La Comtesse

  »  Notes de production

Une sacrée réputation :

"Née en 1560, Erzsébet Báthory était une aristocrate hongroise qui formait avec son mari, Ferenc Nadasky, un couple puissant très impliqué dans le conflit qui opposa durant des années la Hongrie à la Turquie. La rumeur dit que peu de temps après la mort de son mari, Erzsébet perdit la raison et se convainquit que le sang de jeunes filles vierges lui offrirait la jeunesse éternelle. Mais de nombreux historiens remarquent que l’empereur Rodolphe II, roi de Hongrie et de Bohême, puis son frère et successeur Matthias, avaient tout intérêt à abattre la riche veuve, son éviction présentant de nombreux avantages parmi lesquels l’effacement de la dette dont la Couronne Hongroise était redevable.

Parallèlement, la famille Thurzo, ayant hérité d’une partie des biens de la comtesse Báthory, est devenue elle-même très riche après la mise en accusation d’Erzsébet. J’ai donc imaginé la possibilité d’un complot fomenté par plusieurs familles nobles pour se débarrasser de cette rivale bien gênante. En racontant l’histoire de la comtesse Erzsébet Báthory, je ne voulais pas seulement montrer sa folie et sa cruauté. Je souhaitais aussi évoquer la conspiration dont elle fut probablement victime. La comtesse avait la réputation d’avoir de nombreux amants, des hommes jeunes, des hommes puissants, mais aussi des maîtresses, telle Anna Darvulia, soupçonnée de sorcellerie. J’ai créé le personnage d’Istvan Thurzo et son histoire d’amour avec Erzsébet car je ne voulais pas que cette femme apparaisse uniquement comme un monstre sans coeur. Je voulais souligner non seulement son pouvoir social et financier mais aussi la complexité de sa personnalité et sa culture exceptionnelle. C’est également une femme capable d’amour et de haine, et, en un sens, une victime, non seulement de la conspiration ourdie contre elle mais aussi de sa propre folie et, finalement, de son époque.

Les thèmes du film sont nombreux : la vanité, l’obsession de la mort, la jeunesse, le pouvoir, le meurtre, la place de femmes puissantes dans une société d’hommes, la religion, l’amour… J’ai voulu développer ces thèmes aussi bien d’un point de vue historique que fictionnel car au-delà de cette possibilité de complot, il y a la légende de la comtesse telle qu’elle a été racontée pendant des siècles. Son pouvoir, son style de vie, sa sexualité ont été très controversés à l’époque. Sa piété mêlée à son intérêt pour la science – aux yeux du monde, la sorcellerie n’était pas loin – tout cela perturbait beaucoup les autres familles de l’aristocratie Hongroise.  Au-delà de la reconstitution historique, j’ai voulu m’attacher à l’essence même de cette histoire et à la complexité des personnages. Erzsébet était probablement une meurtrière mais elle était aussi une rêveuse romantique, à la fois puissante et fragile, brave mais terrifiée par la mort, intelligente mais incapable de comprendre sa propre folie. Elle croyait au paradis mais ne voulait pas mourir. Femme de son temps, elle était également d’une modernité totale. Enfin, il est évident que si elle avait été un homme, son destin aurait été bien différent."
/ Julie Delpy

La légende la Comtesse Báthory :

La famille Báthory, dont István (Étienne Ier), l’oncle d’Erzsébet, fut élu roi de Pologne, quitta la Transylvanie pour s’établir en Hongrie au XIVe siècle. Soupçonnée d’avoir assassiné plus de 600 jeunes filles et de s’être baignée dans leur sang afin d’accéder à la jeunesse éternelle, Erzsébet Báthory a, de tout temps, été associée à la légende de Dracula. Il existe en effet des corrélations entre les deux personnages : en 1476, István Báthory déploya ses troupes pour venir en aide au comte Dracula dans sa reconquête du trône de Valachie. Des années plus tard, Erzsébet acquit un vaste domaine ayant appartenu au comte Dracula. Dans son roman Das Geheimnis der Báthory (« Le Secret des Báthory » : Facility Management and Publishing Dresden Ltd., 2005), Andreas Varesi prétend avoir compris l’intérêt d’Erzsébet pour ces terres : elle aurait été convaincue d’y trouver le secret de la jeunesse éternelle par le sang.

