L'interview d'Andrew Currie
Venu présenter Fido, projeté en ouverture du Festival, le réalisateur canadien d'origine anglaise, nous a accordé un peu de son temps afin de répondre à nos questions. Rencontre...
Vous avez eu l’idée du film il y a plus de 10 ans. Pourquoi ne pas l’avoir tourné plus tôt ?
L’idée de base date de 1994. Avec mon co-scénariste, nous avons eu l’idée de ce gamin avec un zombie apprivoisé. A partir de là, nous avons construit une histoire. Mais à la fin de la première version, nous nous sommes rendus compte que cela ne fonctionnait pas vraiment comme nous l’espérions, pas comme la blague dont nous avions eu l’idée. Nous avons alors laissé le tout dans les cartons pendant deux ans, jusqu’à ce que je rentre en école de cinéma. J’y ai emmené le scénario pour le travailler, et le rendre meilleur et plus profond. Malheureusement, je n’ai pas pu m’y atteler de suite pour des problèmes de droit, une compagnie ayant posé une option sur le script sans en faire quoi que ce soit. J’ai donc perdu trois années supplémentaires. Mais il y a quatre ans environ, ma société a racheté les droits. Nous avons ainsi commencé à travailler le tout en y rajoutant un background politique et social. Le film a commencé alors à prendre forme.
Pourquoi avoir situé votre film dans les années 50 ?
Pour deux raisons. Je voulais que l’action se passe dans un espèce de monde idéal, comme une alternative à notre monde. De plus, dans le film, ce n’est pas la Seconde Guerre Mondiale qui a eu lieu, mais la guerre des Zombies. Si l’on s’attarde sur le comportement de l’Amérique après la Seconde Guerre Mondiale, on se rend comte que tout n’était que renaissance, tout était idyllique…. Mais seulement en surface. Par contre, je n’ai pas voulu faire une critique des années 50. Cela aurait ajouté de la confusion. Plutôt mettre en relation cette époque avec la nôtre, qui voit des sociétés de plus en plus sécuritaires, ce qui , pour moi, est l’Amérique de Bush.
Le casting a-t-il été compliqué à réunir ?
Pas vraiment. J’avais fait une liste des acteurs que je souhaitais pour le film, et presque tous les comédiens du film étaient sur cette liste. En ce qui concerne Dylan Baker, il a été le seul à appréhender le rôle de Bill de la bonne manière. Un rôle très sérieux, mais Dylan a vu de l’humour dans la peur de Bill… C’est un personnage rempli de peurs. J’étais vraiment ravi que Dylan ait compris cela - à l’inverse d’autres comédiens avec qui j’ai pu parler du rôle.
Comment avez-vous travaillé avec les comédiens, en particulier avec Billy Connelly (qui interprète Fido) ?
Nous avons embauché une experte en mouvement, une danseuse, à qui j’ai montré les films de Romero tel que La Nuit des Morts Vivants, car j’adore les mouvements lents des zombies de Romero, à l’inverse de ce qui se fait aujourd’hui. Billy a donc beaucoup travaillé ses déplacements avec elle. Au final, ce n’était pas vraiment à moi de le diriger ; je souhaitais qu’il utilise son physique, à la fois plein de force et d’humour, mais de manière instinctive.
Quel était votre but avec ce film ? Réaliser une comédie, ou aller plus loin ?
Pour moi, le film fonctionne sur trois niveaux différents. Le premier, et le plus simple, est la parodie du garçon et de son chien fidèle, tel Lassie. Le second est clairement la vision politique de l’Amérique ou de n’importe quel régime qui fonctionne sur la peur, pour la répandre afin de contrôler les masses. Comme si tout pouvait se justifier dans ce seul but. Le dernier niveau, qui résonne le plus à mon oreille, n’est autre que le fait que l’amour, et non pas la peur, nous rendent plus vivants. Cela prend tout son sens avec le personnage de Dylan Baker, le père, qui est terrifié par les zombies, mais aussi par les rapports humains intimes avec sa femme, et son fils. Mais lorsque Fido, le zombie, intègre la famille, on réalise, ironiquement, que ce mort-vivant est émotionnellement plus vivante que le père !
Qu’avez-vous pensé des réactions du public, ici ou à Sundance ?
J’ai vraiment du mal à rester dans les salles de projection. Par appréhension, je pense. Le film a été montré la toute première fois au Festival de Toronto, en septembre dernier, et les réactions ont été au-delà de mes espérances. Je peux difficilement me sentir mieux !
Enfin, quel est votre film de zombies préféré ?
C’est plus sentimental qu’autre chose, du fait que c’est le premier film de ce genre que j’ai vu. Il s’agit I Walked with a Zombie (Vaudou), de Jacques Tourneur, un film qui date, je pense, de 1942. C’est un film qui avait, à la fois, un côté très glauque et très poétique...
Interview réalisée et retranscrite par Egil Bain.
