Les Vies privées de Pippa Lee

  »  Notes de production

A l'origine du projet : l'écriture du scénario

PIPPA LEE raconte l’histoire d’une femme qui part à la découverte d’elle-même. Pour la scénariste et réalisatrice Rebecca Miller, cette quête d’identité a commencé il y a près de dix ans. «Au départ, Pippa Lee était un roman», explique-t-elle. Tour à tour drôle et poignant, le livre retrace le périple intérieur d’une mère de 50 ans qui se replonge dans les souvenirs enfouis de son passé tout en tâchant, tant bien que mal, de préserver l’équilibre en apparence idyllique de son monde. «Il s’agit d’une femme qu’on a l’impression de connaître quand on fait sa connaissance», ajoute Rebecca Miller. «Bien entendu, on découvre qu’elle a un passé qu’on n’aurait jamais pu soupçonner. Peu à peu, on fi nit par la comprendre et par la connaître, et peut-être même à l’aimer lorsqu’on comprend quelle a été sa vie.» L’idée du roman remonte à 2000, suite à une rencontre entre Miller et une amie qu’elle n’avait pas revue depuis vingt ans – jeune femme débordante d’enthousiasme à l’époque, elle était devenue une mère de famille parfaitement sage et rangée. «Cela m’a fait réfl échir à la manière dont ce type de changements se produit et dont l’identité d’un être se transforme», ajoute la cinéaste. «Mais je me suis aussi posé la question de savoir si, au fond, on change ou pas intérieurement. C’est comme cela que le roman est né.» La réalisatrice a d’abord adapté à l’écran PERSONAL VELOCITY – Grand Prix du Jury au festival de Sundance – et écrit et réalisé THE BALLAD OF JACK AND ROSE, avec Daniel Day-Lewis, avant de s’intéresser de nouveau à son héroïne anticonformiste Pippa Lee en 2005. Alors qu’elle mettait une touche fi nale au roman, elle a commencé à écrire le scénario. Pour elle, l’écriture scénaristique est une «réinvention» de son roman plutôt qu’une adaptation. «C’était un processus tellement riche que je ne voulais pas m’arrêter», déclare la cinéaste qui a développé plusieurs versions du scénario pendant un an. «Je voulais avoir un nouveau regard sur mon travail et donner le scénario aux comédiens pour voir ce qu’ils pouvaient en faire.» «Pour moi, il s’agit simplement d’une recherche plus approfondie dans le même domaine», explique-t-elle. «Mais la forme n’est pas la même. De manière subtile, l’intrigue a également changé. Même les personnages ont évolué sous l’infl uence de leurs interprètes. D’entrée de jeu, j’ai été consciente qu’il ne fallait pas que j’adapte le livre à la lettre puisque je l’avais déjà écrit. J’avais donc la liberté d’explorer des pistes nouvelles.»

L'équipe du tournage :

Une fois le scénario achevé, Miller a fait appel à son amie et fi dèle productrice Lemore Syvan (GRACIE, SHERRYBABY). Cette dernière qui a produit les précédents fi lms de la réalisatrice, n’a pas tardé à relever le défi : «Je connais Rebecca et j’apprécie son style», déclare-t-elle. «J’ai tout de suite eu envie de fi nancer son projet.» Un défi – monter un fi lm indépendant avec un budget limité – qui n’avait rien de neuf pour Syvan : «Ma première réaction a été de me dire que nous devions trouver le plus d’argent possible», explique-t-elle. «Il nous fallait un gros budget pour donner vie au scénario. J’ai su dès le départ que ce fi lm méritait des moyens beaucoup plus importants. Mais je savais aussi que nous pourrions résoudre ce problème.» En la matière, elle tient à saluer ses partenaires producteurs, Dede Gardner et Jeremy Kleiner, de Plan B Entertainment, qui l’ont aidée à concrétiser ce projet. «Produire des films, c’est un métier difficile, produire de « petits films », c’est plus dur encore, et s’occuper de « petits » films qui sortent du lot, c’est encore ce qu’il y a de plus diffi cile à faire !», déclare Gardner, qui a collaboré avec Miller au développement de la première mouture du scénario. «Il faut beaucoup de gens pour réussir ce genre d’exploit, et, en toute honnêteté, nous avons été très heureux de faire partie du projet.» «Le plus grand défi , mené de main de maître par Rebecca, a été de transposer les différentes époques de la vie du personnage sans qu’il n’y ait de ruptures trop brutales», explique Kleiner à propos du scénario qui fait se croiser passé et présent de Pippa Lee. «C’était évidemment une question qui relevait de la mise en scène mais qui avait des conséquences sur la production», reprend-il. «Rebecca devait imaginer une façon d’utiliser les décors et la caméra qui garantisse la continuité chronologique. Du coup, le spectateur aurait l’impression de voir se dérouler la vie du personnage sous ses yeux.» Pour être à la hauteur des ambitions artistiques de la réalisatrice, la production a fait appel au directeur de la photo Declan Quinn (RACHEL SE MARIE) et au chef-décorateur Michael Shaw (BOY’S DON’T CRY). Sous la direction de Miller, Quinn et Shaw ont mis au point une approche commune de la mise en scène, bien en amont du tournage. L’utilisation de la musique a aussi été essentielle pour scander les diverses périodes de l’histoire. Miller a ainsi sollicité la directrice musicale chevronnée Linda Cohen (THERE WILL BE BLOOD).