Erzsébet Báthory (1560-1614) épousa à 14 ans Ferenc Nadasky, de 10 ans son aîné. Quatre enfants naquirent de cette union. Pendant que son mari bataillait contre les Turcs, la comtesse régentait son domaine d’une main de fer avec l’aide de sa proche confidente, Anna Darvulia. Avec le temps son pouvoir devint immense et elle suscita admiration puis crainte. En 1611, elle fut condamnée à l’emprisonnement à vie dans son propre château, où on l’emmura jusqu’à sa mort.

« Une femme élégante et fière, dont le large front témoigne d’une grande intelligence »
, écrit Ferdinand Strobel Edler von Ravelsberg, lorsqu’il décrit son portrait. « Une coiffe préserve sa sombre chevelure du regard de tout un chacun. Chaque matin, elle était méticuleusement coiffée. Sa gouvernante devait faire preuve de la plus grande attention car la comtesse ne supportait pas que ses cheveux soient ébouriffés ou tirés. Si par mégarde une maladresse était commise, une gifle était administrée à la fautive. Un jour, elle frappa sa femme de chambre avec une telle violence que celleci saigna de la bouche et du nez. Une goutte de sang coula alors sur la main punitive. De dégoût, la comtesse se saisit d’une serviette, mais constata que le sang de la jeune femme avait amélioré l’aspect de sa peau. Une idée diabolique traversa immédiatement l’esprit de la comtesse … »

Extrait de Heroine des Grauens. Elisabeth Bathory, Michael Farin. (Munich : P. Kirchheim, 2003)

Entretien avec Julie Delpy :

Quelle fascination a exercé sur vous la célèbre comtesse et vous a poussée à réaliser ce film ?
J’ai toujours aimé les contes de fées, dans mon enfance et encore aujourd’hui. J’apprécie particulièrement leur côté sombre : j’aime la méchante reine dans Blanche-Neige et les Cyclopes dans L’Odyssée. Ces personnages sinistres m’attirent. D’une certaine façon, Erzsébet Báthory, bien qu’elle ait réellement existé, s’apparente à eux, et son caractère a un côté fabuleux auquel je suis sensible. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit que son histoire est une tragédie en puissance. Peu importe qu’elle ait été une meurtrière folle et sadique ou, si la vérité le révélait, une innocente accusée par de cupides représentants de l’aristocratie, sa vie demeure une tragédie.

Non seulement vous incarnez le rôle-titre mais vous êtes également scénariste et réalisatrice du film. Comment êtes-vous arrivée à jongler avec toutes ces responsabilités ?

L’écriture et la réalisation n’ont pas été chose facile. Il a fallu des années pour voir ce projet aboutir, et même une fois le financement mis en place, beaucoup de problèmes subsistaient. Le métier de réalisatrice est épuisant : il faut courir en permanence après le temps, ou l’argent. J’ai eu la chance de travailler avec une équipe formidable, autant pour la production que la post-production.

Il a été dit que la comtesse se baignait dans le sang de jeunes vierges pour préserver sa fraîcheur et sa beauté. Est-ce une critique des femmes qui veulent rester jeunes à tout prix ?

Non, même si l’emprise du temps et la peur de vieillir chez les femmes sont des thèmes que j’aborde indéniablement. Personnellement, je n’ai pas peur de vieillir, mais c’est un processus qui me fascine depuis longtemps. À vrai dire, le film traite plus de la déchéance et de la détérioration en général que d’une femme que la peur de vieillir rendrait folle. La perte amoureuse et l’angoisse de la mort sont à la source de sa folie. Je crois même que j’apprécie le fait de vieillir : si j’ai l’air plus mûre, c’est que j’ai vécu ; si je suis vieille, au moins je ne suis pas morte. Et la maladie d’amour est un phénomène auquel je peux également m’identifier ; dépérir d’un chagrin d’amour n’est peut-être plus très à la mode mais c’est une idée à laquelle je suis très sensible.

Votre album « Julie Delpy », sorti en 2003, a été catalogué comme féministe. Est-ce qu’on retrouve ce même regard sur les rapports hommes-femmes dans LA Comtesse ?

