par Isabelle Kersimon | 9/10

Quand Woody Allen filme Londres, c'est sans anecdote. Avec une esthétique qui réfère aux années cinquante et donne à la capitale d'Angleterre une dimension atemporelle où les drames humains semblent se jouer indéfiniment. Celle-ci, absolument nécessaire, entre en adéquation parfaite avec le propos shakespearien du film, qui soulève avec maestria la question du hasard… et de la nécessité. Écrit au scalpel, le scénario ne s'embarrasse de rien. Pas une de ces « histoires secondaires » chères aux écoles ne vient entraver le déroulement de la tragédie : chacun des personnages y est un élément déterminant, du point de vue central de Chris, cet ancien international de tennis au « jeu très agressif ». Allen en joue d'ailleurs, puisqu'en réalité un seul personnage, essentiel dans l'intrigue policière à laquelle nous livre le réalisateur...
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par Guillaume Loison | 4/5

L'avantage avec un cinéaste fatigué, c'est de pouvoir se réjouir sans mal d'un regain de forme, aussi imperceptible soit-il. La preuve par Match point, exercice délibéré de reconversion pour Woody Allen, qui troque le Manhattan habituel pour Londres et le burlesque anorexique pour la fable stendhalienne, Julien Sorel s'étant ici réincarné en un jeune prof de tennis irlandais.
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par Vincy | 4/5

Et si nous vous annoncions que ce film n'était pas une réalisation de Woody Allen? En effet, qui pourrait croire derrière ce mélo tragi-comique, d'une durée hollywoodienne (2 heures et quelques), situé à Londres, a la patte de ce cinéaste-auteur culte, plutôt voué aux comédies dramatiques new yorkaises de 90 minutes ? Woody Allen, un label à lui tout seul, est sorti de ses sentiers battus, et nous offre là un film "classique" où ses thèmes évidemment se croisent. Fans ou non, Match Point est avant tout une histoire d'amours et de passions, de guerres intimes et de paix intérieures, de crimes mais pas de châtiments. Quoique. S'il explore, et approfondit, sa réflexion sur notre monde binaire (gagnants, perdants; amour, luxure; rire, larmes; mérite, chance...), le scénariste trouve surtout un nouveau cadre pour régénerer son cinéma. Tout en utilisant les Maîtres (de Verdi pour l'Opéra à Dostoievski pour la littérature), et à partir d'un postulat (tout est question de chance dans la vie), il poursuit la veine de Melinda & Melinda, en préférant toujours la vision optimiste de la vie, mais en assumant le côté tragique.
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par Jacques Mandelbaum | Positif

A cet égard, l'aparté métaphorique qui encadre le film et lui donne son titre suffit à prouver la terrifiante noirceur du propos. Ouvert sur l'image arrêtée d'une balle de tennis en suspension qui vient de heurter le filet et qui va orienter le résultat du match selon qu'elle tombe d'un côté ou de l'autre du terrain (l'image étant accompagnée d'un apologue sur le rôle joué par la chance dans l'existence), le film reprend vers la fin cette métaphore, appliquée cette fois à la bague d'une victime jetée précipitamment par l'assassin dans la Tamise, mais qui a heurté la rambarde et est retombée sur le trottoir. Preuve finale d'une justice immanente ? Tout le contraire : la pièce à conviction condamnera un innocent et sauvera celui qui n'aura attendu ni de la chance ni de la justice qu'elles oeuvrent à son salut. Le point du match va dans tous les cas à Woody Allen.
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par Dominique Widemann | Positif

Concupiscence et cupidité dardent leur venin, mais à la différence de Celebrity où l'acharnement des personnages à passer à la télé se jouait sur la trame de la satire sociale, Match Point se déroule sur le registre du conte moral, servi avec la part de drôlerie qui appartient à la vie, fût-ce la plus mesquine. Woody Allen est passé maître dans l'art de la débusquer sans fausses notes. Talent des comédiens invités à improviser en toute connaissance de cause, alternance de teintes chaudes et de ciels anglais transparents comme du gin, sobriété des costumes, tout sonne juste, jusqu'au choix de l'opéra, acteur du film à part entière pour lequel Woody Allen délaisse son cher ragtime. Un film virtuose.
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par Philippe Azoury | Positif

Toute l'oppression des codes sociaux, des codes de classe, est restituée à chaque image : les bruns d'octobre qu'affectionne Allen prennent la couleur de l'angoisse ; la musicalité de l'accent britannique est donnée à entendre comme une façon aiguë de tout tenir à distance. C'est rare, un film si en colère contre ce qu'il confesse admirer par ailleurs : la culture, la classe, le raffinement, le luxe, réduits à néant devant la passion. Aux pieds de laquelle rien n'est assez brûlant.
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par Aurélien Allin | 4/5

Sans compter l'ambiguïté et le charisme de Scarlett Johansson et Jonathan Rhys Meyers qui permettent à Allen de renfiler son costume de génial directeur d'acteurs. Un film qui aligne tant de qualités et d'audaces qu'il ressemble à un véritable grand chelem artistique et une renaissance quasi orgasmique.
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par Pierre Murat | Positif

De plus en plus sombre, de plus en plus misanthrope, mais presque joyeux de l'être cette fois, Woody constate gaiement que le sexe et le pouvoir mènent, décidément, un monde sans foi ni loi. Et que Dostoïevski - cet auteur démodé que le héros n'arrive pas à lire dans le texte - n'y a effectivement plus sa place : le châtiment, aujourd'hui, ne suit pas forcément le crime. Bien au contraire. Comme en témoigne la pirouette finale, qui clôt en beauté ce monument de cynisme malin et de plaisir jubilatoire.
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