Qui m'aime me suive

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L'interview de Benoît Cohen, le réalisateur


L'interview de Benoît Cohen, le réalisateurSi l'actrice scénariste Eléonore Pourriat avoue avoir réalisé un rêve en chantant dans Qui m'aime me suive, pour le réalisateur Benoît Cohen, ce dernier film sonne l'aboutissement d'une époque. Extraits !

Pourquoi avoir repris le casting de votre précédent film ?

Le projet est né durant la tournée promotionnelle de Nos Enfants chéris. Eléonore et Moi sommes tombés d'accord pour poursuivre l'aventure avec les mêmes personnes. Mais sans pour autant réaliser une réelle suite, car nous avions envies, nous aussi, de faire autre chose. Qui dit reprendre les mêmes acteurs, dit aussi continuité, c'est vrai... Le ton comique de mon précédent film nous plaisait. Pour « Qui m'aime me suive », nous avons certes essayé de jouer sur le rire, et plus particulièrement sur le rire grinçant ; en même temps, nous avons cherché à creuser le fond des choses. Jouer des rires et des larmes... D'ailleurs, à l'origine, le film devait s'appeler « Hélas et Hourra ».

« Qui m'aime me suive » est-il un film triste ?

C'est un film plus nuancé. Les ruptures sont peut-être plus conséquentes. Disons que c'est un film tragi-comique... Je pense qu'il est plus dense que « Nos Enfants chéris »... De même que nous avons essayé de donner une autre couleur, une autre teinte au jeu des acteurs, j'ai essayé de travailler plus en profondeur la mise en scène. Dans « Nos Enfants chéris », je devais souvent filmer beaucoup d'acteurs en une seule prise. Je devais donc régulièrement utiliser les plans larges. A l'inverse, dans « Qui m'aime me suive », j'ai eu l'occasion de filmer les comédiens d'un peu plus près, et donc de mieux travailler les émotions.

Le tournage de « Nos Enfants chéris » s'était déroulé dans une ambiance, disons, confinée. On vous s'entait très proche de vos acteurs. Pour « Qui m'aime me suive », avez-vous eu l'occasion de recréer les mêmes conditions ?

Pas vraiment. J'aurai voulu effectivement retrouver cette ambiance de huis-clos avec mes acteurs. Cet environnement est toujours très intéressant, car il vous permet d'être constamment plongé au coeur de l'intrigue... Nous avons tourné à Paris. Le soir, chacun rentrait chez soi. Je souhaitais tourner en province, mais le cadre de l'histoire ne s'y prêtait pas véritablement. Le milieu des maisons de disques se situe quand même à Paris, et non en province. Il est vrai que durant le tournage, nous avions tous, à divers degré, le regret de ne pas avoir la possibilité de nous retrouver tous ensembles, comme pour le précédent film… Canal + nous a commandé la suite de « Nos Enfants chéris », sous la forme d'une série TV de 12 fois 26 minutes, qu'Eléonore et Moi écrivons depuis le début de l'année. Le tournage devrait débuter le 10 juillet. Pour le coup, nous allons en prendre pour trois mois, ensemble ; et cette fois-ci, sans quitter le plateau ! Je crois que nous allons avoir le temps de nous rattraper.

Tourner avec les mêmes comédiens était peut-être l'occasion de vous mettre en danger vous aussi ?

Les mettre en danger, eux, permettait d'éviter la répétition. Il est aussi vrai que connaître déjà les personnes, c'est appréhender les caractères, le jeu de chacun. Incorporer de nouveaux personnages, c'est encore la possibilité de greffer des extensions à l'existant. Je ne vais pas non plus tourner toute ma vie avec les mêmes comédiens. Je viens de faire trois films avec eux, très bien ! « Les Acteurs anonymes », « Nos Enfants chéris » et « Qui m'aime me suive », sont trois longs qui ont été réalisés dans un laps de temps relativement court. Tourner un seul et unique film avec tous ces talents aurait été frustrant pour moi. Maintenant, travailler la suite de Nos Enfants chéris pour la télévision bouclera la boucle... Je déteste oeuvrer dans le conflit. Pour moi, c'est une perte de temps et d'énergie incroyable. Les acteurs sont des « animaux » un peu particuliers. Beaucoup sont caractériels. Tourner avec la même bande me permettait de savoir où je mettais les pieds.

C'est un énième film pour trentenaire ?

Autant Nos Enfants chéris était un film générationnel, autant Qui m'aime me suive est un film qui cherche à parler à un maximum de gens. Je vois très bien où vous voulez en venir, mais je n'ai pas l'impression, pour X raisons, qu'il s'agisse là d'un film à la mode, même au niveau du ton de la comédie. C'est un film qui s'inscrit dans une continuité.

La chute du film ?

C'est le point de départ. L'ennui, la fragilité de la vie, sont les véritables essences de « Qui m'aime me suive ».


Propos recueillis et retranscrits par Reynald Dal Barco