J’ai grandi entourée de deux féministes – ma mère l’était, et mon père d avantage encore – et, pour quelque raison que ce soit, j’aime les histoires de femmes et les chansons écrites de leur point de vue. Les personnages féminins sont souvent unidimensionnels ou présentent peu de traits de caractère particuliers. Avec LA Comtese , j’ai essayé de construire un personnage de femme complexe. Elle est à la fois folle et saine d’esprit, intelligente. Elle fait preuve de logique, mais reste confuse, embrouillée ; elle peut être clémente envers les autres et parfois terriblement cruelle. Je trouve la complexité des schémas comportementaux très intéressante et je voulais utiliser ce personnage comme un exemple spécifique. Le film nous plonge dans un univers masculin au sein duquel n’évolue qu’une seule femme puissante, et elle sera victime de l’amour et des jeux de pouvoir. Même si elle peut paraître forte, Erzsébet est terriblement fragile. Je ne prône pas la supériorité des femmes sur les hommes, c’est une question d’individus : certaines femmes ne sont en rien supérieures aux hommes. Je suis pour l’égalité, et l’égalité des chances, ce dont nous sommes encore bien loin en Occident comme dans le reste du monde. Quand j’ai commencé à travailler sur le scénario, je craignais de me faire railler, en tant que femme et en tant que comédienne. Pour beaucoup, les femmes n’ont pas cet humour impertinent et politiquement incorrect que j’aime tant.

Que pensez-vous du pouvoir des femmes en politique ?

Tout au long de l’Histoire, les hommes ont sans cesse refusé le pouvoir aux femmes. Ils ont utilisé des exemples comme Erzsébet Báthory pour les considérer comme trop futiles, folles ou malveillantes pour gouverner ; voyez simplement les chasses aux sorcières. Il est possible que Erzsébet ne soit pas aussi coupable qu’on le dit. Elle était apparemment sans pitié et a, en effet, pu faire supprimer certaines servantes qui ne lui obéissaient pas. Mais des membres de la noblesse ont, par ailleurs, très bien pu inventer une légende à son sujet dans le seul but de se débarrasser d’elle et d’installer un de ses cousins à la tête de ses biens. Beaucoup de gens s’opposaient à elle simplement parce qu’elle était très puissante. Et c’est un aspect de cette histoire que j’aime aussi beaucoup.

(Entretien réalisé par Ingo Klingspon en coopération avec VisionARRI)

Entretien avec Daniel Brühl :

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Julie Delpy ?
Dans 2 DAYS IN PARIS, nous n’avions eu le plaisir de nous croiser que très brièvement. Mais l’expérience avait été si agréable que je souhaitais de tourner à nouveau avec elle. Elle m’a appelé peu de temps après pour me dire qu’elle travaillait sur un nouveau film, totalement différent du précédent, et dans lequel j’aurais un rôle plus important. J’ai immédiatement accepté surtout en apprenant qu’il s’agissait d’un film sur la comtesse Báthory.

Connaissiez-vous l’histoire d’Erzsébet Báthory ?

Oui, il y a quelques années de cela, j’ai lu une de ses biographies. Et je me rappelle avoir pensé qu’il y avait là tous les éléments dramatiques nécessaires pour en faire un film. La difficulté était évidemment de ne pas tomber dans le gore, le sang, les boyaux. Julie a parfaitement réussi le pari. Elle a su raconter l’histoire forte d’une femme étrange et fascinante. C’est une scénariste de talent et son script était de ceux qu’il est impossible de ne pas lire d’une traite, dynamique et moderne. Les personnages sont passionnants et rien n’est guindé ou pesant : un scénario parfait. Et en plus, il y avait un très beau rôle pour moi.

Comment décririez-vous votre personnage ?

Une des forces principales du scénario est qu’aucun des personnages n’est résolument bon ou mauvais. Chacun a son secret, sa part d’ombre. Le mien aussi. Cependant, aux vues de l’arsenal des autres personnages, je dirais qu’István Thurzó s’en sort plutôt bien. C’est un jeune homme romantique qui tombe follement amoureux pour la première fois de sa vie et d’une femme plus âgée que lui. Mais son père les sépare car leur union ne doit pas avoir lieu. Le plus intéressant pour moi était le fait de jouer le personnage à différentes étapes de sa vie. On voit d’abord István à 20 ans, puis après sa séparation avec Erzsébet, il revient, mais rééduqué et endoctriné par son père. Il est envoyé en mission pour prouver la culpabilité de la comtesse , mais il cherche aussi à découvrir par lui-même si elle a réellement commis les atrocités dont elle est accusée. Autre intérêt du personnage : István est le narrateur de toute cette histoire.

Comment s’est passé le tournage ?

