Note de production du film

Un Néo-polar :
Depuis une vingtaine d'années, on assiste à un retour en force du polar chez les jeunes réalisateurs américains. Des cinéastes comme les frères Coen, Quentin Tarantino, Steven Soderbergh, James Gray ou Bryan Singer se sont emparés du film noir pour mieux le revisiter. Souvent produits de manière indépendante, ces “néo-polars” se caractérisent par un habile mélange de gore et d'humour noir, un usage inhabituel du dialogue, une virtuosité du scénario et de vertigineux rebondissements et autres coups de théâtre.

C'est sans doute Sang Pour Sang (1984) qui donne le coup d'envoi à cette nouvelle vague de polars : avec son traitement du crime très “deuxième degré”, mêlant bande dessinée, thriller et film d'horreur, ce premier long métrage des frères Coen influencera durablement les cinéastes qui viendront à leur suite.

Le néo-polar permet aux metteurs en scène d'aborder des thèmes qui leur tiennent à coeur sans pour autant renier les codes du genre. C'est ainsi que Miller's Crossing (1990) des frères Coen, Usual Suspects (1995) de Bryan Singer, Little Odessa (1994) de James Gray et Narc (2003) de Joe Carnahan parlent, comme Chaos de trahison.

Faux dénouements, rebondissements inattendus, coups de théâtre remettant tout en question, manipulateurs manipulés – les néo-polars fourmillent de fausses pistes… Dans un pays où la théorie du complot est enracinée et a trouvé diverses expressions en fonction des époques (menace communiste, menace d'une guerre nucléaire, menace économique, menace écologique, menace terroriste etc.), la présence ou le fantasme d'un “cerveau” (le mythe du “mastermind”) tirant les ficelles dans l'ombre n'a pas eu de mal à s'imposer. Pas étonnant que le film noir contemporain s'en soit autant servi : Usual Suspects bien sûr, mais aussi Ennemi d'État (1998) de Tony Scott, Complots (1997) de Richard Donner, Un Crime Dans La Tête (2003) de Jonathan Demme mais surtout les films de David Mamet. Dans Braquages(2001), hommage au fameux “film de casse”, les retournements sont étourdissants et le spectateur croit parfois avoir une longueur d'avance sur les personnages – alors que seul David Mamet est le chef d'orchestre manipulant ses protagonistes et son public dans l'ombre. C'est dans ce registre que s'inscrit pleinement Chaos.

Un "Caper Movie" d'un nouveau genre :
Avec Quand La Ville Dort (1950) de John Huston naît le "caper movie" - autrement dit "le film de casse". Le schéma narratif est à peu près toujours le même : une bande de gangsters met scrupuleusement au point un braquage - le plus souevnt le dernier de leur carrière - dans l'espoir de s'enrichir suffisamment pour vivre dans l'opulence jusqu'à la fin de leur jours. D'autres réalisateurs s'essaieront au genre, de Stanley Kubrick avec L'Ultime Razzia (1986) à Steven Soderbergh avec Ocean's Eleven (2001), soit dans une veine comique et délibérément potache, soit pour dépeindre un univers urbain synonyme de perdition et de corruption. Mais qu'il s'agisse de comédie ou de drame, la trahison est au coeur du film de casse. Il arrive que les traîtres soient trop gourmands et ne veuillent plus partager avec leurs complices qu'ils n'hésitent pas à liquider (Braquage à l'Italienne de Gary Gray, 2003), ou qu'ils s'enfuient avec le butin (Ladykillers dse frères Coen, 2004) ou encore qu'ils élaborent un plan diabolique pour troubler leurs partenaires (The Score de Frank Oz, 2000).

Si Chaos ne déroge pas à la règle, il s'agit d'un "caper movie" qui renouvelle le genre. Certes on y retrouve les ingrédients du braquage de banque et de la trahison, mais le réalisateur ne s'attache ni aux préparatifs du "coup du siècle", ni au déroulement des opérations. Mais le hold-up n'est qu'un prétexte permettant aux auteurs du film de tisser d'innombrables ramifications - pour s'achever finalement sur le butin tant convoité. Car ce qui intéresse Tony Giglio, c'est d'évoquer l'infiltration du crime au sein de la police et de mettre face à face une jeune recrue au visage d'ange (Ryan Phillippe) et un flic désabusé à la voix rauque (Jason Statham). Trahison de ses pairs, corruption policière, apprentissange de la violence et passage de relais sont des thèmes qui traversent Chaos. Comme quoi, le "caper movie" peut se décliner sous d'innombrables registres...