King of California

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King of California : la conférence de presse


King of California : la conférence de presseTrente ans après avoir salué la carrière de Kirk Douglas, l'édition 2007 du Festival de Deauville débutait, ce vendredi, par l'hommage consacré à son fils, Michael Douglas, avec notamment, la diffusion, en avant-première, de King of California. L'après-midi, lors de sa conférence de presse, l'acteur, cumulant la casquette de producteur, a bien entendu évoqué ce dernier film, mais aussi sa carrière, et avec une pointe d'émotion celle de son père, de sa famille... Morceaux choisis...

Monsieur Douglas, ce n’est pas la première fois que vous produisez un film. Le plus connu est sans contexte Vol au-dessus d’un nid de coucou. Préférez-vous produire ou jouer ?

Tout d’abord, bonjour à tous les festivaliers de cette 33e édition du Festival de Deauville. C’est toujours un réel plaisir de venir ici… En fait, je ne pense pas avoir de préférence entre la production et l’interprétation. Cumuler les casquettes de producteur et de comédien sur un seul et même projet est plutôt difficile. D’abord parce que le jeu est quelque chose qui tend vers l’égoïsme. En définitive, dans ce cas-là, rien ne compte que soi-même, sa performance, l’image que l’on transmet aux autres. Quant à la production, c’est développer une vision à 360 degrés. La seule satisfaction qu’on en tire, c’est de souffler un bon coup lorsque tout est terminé. Le Syndrome chinois, A la poursuite du diamant vert, ont été des projets vraiment difficiles, car les endroits où nous tournions n’étaient pas de tout repos. Au final, je pense avoir moins de plaisir à jouer dans un film où j’interprète un rôle. Après, on travaille aussi durement sur un film qui marche, que sur un film qui ne plaît pas au public.

Au regard de votre carrière, quels sont les critères qui déterminent vos choix professionnels ? Quand décidez-vous de produire un film, ou d’en interpréter un des rôles ?

Le processus est identique dans un cas, comme dans l’autre. Pour moi, ce qui compte avant tout, c’est le scénario. J’aime évoluer dans un film solide. Parfois, j’ai de grand rôle comme dans Wall Street, parfois j’ai l’impression de porter moi-même le film à chaque scène que j’interprète. Pour King of California, ce projet me permettait avant tout d’incarner un personnage différent de ceux que j’avais pu jouer ces dernières années.

Justement, pouvez-vous nous présenter votre personnage ?

Si je devais décrire Charlie, je dirais que c’est, avant tout, un fou de jazz. Mais un mauvais bassiste de jazz. En tout cas, il n’a pas réussi dans la musique. D’ailleurs, il n’a pas réussi grand-chose dans sa vie. Tout du moins, c’est ce qu’il pense. Au début du film, on le voit sortir d’un hôpital psychiatrique où il a passé deux ans de sa vie. Durant cette période, il a beaucoup surfer sur Internet. Grâce à ses recherches, il a découvert qu’il existait un trésor caché depuis des siècles en Californie du Sud. A sa sortie, il n’a plus qu’une seule idée dans la tête : convertir sa fille, admirablement interprétée par Evan Rachel Wood, pour qu’elle l’aide à trouver ce trésor, qu’elle lui fasse confiance une fois de plus, qu’elle lui fasse confiance une dernière fois peut-être, afin qu’elle parte avec lui dans une expédition un peu folle. Fondamentalement, Charlie cherche à se réconcilier avec sa fille, à se faire pardonner du fait que durant toute sa vie, c’est elle qui fut l’adulte, et lui l’enfant.

M. Douglas, nous avons tous en tête le magnifique documentaire qui fut réalisé sur votre père. La biographie qui vous est attribuée dans le dossier de presse du Festival de Deauville commence par ces lignes : « Michael Douglas, fils de Kirk Douglas… ». Tout ceci pour vous demander si, aujourd’hui, vous pensez être sorti de l’ombre du géant qu’est Kirk Douglas ?