J’ai travaillé dans des lieux fantastiques : des châteaux et des palais, et en extérieur, à dos de cheval. C’est toujours plus agréable de tourner en décors naturels qu’en studio où tout est factice et recréé de toutes pièces en papier mâché. Les lieux originaux ont une toute autre aura, une atmosphère particulière. J’ai été impressionné par la quantité de châteaux magnifiques qu’il y a en Allemagne de l’Est, et par le très bon état de conservation dans lequel ils se trouvent.

Quel genre de réalisatrice est Julie Delpy ?

Elle est sensible et sincère, particulièrement calme et concentrée. En plus, en tant que comédienne, elle sait parler aux acteurs. Et elle a un formidable sens de l’humour, ce qui est crucial selon moi. Tout ça contribue à rendre le travail très plaisant. Mais, même avec les meilleurs scénarios, il y a toujours un moment où on se retrouve devant la caméra et, sans précisément pouvoir mettre le doigt dessus, on a le sentiment que quelque chose ne colle pas. Les rares fois où c’est arrivé, Julie s’est montrée très souple et inventive. J’ai jeté un oeil à plusieurs reprises sur le moniteur de retour et ce que j’y ai vu était impressionnant. J’ai été ébloui par le travail de Martin Ruhe, le directeur de la photographie.

Comment avez-vous apprécié le fait de jouer en costume ?

Ça a été, pour moi, un autre des grands plaisirs de ce fi lm. Pierre- Yves Gayraud, le chef costumier, a fait un incroyable travail d’artiste, à partir de pièces vieilles de 100 à 150 ans : des rideaux et des robes qu’il a recoupés. Nous n’avions pas du tout l’air d’être déguisés, mais à l’aise et naturels : ces costumes nous seyaient à merveille. Ça peut être une aide précieuse quand on joue des personnages historiques, car il faut bouger différemment : les bottes que l’on porte peuvent immédiatement affecter votre démarche. Les miennes me convenaient parfaitement. Pour les femmes, tous ces corsets et ces robes ajustées en dentelle devaient certainement rendre les choses plus délicates. À l’heure du déjeuner, elles ne mangeaient généralement qu’une petite salade : dans ces tenues, c’est tout ce qu’il leur était possible d’avaler. Les hommes étaient mieux lotis à ce niveau.

La Comtesse n’est pas votre premier fi lm en anglais. Est-ce que cela présente encore des difficultés pour vous ?

En réalité, ce fi lm était doublement difficile. Son contexte historique vous pousse naturellement à essayer de parler différemment. Mais en plus, je voulais arriver à reproduire la façon de parler de William Hurt, dont je joue le fi ls. William est très attentionné et a lui aussi essayé de se rapprocher de mon accent. Parfois j’avais peur qu’au final, il ait plus l’accent allemand que moi !

Entretien avec William Hurt :

Comment êtes-vous arrivé sur le projet de Julie Delpy ?
Généralement je reçois les scénarios par l’intermédiaire de mon agent, ce qui a été le cas ici. Au cours de notre longue collaboration, nous avons développé une habileté à repérer les talents qui n’ont pas encore été lissés, homogénéisés. J’ai trouvé le scénario très bien écrit et j’ai appris que Julie allait réaliser le film. Je suis Européen de coeur. J’ai une maison à Paris où je vis une partie de l’année – disons que je suis un Américain qui a élargi son point de vue. Donc quand j’ai la possibilité de tourner un film en dehors des États-Unis, j’en profite.

Connaissiez-vous la légende de la comtesse Báthory ?

La première fois que j’ai entendu parler de la comtesse Báthory, je devais avoir 17 ans. J’avais trouvé étonnant à l’époque que son histoire n’ait inspiré que très peu d’artistes. Il y a désormais quelques films. Le film de Julie traite d’une période durant laquelle les gens sont «sortis des ténèbres». Shakespeare écrivait “Hamlet”, les idées de Martin Luther provoquaient un tollé. Ce moment de l’histoire peut être considéré comme le berceau de la modernité. Sur le tournage, je me suis souvent demandé de quelle façon la vie de cette époque influençait encore nos vies aujourd’hui. Les événements décrits dans le film ne datent que de 400 ans, ce qui est relativement court sur l’échelle de l’évolution humaine. Mais au cours de cette même période, des changements incroyables ont eu lieu. Le film explore évidemment un épisode terrible de l’histoire, mais aux vues de certaines scènes, je me suis demandé : ce film est-il une métaphore de notre époque actuelle ?