 

Le choix des comédiens :

Grâce au réseau de la directrice de casting Cindy Tolan, le scénario n’a pas tardé à circuler chez les plus grands comédiens américains. Outre Robin Wright Penn et Alan Arkin dans les rôles principaux, et la prometteuse Blake Lively, PIPPA LEE est aussi interprété par Julianne Moore, Keanu Reeves, Maria Bello, Winona Ryder et Monica Belluci. «Tout cela montre bien que ces comédiens admirent Rebecca Miller et veulent travailler avec elle», déclare Tolan. « Ils ont vu tous ses films, et savent ce qu’elle peut leur apporter.» Pour Tolan, il était important que tous puissent travailler ensemble de façon harmonieuse. «Nous voulions que chaque pièce s’intègre dans le puzzle, et que personne ne se distingue des autres», ajoute-t-elle. «Nous voulions qu’ils forment un ensemble, au sens étymologique et musical du terme. Nous avons beaucoup parlé avec Rebecca des comédiens en tant que personnalités à part entière, loin des rôles qui leurs avaient déjà été confi és, afi n de leur faire jouer des personnages dans lesquels on ne les verrait pas forcément.» Miller, de son côté, a été ravie de la chance de diriger certains comédiens : «Julianne Moore, par exemple, n’avait que deux jours de tournage, mais elle en a été véritablement heureuse», signale la réalisatrice. «Je lui ai demandé pourquoi, et elle m’a dit que c’était fabuleux pour elle de jouer autre chose qu’une dépressive. Ça la changeait vraiment. Elle ne l’a pas fait pour me faire plaisir, mais bien parce que c’était une nouvelle aventure pour elle.» De l’extérieur, le fait que des stars comme Julianne Moore, Monica Belluci, Keanu Reeves ou Winona Ryder acceptent délibérément de camper des seconds rôles pourrait surprendre. Mais aux yeux des comédiens, cela représentait une réelle opportunité. «J’aimais énormément le scénario, et j’étais heureuse d’avoir la chance de travailler avec Rebecca », souligne Monica Belluci qui interprète Gigi, une rivale romantique de la jeune Pippa Lee. «Même si c’était un petit rôle, c’était très enrichissant. Rebecca l’avait écrit d’une telle manière que cela me laissait la possibilité de me l’approprier. Elle sait ce qu’elle veut en tant que réalisatrice, et en même temps elle aime et respecte les comédiens. Elle arrive à trouver le juste équilibre entre la direction d’acteurs et la liberté dont nous avons besoin pour explorer nos personnages.» A l’image des films d’auteurs américains, comme ceux de Woody Allen ou de Robert Altman, le cinéma de Miller tire sa force non seulement de ses protagonistes, mais aussi de ses seconds rôles. Car chaque personnage est essentiel à la narration. Néanmoins, c’est l’ensemble des interprètes qui donnent la tonalité générale du film et créent un monde captivant, comme on en voit rarement dans les productions des grands studios. «Je pense que ce qui attire les comédiens, c’est Rebecca Miller elle-même et la force de son histoire», relève Keanu Reeves qui incarne Chris Nadeau, mystérieux nouveau voisin qui devient l’improbable confi dent de Pippa Lee. «C’est un texte réellement bien écrit. On ne voit pas cela tous les jours. Ce scénario, en mêlant drame et comédie, a un relief unique.» Ce tournage représentait un défi pour Reeves et une opportunité qu’il attendait depuis longtemps. «Ce n’est bien sûr qu’un second rôle, mais il est aussi très complexe à bien des égards», explique l’acteur. «Mon personnage est une sorte d’ami, une sorte d’amant, un étranger un peu bizarre accessible, mais aussi lointain. Il y avait beaucoup de facettes à explorer, et cela m’a passionné.» «Ils avaient tous envie d’aller vers des territoires inconnus», rapporte Miller. «J’adore travailler avec des gens qui aiment prendre des risques. Et ces rôles, d’une certaine façon, étaient risqués pour eux !»

