Repères biographiques sur Simon Wiesenthal (extraits du dossier de presse) :
À la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des milliers de nazis, qui avaient participé au génocide d’environ 6.000.000 de juifs, de Bohémiens, de Polonais et d’autres peuples "inférieurs", ont réussi à échapper aux mailles du filet allié et ont fui vers différents pays, y vivant longtemps en liberté.
Simon Wiesenthal, un survivant des camps de la mort, a consacré sa vie à instruire les crimes de la Shoah et à traquer les criminels nazis encore en vie. "Lorsque l’Histoire regardera en arrière, je veux que les gens sachent que les nazis n’ont pas été capables de tuer des millions de personnes et de s’en tirer." Son travail de mémoire prend valeur d’avertissement pour les générations futures.
Fondateur et directeur du Centre de Documentation juif de Vienne, le chasseur de nazis indépendant a, souvent avec la coopération des gouvernements ouest-allemands, israéliens, autrichiens, et autres... fait arrêter presque 1.100 criminels nazis, y compris Adolf Eichmann, l’un des responsables de la Solution Finale, ainsi que Franz Murer, "le boucher de Wilno", et Erich Rajakowitsch, le responsable des "trains de la mort" en Hollande.
Des exemples de son travail sont détaillés dans ses mémoires, "Les Assassins sont parmi nous" (1967).
Parmi ses autres livres, on peut citer : "La voie de l’espoir" (1973), "Les Fleurs du Soleil" (1970), "Max et Helène" (1982), "Krystyna et la tragédie de la Résistance polonaise" (1987), "Every Day is Remembrance Day" (1987), et "Justice n’est pas vengeance" (1989).
Simon Wiesenthal est né le 31 décembre 1908 à Buczacz, aujourd’hui en Ukraine. Quand le père de Wiesenthal meurt pendant la Première Guerre Mondiale, Mme. Wiesenthal se réfugie avec sa famille à Vienne puis, après s’être remariée, elle retourne à Buczacz. Le jeune Wiesenthal diplômé en 1928, présente sa candidature à l’Institut Polytechnique de Lvov.
Rejeté en raison des quotas appliqués à l’égard des étudiants juifs, il part étudier à l’Université Technique de Prague, d’où il sort diplômé en ingénierie architecturale en 1932.
En 1936, Simon épouse Cyla Mueller et il travaille dans un cabinet d’architectes de Lvov. Leur vie commune est heureuse jusqu’en 1939 lorsque l’Allemagne et la Russie signent leur pacte "de non agression" et se partagent la Pologne. L’armée russe occupe rapidement Lvov, et la vie devient difficile pour les négociants juifs, les propriétaires d’usine et autres professionnels. C’est à cette période que le beau-père de Wiesenthal se fait arrêter par le NKVD (le commissariat des affaires internes - police secrète soviétique) ; il meurt en prison. Son beau-frère est tué et Wiesenthal lui-même, est contraint de renoncer à ses affaires et de prendre un emploi de mécanicien dans une usine. Plus tard, il soudoie un commissaire du NKVD pour sauver sa femme, sa mère, et lui-même d’une déportation en Sibérie. Quand les Allemands entrent en Russie en 1941, un de ses anciens employés, travaillant alors dans la police auxiliaire ukrainienne, l’aide à échapper à une exécution certaine par les nazis, sans toutefois pouvoir lui éviter l’incarcération. Après une détention dans le camp de concentration de Janowsk, à l’extérieur de Lvov, son épouse et lui sont affectés au camp de travail obligatoire d’Ostbahn, servant d’atelier de réparations pour le chemin de fer Est de Lvov.
Au début de 1942, la hiérarchie nazie légifère formellement sur la "Solution Finale". Dans l’ensemble de l’Europe occupée, une terrifiante machine génocidaire est lancée. En août 1942, la mère de Wiesenthal est envoyée au camp de la mort de Belzec. En septembre, la plus grande partie de la famille de Wiesenthal ainsi que celle de son épouse était morte ; au total, 89 membres des deux familles ont péri.