Remporter un Oscar pour mon interprétation dans Wall Street a été une étape importante dans ma carrière. Ce trophée me permettait d’exister un peu plus par moi-même. Après tout, cette nomination provenait d’acteurs, de mes pairs. Mais on ne s’attend jamais au troisième acte d’une vie. Mon père a vécu un dramatique accident d’hélicoptère…, il a survécu à une attaque…, il s’est fait opérer des jambes… Voir cet homme, à la carrière extraordinaire, entrer et mener aussi dignement la troisième époque de sa vie, est quelque chose de très important pour moi... Vous savez, il y a trente ans, ici, il recevait le même hommage que je vais recevoir à mon tour ce soir... En décembre, il aura 91 ans. Sincèrement, je suis très fier d’être son fils… Vous évoquez mon père… Mais je voudrais parler aussi de ma mère, Diana Douglas. Elle fut aussi une brillante actrice et le demeure, même si elle n’a pas rencontré le même succès populaire que mon père… Ma mère m’a inculqué une chose fondamentale : le plaisir de jouer. Et toute ma vie, je n’ai eu que cette vision : quelqu’un d’heureux dans le cinéma, le théâtre, et cela quel que soit l’accueil du public. Elle a eu une influence déterminante sur mon parcours. Aujourd’hui, elle a 86 ans, elle joue toujours au théâtre. Je garde cet enthousiasme qu’elle m’a donné.

Comment voyez-vous la suite de votre carrière ? Les choix du cœur sont-ils plus importants qu’un développement raisonné ?

La plupart de mes films à succès n’étaient pas certains, au départ, de remporter l’adhésion des foules. A la base, ils représentaient même des paris fous. Je pense particulièrement à La Guerre des Rose, à Liaisons Fatale, à Black Rain. Comme je l’exprimais plus haut, mes choix ont toujours été dictés par la qualité de l’histoire, et non par le montant du chèque que je devais percevoir à la fin du tournage… Cependant, mes priorités ont grandement changé depuis que j’ai épousé Catherine, depuis que j’ai une famille. Ma carrière n’est plus du tout ma priorité. C’est même devenu carrément difficile de me faire sortir de chez moi… Oui, je peux annoncé qu’il y aura une suite à Wall Street. Steven Shif est en train d’en écrire le scénario. Mais pour l’instant, rien ne tient la route !

Deauville est un festival qui programme des productions issues des majors, mais aussi du cinéma américain indépendant. Faisant partie, à votre échelon, du business cinématographique, que pensez-vous du devenir de ce dernier ?

Nous vivons des temps intéressants : une époque déterminée par la séparation entre le cinéma des majors qui produit en général des suites, ou des adaptations de livres à succès, et celui dit indépendant. Les temps ont changé quand même, surtout depuis que Miramax a montré qu’on pouvait être indépendant et avoir du succès. Leur partenariat avec Disney a montré que de petites productions pouvaient bénéficier de budgets de marketing fantastiques, et ainsi avoir une reconnaissance auprès du grand public. Depuis Miramax, chaque studio a dorénavant sa propre section de cinéma indépendant. Il y aussi d’autres types de films dits indépendants. King of California en est l’exemple concret. Le film est distribué par First Look aux Etats-Unis, alors qu’en France, notamment, c’est la Métropolitan qui s’en charge.

Vos projets ?

J’ai beaucoup de projets en développement. Mais, c’est un peu l’enfer. Alors, je ne sais pas si le développement à proprement dit ne m’intéresse plus dorénavant mais… je croule sous le travail. En gros, je cumulais neuf projets jusqu’ici... Aujourd’hui, j’en ai un qui me tient vraiment à cœur, avec Catherine, un projet dans la veine de Romance in The Stone. Et puis deux autres, plus dramatiques. Mais rien n’est sûr…

Propos retranscrits par Reynald Dal Barco