Robin Wright Penn : Pippa Lee :

Sur le papier, tant dans le roman de Rebecca Miller que dans le scénario, le personnage de Pippa Lee est une héroïne hors du commun. Cette femme de 50 ans admirée de tous commence à remettre en cause son bonheur apparent, en s’interrogeant sur les démons de son passé. A mesure qu’elle fait vaciller l’aspect superfi ciel de sa vie conjugale et familiale, elle se remet elle aussi peu à peu en question, se lançant dans un dialogue sans fin entre le passé et le présent pour retrouver le sens de sa vie. Le personnage de Pippa Lee est donc une opportunité rare pour un comédien talentueux – celle d’incarner une femme à la personnalité complexe. Au départ, Miller n’avait aucune actrice en tête en écrivant PIPPA LEE. Mais au bout du compte, elle ne voyait personne d’autre dans le rôle que Robin Wright Penn. «Je ne pense pas que l’on m’avait jamais offert la possibilité de jouer un personnage aussi profond», déclare Wright Penn. «Pippa a une telle densité que l’incarner était d’une certaine façon le moyen de dévoiler entièrement une identité. Réussir cet exploit en l’espace de deux heures m’a convaincue d’accepter le rôle.» C’est l’agent de Wright Penn qui a joué l’intermédiaire entre l’actrice et la réalisatrice. Miller, qui avait tout d’abord pensé à une comédienne plus âgée pour le rôle, a été cependant intriguée et ouverte à cette nouvelle perspective. «Robin était parfaite pour ce personnage», explique la cinéaste, qui n’avait pas imaginé que Wright Penn serait partante pour jouer un personnage plus âgé qu’elle. Et elle a découvert une actrice qui n’a craint aucunement de se vieillir et de laisser de côté toute vanité. «Notre travail d’acteur peut se défi nir ainsi : nous tentons de sortir de la boîte dans laquelle on nous enferme», s’amuse Wright Penn. «En tout cas, c’est ainsi que je le conçois. C’est amusant de tenter des choses nouvelles, de découvrir des aspects inattendus de son caractère grâce à l’âge d’un personnage ou de son état d’esprit. Et l’idée de jouer une femme plus âgée me tentait.» Et surtout, elle a ressenti une forte empathie pour l’étrange Pippa Lee. «C’est une femme qui a fait des choix dans sa vie», reprend l’actrice. «Mais elle cache sa véritable identité derrière un masque. Et elle ne peut se réaliser totalement dans la vie qu’elle s’est choisie, et doit pour cela revenir sur son passé.» Miller et Wright Penn ont travaillé de concert pour enrichir le personnage de Pippa Lee à travers un échange mutuel qui a duré plus d’un an – le temps que la production boucle complètement le fi nancement du film. «En fait, le retard dans le fi nancement du projet a été la meilleure chose qui pouvait nous arriver», note Miller. «J’ai pu prendre le temps de réfl échir aux costumes, aux décors, au scénario. Et cela m’a laissé la possibilité de parler du fi lm pendant un an avec Robin, ce qui a été très bénéfi que. C’était une merveilleuse collaboration. Robin foisonne d’idées, et est très ouverte à celles des autres. C’est vraiment une remarquable comédienne sous les traits d’une beauté classique. Elle s’adapte totalement aux exigences de ses personnages.» «Je n’ai jamais disposé d’autant de temps pour discuter avec un réalisateur», ajoute Wright Penn. «Avoir une année entière devant soi pour envisager toutes les questions qu’on se pose systématiquement, c’était formidable… D’habitude, nous faisons cela en quelques heures, quelques jours, une semaine au plus. Nous avons pris une année pour évoquer toutes ces questions, et après, nous étions fi n prêts à jouer.»