La blondeur des cheveux de son épouse lui donnant une chance de se faire passer pour "aryenne", Wiesenthal négocie avec la résistance polonaise : en échange de croquis détaillés des jonctions de chemin de fer, son épouse réussit à obtenir de faux papiers polonais au nom de "Irene Kowalska". Elle vit à Varsovie pendant deux années avant de déménager en Rhénanie pour effectuer son service de travail obligatoire, sans que son identité ne soit jamais découverte.
Avec l’aide du directeur adjoint, Wiesenthal s’échappe du camp d’Ostbahn en octobre 1943, peu avant que les Allemands ne commencent à exécuter tous les détenus. En juin 1944, il est repris et renvoyé à Janowska où il aurait certainement été tué si le front allemand oriental n’avait pas été écrasé par l’Armée Rouge. Sachant qu’ils seraient envoyés au combat s’ils n’avaient plus suffisamment de prisonniers pour justifier leur tâche, les gardes de Janowska ont décidé de maintenir en vie les quelques détenus restants, en leur adjoignant l’ensemble de la population de Chelmiec pour maintenir un ratio de vivants plus élevé.
Très peu des prisonniers ont survécu à la marche vers l’Ouest par Plaszow, Brut-Rosen, Buchenwald, et Mauthausen. Pesant moins de 50 kilos et se retrouvant sans aucune ressource, Wiesenthal était à peine vivant lorsque le camp Mauthausen a été libéré par la 11ème Division blindée de l’Armée américaine, le 5 mai 1945.
Dès que sa santé s’est améliorée, Wiesenthal a commencé à recueillir et analyser les preuves sur les atrocités nazies pour la section des crimes de guerre de l’Armée américaine. Après la guerre, il a également travaillé pour le Bureau des services stratégiques de l’Armée et les corps de services secrets. Il a dirigé le Comité Central Juif, une organisation sociale, de la zone nord-américaine de l’Autriche.
À la fin de l’année 1945, lui et son épouse, qui ont cru chacun à la mort de l’autre, sont réunis et, en 1946, ils donnent naissance à leur fille Pauline.
Les preuves récoltées par Wiesenthal ont été utilisées dans les procès américains de crimes de guerre. C’est en 1947, quand cette collaboration avec l’Armée américaine a pris fin, que Wiesenthal, avec l’aide de trente volontaires, ouvre le Centre de Documentation historique juif à Linz, en Autriche, afin de réunir d’autres preuves pour d’éventuels procès. Mais, alors que la guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique s’intensifie, les deux puissances se désintéressent de la traque des nazis, et les volontaires de Wiesenthal se tournent vers des poursuites de plus petite envergure. En 1954, le bureau de Linz ferme ses portes et ses dossiers sont donnés aux archives de Yad Vashem en Israël, tous sauf un - le dossier d’Adolf Eichmann, le technocrate passé inaperçu qui, en tant que chef du département juif de la Gestapo, avait dirigé l’exécution de "la Solution Finale".
Tout en continuant son travail de salarié au Comité Central Juif, qui inclue la gestion d’une école destinée aux citoyens hongrois et aux réfugiés du rideau de fer, Wiesenthal ne relâche jamais son attention quant à la traque de Eichmann qui a disparu à l’heure de la défaite de l’Allemagne. En 1953, Wiesenthal est informé qu’Eichmann est en Argentine. Il transmet cette information à Israël par l’Ambassade israélienne à Vienne et en 1954, il en informe également Nahum Goldmann, alors que le FBI avait reçu l’information qu’Eichmann était à Damas, en Syrie. Ce n’est qu’en 1959 que Israël reçoit l’information de l’Allemagne qu’Eichmann est à Buenos Aires et vit sous le nom d’emprunt de Ricardo Klement. Capturé par des agents israéliens, il est amené en Israël pour son procès. Eichmann est jugé coupable de Crime contre l’Humanité et est exécuté le 31 mai 1961.
