi" ?
José Garcia : Non, pas du tout. Ce seraient plutôt mes compagnons qui se posent ce genre de question (rires)... Je considère qu’on ne fait pas ce métier pour le confort. D’un autre côté, je ne suis pas un cascadeur. Quand je tente quelque chose, je n’ai pas le risque de me casser des côtes... Je pense qu’il ne faut pas tenter de sacraliser les choses. Il faut les tenter, essayer de jouer des rôles à 200%. Et puis laisser le temps faire son oeuvre...
Comment avez-vous construit votre casting ?
Régis Warnier : Faire appel à José Garcia pour incarner Adamsberg représentait pour moi la seule contrainte intransigeante. Quant à Lucas Belvaux, c’est en le revoyant un soir sur le câble que je me suis dit qu’il serait parfait dans l’interprétation du bras droit d’Adamsberg. Lucas est quelqu’un de rare, qui ne s’exprime pas comme les autres. Sa manière de se comporter est incroyable, oscillant toujours entre introspection et aisance... Pour Marie Gillain, j’ai évoqué plus haut les raisons de mon choix... Et Michel (NDLR : Serrault)... C’est quelqu’un que je connais depuis 28 ans. A chaque fois qu’il me voit : "Alors, quand est-ce que tu me fais jouer dans un de tes films ? Le temps passe !". La dernière fois que l’on s’était croisés, c’était au Festival de Deauville. Comme d’accoutumée, il m’a reposé la question. Voilà ! Trois jours plus tard, je lui envoyais le scénario... Pour Linh Dan, qui incarne Camille dans le film, j’avais envie de la retrouver après Indochine – elle avait 16 ans à l’époque ! Sans un mot, elle exprime tellement de choses. Elle remplit parfaitement le rôle de cette femme absente, fantasmée par Adamsberg... Olivier Gourmet représentait un écueil à éviter par rapport au livre. Son personnage est tellement anachronique. Et pourtant, après avoir été maquillé, habillé, au premier tour de manivelle, j’y ai cru tout de suite. Je me suis dit que j’avais enfin trouvé mon crieur...