 

Blake Lively : Pippa jeune :

Comme le fi lm relate toute la vie du personnage, Rebecca Miller a souhaité trouver une seconde comédienne pour incarner la jeune Pippa Lee. En revanche, elle ne savait pas vers qui se tourner. Grâce à Cindy Tolan, Rebecca Miller s’est décidée pour une jeune actrice prometteuse, Blake Lively, après avoir auditionné une centaine de comédiennes pour le rôle. Originaire d’une famille d’artistes de Californie, cette jeune femme de 21 ans s’est fait remarquer en 2005 en s’illustrant dans 4 FILLES ET UN JEAN. Deux ans plus tard, Lively s’est imposée au grand public en interprétant Serena van der Woodsen dans la série Gossip Girl. Miller précise que, par chance, elle ne connaissait pas l’audience de Gossip Girl, mais qu’elle avait auditionné Lively parce qu’elle avait été séduite par son interprétation du fi lm indépendant ELVIS ET ANABELLE. «Je croyais qu’elle était une parfaite inconnue», s’exclame en riant Miller. «C’était un rôle vraiment très diffi cile, et elle était totalement à la hauteur. Elle était charmante, faisait passer des émotions aussi bien que des tensions sexuelles, tout ce qu’il fallait qu’elle sache faire à mes yeux.»

Alan Arkin : Herb Lee :

Pour le mari de Pippa Lee, éditeur new-yorkais qui a du mal à faire face à la retraite, Rebecca Miller a sollicité Alan Arkin. A ses yeux, il était parfait dans le rôle d’un père de famille chaleureux et pince-sans-rire. Arkin s’est notamment illustré dans LES RUSSES ARRIVENT (1966) de Norman Jewison, qui lui a valu sa première citation à l’Oscar, et a décroché la précieuse statuette pour LITTLE MISS SUNSHINE. En revanche, rien ne garantissait qu’il aurait envie de travailler sous la direction de Rebecca Miller. «J’ai discuté avec Alan au téléphone et il m’a exposé toutes les raisons pour lesquelles il ne voulait pas de ce rôle», explique la réalisatrice dans un éclat de rire. «J’ai bien compris que le personnage lui était plus que familier et qu’il n’en voulait pas.» Le lendemain, Miller et Arkin se sont reparlés. Au grand soulagement de la cinéaste, il a fi ni par lui donner son accord. «Ce qui s’est passé, c’est que mon imprésario, mon agent et mon avocat m’ont appelé en même temps pour me dire qu’il fallait que je dise oui», s’amuse Arkin. «En général, je ne les écoute pas – et je n’écoute personne d’ailleurs. Mais j’ai fait exception à la règle parce que j’ai confi ance en eux. Je me suis rendu compte que c’était un rôle pour moi.» En collaboration avec la réalisatrice, Arkin a retravaillé le personnage : «C’est en gros le même type», explique-t-il. «On lui a donné simplement un peu plus d’humour et de piquant. Je voulais qu’on se dise par moments qu’il est charmant, intéressant et sans doute drôle pour que ses trahisons n’en semblent que plus choquantes. Cela lui a donné un peu plus de densité.» «Il voulait me faire part de ses idées et il a eu raison car elles étaient toutes géniales», ajoute Miller.