Encouragé par la capture d’Eichmann, Wiesenthal a rouvert le Centre de Documentation Juif, à Vienne, et se concentre exclusivement sur la chasse des criminels de guerre. Un de ses dossiers prioritaires concernait Karl Silberbauer, le dirigeant de la Gestapo qui a fait arrêter Anne Frank, une jeune fille assassinée par les nazis après s’être cachée dans un grenier d’Amsterdam pendant deux années. Il localise Silberbauer en 1963, faisant ainsi taire les néo-nazis hollandais qui remettaient en cause l’authenticité du journal de la jeune fille.
En octobre 1966, seize dirigeants SS sont arrêtés. Neuf d’entre eux, repérés par Wiesenthal, ont été jugés à Stuttgart, en République Fédérale d’Allemagne, pour la participation à l’extermination des juifs de Lvov. A cette époque, Franz Stangl, commandant des camps de Treblinka et de Sobibor en Pologne figure sur la liste des criminels les plus recherchés par Wiesenthal. Après trois ans de travail d’investigation, Stangl est repéré au Brésil et renvoyé en RFA pour y être emprisonné en 1967. Il meurt en prison.
Les mémoires de Wiesenthal, Les Assassins sont parmi nous, ont été publié en 1967. Alors en visite aux Etats-Unis pour promouvoir son livre, Wiesenthal annonce qu’il a retrouvé Mme. Hermine Ryan, née Braunsteiner, une femme au foyer vivant dans le Queens, à New York. Selon le dossier, Mme. Ryan avait dirigé le massacre de plusieurs centaines d’enfants à Majdanek. Elle est extradée vers l’Allemagne pour son procès en tant que Criminelle de Guerre et elle est condamnée en 1973 à l’emprisonnement à vie.
Contrairement aux idées reçues Wiesenthal n’avait pas pour habitude de traquer lui-même les nazis. Sa principale tâche était de recueillir et d’analyser les informations. Dans ce travail, il était aidé par un vaste réseau international d’amis, de collègues, et de sympathisants, notamment des vétérans allemands de la seconde guerre mondiale, affligés par les horreurs dont ils avaient été témoins. D’anciens nazis pleins de remords lui donnaient même des informations sur d’autres anciens nazis. Une branche spéciale de son bureau de Vienne travaillait sur les activités des groupes d’extrême-droite et néo-nazis.
Soigneusement, Wiesenthal a recueilli chaque document et enregistrement qu’il jugeait pertinent. C’est en rassemblant les données les plus obscures, les plus incomplètes, apparemment inutiles et déconnectées qu’il a réussi à faire comparaître devant les tribunaux les criminels. Lorsque les tribunaux n’agissaient pas, Wiesenthal exerçait une forte pression médiatique, l’expérience lui ayant enseigné que la publicité et l’opinion publique sont des armes puissantes.
Le travail qui reste à faire est énorme. Les dossiers des criminels de guerre de l’Allemagne comptaient plus de 90.000 noms. La plupart d’entre eux n’a jamais été jugée. Des milliers d’anciens nazis ont même conservé des postes importants en Allemagne après la guerre. Hormis la traque des nazis elle-même, il incombait à Wiesenthal la charge énorme de persuader les autorités et le public de l’ampleur de la Shoah. Dans le paragraphe final de ses mémoires, il cite ce qu’un caporal SS lui a dit en 1944 : "Vous diriez la vérité [au sujet des camps de la mort] aux personnes en Amérique, vous savez ce qui se produirait, Wiesenthal ? Ils ne vous croiraient pas. Ils diraient que vous êtes fou. On pourrait même vous mettre dans un asile. Comment quelqu’un peut-il croire à tout cela – à moins de ne l’avoir lui-même vécu ?"