Venu présenter Fido, projeté en ouverture du Festival, le réalisateur canadien d'origine anglaise, nous a accordé un peu de son temps afin de répondre à nos questions. Rencontre...Vous avez eu l’idée du film il y a plus de 10 ans. Pourquoi ne pas l’avoir tourné plus tôt ?
L’idée de base date de 1994. Avec mon co-scénariste, nous avons eu l’idée de ce gamin avec un zombie apprivoisé. A partir de là, nous avons construit une histoire. Mais à la fin de la première version, nous nous sommes rendus compte que cela ne fonctionnait pas vraiment comme nous l’espérions, pas comme la blague dont nous avions eu l’idée. Nous avons alors laissé le tout dans les cartons pendant deux ans, jusqu’à ce que je rentre en école de cinéma. J’y ai emmené le scénario pour le travailler, et le rendre meilleur et plus profond. Malheureusement, je n’ai pas pu m’y atteler de suite pour des problèmes de droit, une compagnie ayant posé une option sur le script sans en faire quoi que ce soit. J’ai donc perdu trois années supplémentaires. Mais il y a quatre ans environ, ma société a racheté les droits. Nous avons ainsi commencé à travailler le tout en y rajoutant un background politique et social. Le film a commencé alors à prendre forme.
Pourquoi avoir situé votre film dans les années 50 ?
Pour deux raisons. Je voulais que l’action se passe dans un espèce de monde idéal, comme une alternative à notre monde. De plus, dans le film, ce n’est pas la Seconde Guerre Mondiale qui a eu lieu, mais la guerre des Zombies. Si l’on s’attarde sur le comportement de l’Amérique après la Seconde Guerre Mondiale, on se rend comte que tout n’était que renaissance, tout était idyllique…. Mais seulement en surface. Par contre, je n’ai pas voulu faire une critique des années 50. Cela aurait ajouté de la confusion. Plutôt mettre en relation cette époque avec la nôtre, qui voit des sociétés de plus en plus sécuritaires, ce qui , pour moi, est l’Amérique de Bush.
Le casting a-t-il été compliqué à réunir ?
Pas vraiment. J’avais fait une liste des acteurs que je souhaitais pour le film, et presque tous les comédiens du film étaient sur cette liste. En ce qui concerne Dylan Baker, il a été le seul à appréhender le rôle de Bill de la bonne manière. Un rôle très sérieux, mais Dylan a vu de l’humour dans la peur de Bill… C’est un personnage rempli de peurs. J’étais vraiment ravi que Dylan ait compris cela - à l’inverse d’autres comédiens avec qui j’ai pu parler du rôle.
Comment avez-vous travaillé avec les comédiens, en particulier avec Billy Connelly (qui interprète Fido) ?
Nous avons embauché une experte en mouvement, une danseuse, à qui j’ai montré les films de Romero tel que La Nuit des Morts Vivants, car j’adore les mouvements lents des zombies de Romero, à l’inverse de ce qui se fait aujourd’hui. Billy a donc beaucoup travaillé ses déplacements avec elle. Au final, ce n’était pas vraiment à moi de le diriger ; je souhaitais qu’il utilise son physique, à la fois plein de force et d’humour, mais de manière instinctive.
Quel était votre but avec ce film ? Réaliser une comédie, ou aller plus loin ?
Pour moi, le film fonctionne sur trois niveaux différents. Le premier, et le plus simple, est la parodie du garçon et de son chien fidèle, tel Lassie. Le second est clairement la vision politique de l’Amérique ou de n’importe quel régime qui fonctionne sur la peur, pour la répandre afin de contrôler les masses. Comme si tout pouvait se justifier dans ce seul but. Le dernier niveau, qui résonne le plus à mon oreille, n’est autre que le fait que l’amour, et non pas la peur, nous rendent plus vivants. Cela prend tout son sens avec le personnage de Dylan Baker, le père, qui est terrifié par les zombies, mais aussi par les rapports humains intimes avec sa femme, et son fils. Mais lorsque Fido, le zombie, intègre la famille, on réalise, ironiquement, que ce mort-vivant est émotionnellement plus vivante que le père !
Qu’avez-vous pensé des réactions du public, ici ou à Sundance ?
J’ai vraiment du mal à rester dans les salles de projection. Par appréhension, je pense. Le film a été montré la toute première fois au Festival de Toronto, en septembre dernier, et les réactions ont été au-delà de mes espérances. Je peux difficilement me sentir mieux !
Enfin, quel est votre film de zombies préféré ?
C’est plus sentimental qu’autre chose, du fait que c’est le premier film de ce genre que j’ai vu. Il s’agit I Walked with a Zombie (Vaudou), de Jacques Tourneur, un film qui date, je pense, de 1942. C’est un film qui avait, à la fois, un côté très glauque et très poétique...
Interview réalisée et retranscrite par Egil Bain.