Qu’entendez-vous par là ?

LA Comtese est une fable morale pour adultes. Julie Delpy y joue un personnage qui mûrit et évolue en se confrontant à ses problèmes. Báthory était une femme terriblement perspicace et qui, dans un contexte différent, aurait eu une tout autre destinée. La grande qualité du film vient du fait que son personnage n’est jamais représenté comme une anomalie. Bien au contraire, Julie Delpy exprime clairement que c’est la cruauté même de l’époque qui se manifeste dans le coeur de cette femme.

Voyez-vous une différence entre les cinéastes qui s’en tiennent à la réalisation et ceux qui écrivent également leurs propres scénarios ?

Julie Delpy est une personne intelligente et qui a les pieds sur terre. Je la respecte beaucoup. Je suis d’habitude sceptique envers les gens qui portent trop de casquettes à la fois mais Julie est simplement étonnante. Toute passion est beaucoup mieux maîtrisée quand le projet sur lequel on travaille nous tient vraiment à coeur. La motivation des personnes qui ne travaillent que pour l’argent est généralement plutôt faible. En tant que comédien, j’ai été globalement chanceux avec mes rôles. Mais Julie a dit qu’elle recevait très peu de propositions intéressantes et il a donc fallu qu’elle écrive elle-même les films qu’elle avait envie de tourner. Ça me semble logique et sensé. Julie est très courageuse. D’ailleurs, ce film compte beaucoup de gens courageux, à commencer par les producteurs.

Que pouvez-vous dire de votre collaboration avec Daniel Brühl ?

Différentes infl uences se mélangent élégamment dans ce jeune comédien. Son jeu est très différent de celui des jeunes acteurs américains. Pour moi, l’art du jeu est en premier lieu un art de la concentration, et Daniel fait preuve d’une incroyable concentration, il n’y a aucun doute là-dessus.

Est-ce que c’était la première fois que vous tourniez en Allemagne ?

Non, une partie d’UN DIVAN À NEW YORK de Chantal Akerman, avec Juliette Binoche, a été tournée en Allemagne, ainsi que quelques scènes du fi lm de Wim Wenders, JUSQU’AU BOUT DU MONDE. Mais j’étais déjà allé en Allemagne bien avant cela. À 21 ans, je suis allé de Munich à la RDA en voiture : arrivé à Checkpoint Charlie, j’ai subi une fouille de trois heures et demie. Et quand j’ai vu le Mur de Berlin pour la première fois – c’était tout simplement affreux.

Avez-vous apprécié de tourner dans des châteaux d’époque ?

Oui, c’était génial ! Les Allemands sont très attentifs à leurs trésors nationaux, et ils en ont beaucoup. Un de mes fi ls aurait adoré être présent. Il aurait tout de suite su identifi er de quelle époque datait telle armure, qui avait porté telle autre ou dans quelle bataille une troisième avait été utilisée. J’ai beau ne plus être un enfant, c’était formidable de traverser ces lieux.

Comment décririez-vous l’ambiance générale sur le tournage ?

Un tournage comme celui-ci n’est possible qu’en dehors des États-Unis, car les gens sont conscients de ne pas être seuls au monde. L’ambiance était très détendue et sans aucune commune mesure avec les déploiements d’egos que l’on peut constater à Hollywood. Nous savions tous tacitement qu’il s’agissait d’un effort commun et que nous étions là pour travailler ensemble. La société américaine, au contraire, génère l’isolement. Le tournage de LA COMTESSE respirait l’authenticité, la beauté et le calme : nous avons été à même de produire un bel effort sans avoir à nous fatiguer outre mesure. En un mot, tout semblait très simple. Et, pour moi, c’est le plus grand compliment que l’on puisse faire à un cadre de travail. Car la simplicité est toujours le produit du raffi nement. Nous avons travaillé avec une telle concentration que nous avons pu respecter le plan de tournage, ce qui, en retour, nous a donné le sentiment de faire du bon travail. Julie, qui tenait les rênes en permanence, est bien évidemment responsable de cette merveilleuse ambiance. Pas de manières ni de révérences sur ce tournage : j’ai trouvé ça très plaisant. Je n’ai pas besoin d’une loge démesurée, ni qu’on m’appelle « patron » ou « monsieur ».