Simon Wiesenthal a été plusieurs fois honoré pour son travail à travers le monde : un Knighthood honorifique de l’empire britannique de la Reine Elizabeth II d’Angleterre, la médaille présidentielle de la Liberté du Président Clinton, les décorations des mouvements de résistance autrichiens et français, la médaille hollandaise de liberté, la médaille de liberté du Luxembourg, la médaille d’or du Congrès remise par le Président Jimmy Carter en 1980, et la Légion d’honneur française en 1986.
Wiesenthal a été consultant sur les films à suspense : "Le Dossier Odessa" (Paramount, 1974). "The Boys from Brazil" (XXth Century Fox, 1978), un film important basé sur le livre d’Ira Levin dans lequel Laurence Olivier interprète Herr Lieberman, un personnage créé d’après la propre vie de Simon Wiesenthal.
Il a fondé le Centre Simon Wiesenthal en novembre 1977. Il est aujourd’hui associé au célèbre Musée de la Tolérance de Los Angeles et de New York. Il s’agit d’un centre international consacré au souvenir de la Shoah, la défense des Droits de l’Homme et le combat contre l’antisémitisme. Avec des bureaux dans le monde entier, le Centre Simon Wiesenthal continue le combat. "J’ai reçu beaucoup d’honneurs dans ma vie" a dit Simon Wiesenthal. "Lorsque je mourrai, ces honneurs mourront avec moi. Mais le Centre Simon Wiesenthal sera mon legs."
En 1981, le Centre Simon Wiesenthal a produit le documentaire oscarisé, GÉNOCIDE, commenté par Elizabeth Taylor et Orson Welles, et présenté par Simon Wiesenthal.
Wiesenthal a vécu dans un appartement modeste à Vienne et a passé ses soirées à répondre à des lettres, à étudier des livres et des dossiers, et à travailler à sa collection de timbres. Il y a vécu avec son épouse Cyla jusqu’à sa mort le 10 novembre 2003.
Simon Wiesenthal a reçu de nombreuses menaces et lettres anonymes insultantes. En juin 1982, une bombe a éclaté devant la porte de sa maison. Heureusement, personne n’a été blessé. Après quoi, sa maison et son bureau ont été gardés par un policier armé. Un allemand, qui s’est avéré être le cerveau de l’opération, et plusieurs néo-nazis autrichiens ont été arrêtés et condamnés.
Clyde Farnsworth du New York Times Magazine, dans un article du 2 février 1964, raconte que, un jour, Simon Wiesenthal passait le shabbath chez un ancien déporté de Mauthausen, devenu un riche bijoutier. Après dîner, son hôte lui dit, "Simon, si vous vous étiez lancé dans l’immobilier, vous seriez millionnaire. Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ?" Wiesenthal répond : "Vous croyez à Dieu et à la vie après la mort. J’y crois également. Quand nous serons dans l’autre monde, et que nous rencontrerons les millions de juifs qui sont morts dans les camps, ils nous demanderont, qu’est-ce que vous avez fait ? Il y aura différentes réponses : L’un dira je suis devenu bijoutier, un autre dira, je me suis lancé dans les cigarettes et le café, un autre encore, je travaille dans l’immobilier, mais moi je répondrai, je ne vous ai pas oubliés".
Le 20 septembre 2005, Simon Wiesenthal est mort paisiblement dans son sommeil à la maison. Après une cérémonie au cimetière de Vienne, à laquelle ont assisté le président autrichien Woflgang Schuessel, ainsi que de nombreux officiels viennois, des diplomates et des chefs religieux de différentes confessions, son corps a été transporté en Israël et repose à Hertzliya.
Dans son oraison funèbre, Rabbi Marvin Hier, le doyen et fondateur du Centre Simon Wiesenthal, dit : "Alors que tu rejoins ta dernière demeure, je suis sûr que les millions de juifs assassinés pendant la Shoah sont prêts à accueillir Simon Wiesenthal comme l’homme qui s’est levé pour leur honneur et n’a jamais laissé le monde les oublier."