Mêler le passé et le présent : donner vie aux univers de Pippa Lee :

Pour PIPPA LEE, Rebecca Miller a opéré un véritable retour aux sources puisqu’elle a tourné à New Milford et Danbury, dans le Connecticut, où elle a grandi. «Il y avait quelque chose de vraiment surprenant à redécouvrir ces paysages que je connais par coeur», dit-elle. «Et en même temps, cela représentait un avantage exceptionnel pour moi. C’était là que j’avais situé l’action du fi lm, précisément parce que je connaissais intimement les lieux.» Il y a eu très peu de répétitions car Miller avait beaucoup travaillé en amont du tournage. «Nous avons répété quelques jours avec Alan et Robin, mais cela nous a pris très peu de temps», remarque-t-elle. «Je ne suis pas très férue de répétitions. Je pense que si l’on joue trop, on peut perdre ce moment de grâce où l’on interprète un rôle devant la caméra, et où il se passe quelque chose de magique.» Pourtant, l’équipe de production avait encore du pain sur la planche. Le tournage a débuté le 14 avril 2008 et s’est étalé sur 7 semaines. Pour un film à petit budget, l’équipe devait tout de même parcourir une trentaine de lieux différents, y compris des décors construits spécialement pour les besoins du tournage et installés sur le site d’une ancienne usine. «Nous avions un décor énorme, mais pas aussi fonctionnel qu’un studio», s’amuse la productrice Lemore Syvan. «Concrètement, nous étions les uns sur les autres. Entre les costumes, les accessoires, les éclairages et le matériel de tournage, l’ensemble ressemblait surtout à un camp de réfugiés.» Ceci dit, Miller et son équipe devaient affronter un autre défi : mêler le passé et le présent pour donner vie à une continuité chronologique. En insuffl ant de la vie aux différents mondes de PIPPA LEE, l’équipe de production se devait de créer un cadre unique dans lequel pourrait s’intégrer un personnage central interprété par deux comédiennes différentes. «C’était un énorme défi à relever que de conserver l’harmonie de l’histoire tout au long du film», explique Miller, «mais bien sûr, c’est en cela que consiste mon travail. Sur ce film, c’était particulièrement délicat car il y avait toutes ces époques différentes à évoquer. Il y a trois périodes de temps défi nies durant lesquelles se déroule l’intrigue, des moments dont nous avions à montrer qu’ils étaient liés.» Alors que Robin Wright Penn et Blake Lively n’apparaissent jamais en même temps à l’écran, les deux comédiennes ont collaboré ensemble pour faire vivre leurs personnages. «Elles sont toutes les deux incroyablement subtiles et intelligentes, et se sont observées mutuellement», observe Miller. «Robin a étudié le jeu de Blake, le détail de ses gestes et de ses expressions. Et Blake a fait de même. Elles se sont inspirées l’une de l’autre.» Dans le film, les transitions entre les époques se sont faites en temps réel, devant la caméra, et n’ont pas reposé sur des effets spéciaux en postproduction. Concrètement, cela a impliqué une préparation minutieuse et un recours à des maquettes pour régler les mouvements d’appareil entre les décors qui ont été construits côte à côte. Pour passer du passé au présent, la caméra se contentait de glisser d’un décor où se déroulait l’action du jour J à un autre, qui symbolisait le passé. «Nous avons travaillé ainsi pour trois ou quatre transitions temporelles», explique Declan Quinn. «Parfois, une seule caméra évoluait tout droit, mais il est arrivé aussi que deux ou trois mouvements de caméra soient fondus ensemble. Nous voulions que cela semble le plus naturel possible, afi n que les spectateurs ne se rendent pas compte de ce qui se passait jusqu’à ce qu’on les entraîne dans une autre époque, une autre scène, une autre partie de sa vie.» «Je dois dire que c’était une des grandes satisfactions de ce film», poursuit Shaw. «Rebecca voulait vraiment essayer de nouvelles choses. Nous aurions évidemment pu faire cela en postproduction. Mais elle a insisté pour le réaliser de cette manière, pour que nous ressentions les choses différemment, ce que l’on voit rarement. Bien sûr, c’est beaucoup plus difficile pour les comédiens, et pour Declan. Nous n’avions pas beaucoup de budget, ni beaucoup de temps. En ce sens, il est réellement miraculeux que tout cela ait aussi merveilleusement fonctionné.» Miller, qui a étudié les beaux-arts, a travaillé elle-même avec Quinn pour déterminer la palette de couleurs du film. «Je n’ai pas travaillé de la même façon que sur mes précédents longs métrages», conclut Miller, qui tourne en général caméra à l’épaule. «Pour celui-ci, il me semblait que la structure scénaristique était tellement compliquée que je devais simplifier les choses sur le plan de la mise en scène. Il fallait que j’adopte une réalisation plus classique.»