Les Amants réguliers

  »  La revue de presse

par Jean-Sébastien Chauvin | 5/5

A une époque nettement contre révolutionnaire et portée à la remise en cause des idéaux de Mai 68, ces Amants réguliers fait presque figure d'anachronisme. Un anachronisme sublime et sans espoir, d'une noirceur à crever : Les Amants régulier avance, la tristesse chevillée au corps, avec la conscience ténébreuse que la révolution en marche court vers l'échec.
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par Thomas Sotinel | Positif

Dès les premiers plans, Les Amants réguliers passe brillamment le premier obstacle que le cinéma met sur sa route : la reconstitution d'époque. Combien de films pauvres (et Les Amants réguliers n'est pas un film à gros budget) se sont brisés sur les petits détails qui tuent (un code à côté d'une porte des années 1960, une antenne de télévision contemporaine sur un toit).
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par Émile Breton | Positif

Cela commence comme un feuilleton de Feuillade, Paris la nuit, quais luisants sous les réverbères, et il y a aussi une fuite sur les toits, Fantômas, une fenêtre où la lumière s'allume, une jeune femme apparaît en silhouette, rêve d'un bonheur paisible. Cela s'achève dans une campagne peut-être américaine au temps des pionniers, bonnets plissés et cabane en rondins, quand on allait là-bas vers un monde tout neuf. C'est un rêve, comme on en aura rencontré d'autres dans ce film, de révolutions passées, Valmy peut-être ou 1848, jeunes gens cheveux dans le cou en blouses d'ouvrier, longues mains fines sortant des poignets mousquetaires de chemises blanches. C'est la plus romantique des histoires et c'est un film d'aujourd'hui. Totalement d'aujourd'hui, le film d'une génération, de ses élans et de ses retombées.
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par Didier Péron | Positif

En montrant l'épreuve des conflits multiples qui déchirent l'existence de l'individu autant que la société, Garrel livre une réflexion extraordinaire sur la manière dont le désenchantement a gagné le monde, tiédissant les idées et les coeurs jusqu'à le rendre plus froid que la mort : «Dans ce lit-là, il a dormi celui dont le regard s'éveille au hasard de ce ciel dans l'oubli» est le dernier poème de François avant la nuit générique.
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par Philippe Scrine | 3/5

On préférera voir dans les presque trois heures des AMANTS REGULIERS, par cette fidélité quasi immuable à des principes de réalisation et à une thématique, la détermination d'un cinéaste de continuer à faire un cinéma exigeant, refusant les concessions.
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par Jacques Morice | Positif

Que Garrel, l'oracle du présent, revienne en arrière pour un simulacre de reconstitution historique avait de quoi ébranler ses plus fidèles partisans. Qu'ils se rassurent, Mai 68 reste plongé dans le noir ou, ce qui revient au même, est aveuglé par trop de lumière. Autour de l'immense brasier, c'est la nuit qui domine, la suie des fumigènes sur les visages, la pénombre d'une cave choisie pour la réunion clandestine. Foin de la complaisance d'ancien combattant, Les Amants réguliers livre une version de 68 qui tient à la fois du songe et de la démythification. Songe parce que la poésie est toujours reine dans le cinéma garrélien, démythification parce que 68 est montré comme une mascarade.
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