À la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des milliers de nazis, qui avaient participé au génocide d’environ 6.000.000 de juifs, de Bohémiens, de Polonais et d’autres peuples "inférieurs", ont réussi à échapper aux mailles du filet allié et ont fui vers différents pays, y vivant longtemps en liberté.
Simon Wiesenthal, un survivant des camps de la mort, a consacré sa vie à instruire les crimes de la Shoah et à traquer les criminels nazis encore en vie. "Lorsque l’Histoire regardera en arrière, je veux que les gens sachent que les nazis n’ont pas été capables de tuer des millions de personnes et de s’en tirer." Son travail de mémoire prend valeur d’avertissement pour les générations futures.
Fondateur et directeur du Centre de Documentation juif de Vienne, le chasseur de nazis indépendant a, souvent avec la coopération des gouvernements ouest-allemands, israéliens, autrichiens, et autres... fait arrêter presque 1.100 criminels nazis, y compris Adolf Eichmann, l’un des responsables de la Solution Finale, ainsi que Franz Murer, "le boucher de Wilno", et Erich Rajakowitsch, le responsable des "trains de la mort" en Hollande.
Des exemples de son travail sont détaillés dans ses mémoires, "Les Assassins sont parmi nous" (1967).
Parmi ses autres livres, on peut citer : "La voie de l’espoir" (1973), "Les Fleurs du Soleil" (1970), "Max et Helène" (1982), "Krystyna et la tragédie de la Résistance polonaise" (1987), "Every Day is Remembrance Day" (1987), et "Justice n’est pas vengeance" (1989).
Simon Wiesenthal est né le 31 décembre 1908 à Buczacz, aujourd’hui en Ukraine. Quand le père de Wiesenthal meurt pendant la Première Guerre Mondiale, Mme. Wiesenthal se réfugie avec sa famille à Vienne puis, après s’être remariée, elle retourne à Buczacz. Le jeune Wiesenthal diplômé en 1928, présente sa candidature à l’Institut Polytechnique de Lvov.
Rejeté en raison des quotas appliqués à l’égard des étudiants juifs, il part étudier à l’Université Technique de Prague, d’où il sort diplômé en ingénierie architecturale en 1932.
En 1936, Simon épouse Cyla Mueller et il travaille dans un cabinet d’architectes de Lvov. Leur vie commune est heureuse jusqu’en 1939 lorsque l’Allemagne et la Russie signent leur pacte "de non agression" et se partagent la Pologne. L’armée russe occupe rapidement Lvov, et la vie devient difficile pour les négociants juifs, les propriétaires d’usine et autres professionnels. C’est à cette période que le beau-père de Wiesenthal se fait arrêter par le NKVD (le commissariat des affaires internes - police secrète soviétique) ; il meurt en prison. Son beau-frère est tué et Wiesenthal lui-même, est contraint de renoncer à ses affaires et de prendre un emploi de mécanicien dans une usine. Plus tard, il soudoie un commissaire du NKVD pour sauver sa femme, sa mère, et lui-même d’une déportation en Sibérie. Quand les Allemands entrent en Russie en 1941, un de ses anciens employés, travaillant alors dans la police auxiliaire ukrainienne, l’aide à échapper à une exécution certaine par les nazis, sans toutefois pouvoir lui éviter l’incarcération. Après une détention dans le camp de concentration de Janowsk, à l’extérieur de Lvov, son épouse et lui sont affectés au camp de travail obligatoire d’Ostbahn, servant d’atelier de réparations pour le chemin de fer Est de Lvov.
Au début de 1942, la hiérarchie nazie légifère formellement sur la "Solution Finale". Dans l’ensemble de l’Europe occupée, une terrifiante machine génocidaire est lancée. En août 1942, la mère de Wiesenthal est envoyée au camp de la mort de Belzec. En septembre, la plus grande partie de la famille de Wiesenthal ainsi que celle de son épouse était morte ; au total, 89 membres des deux familles ont péri.
La blondeur des cheveux de son épouse lui donnant une chance de se faire passer pour "aryenne", Wiesenthal négocie avec la résistance polonaise : en échange de croquis détaillés des jonctions de chemin de fer, son épouse réussit à obtenir de faux papiers polonais au nom de "Irene Kowalska". Elle vit à Varsovie pendant deux années avant de déménager en Rhénanie pour effectuer son service de travail obligatoire, sans que son identité ne soit jamais découverte.
Avec l’aide du directeur adjoint, Wiesenthal s’échappe du camp d’Ostbahn en octobre 1943, peu avant que les Allemands ne commencent à exécuter tous les détenus. En juin 1944, il est repris et renvoyé à Janowska où il aurait certainement été tué si le front allemand oriental n’avait pas été écrasé par l’Armée Rouge. Sachant qu’ils seraient envoyés au combat s’ils n’avaient plus suffisamment de prisonniers pour justifier leur tâche, les gardes de Janowska ont décidé de maintenir en vie les quelques détenus restants, en leur adjoignant l’ensemble de la population de Chelmiec pour maintenir un ratio de vivants plus élevé.
Très peu des prisonniers ont survécu à la marche vers l’Ouest par Plaszow, Brut-Rosen, Buchenwald, et Mauthausen. Pesant moins de 50 kilos et se retrouvant sans aucune ressource, Wiesenthal était à peine vivant lorsque le camp Mauthausen a été libéré par la 11ème Division blindée de l’Armée américaine, le 5 mai 1945.
Dès que sa santé s’est améliorée, Wiesenthal a commencé à recueillir et analyser les preuves sur les atrocités nazies pour la section des crimes de guerre de l’Armée américaine. Après la guerre, il a également travaillé pour le Bureau des services stratégiques de l’Armée et les corps de services secrets. Il a dirigé le Comité Central Juif, une organisation sociale, de la zone nord-américaine de l’Autriche.
À la fin de l’année 1945, lui et son épouse, qui ont cru chacun à la mort de l’autre, sont réunis et, en 1946, ils donnent naissance à leur fille Pauline.
Les preuves récoltées par Wiesenthal ont été utilisées dans les procès américains de crimes de guerre. C’est en 1947, quand cette collaboration avec l’Armée américaine a pris fin, que Wiesenthal, avec l’aide de trente volontaires, ouvre le Centre de Documentation historique juif à Linz, en Autriche, afin de réunir d’autres preuves pour d’éventuels procès. Mais, alors que la guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique s’intensifie, les deux puissances se désintéressent de la traque des nazis, et les volontaires de Wiesenthal se tournent vers des poursuites de plus petite envergure. En 1954, le bureau de Linz ferme ses portes et ses dossiers sont donnés aux archives de Yad Vashem en Israël, tous sauf un - le dossier d’Adolf Eichmann, le technocrate passé inaperçu qui, en tant que chef du département juif de la Gestapo, avait dirigé l’exécution de "la Solution Finale".
Tout en continuant son travail de salarié au Comité Central Juif, qui inclue la gestion d’une école destinée aux citoyens hongrois et aux réfugiés du rideau de fer, Wiesenthal ne relâche jamais son attention quant à la traque de Eichmann qui a disparu à l’heure de la défaite de l’Allemagne. En 1953, Wiesenthal est informé qu’Eichmann est en Argentine. Il transmet cette information à Israël par l’Ambassade israélienne à Vienne et en 1954, il en informe également Nahum Goldmann, alors que le FBI avait reçu l’information qu’Eichmann était à Damas, en Syrie. Ce n’est qu’en 1959 que Israël reçoit l’information de l’Allemagne qu’Eichmann est à Buenos Aires et vit sous le nom d’emprunt de Ricardo Klement. Capturé par des agents israéliens, il est amené en Israël pour son procès. Eichmann est jugé coupable de Crime contre l’Humanité et est exécuté le 31 mai 1961.
Encouragé par la capture d’Eichmann, Wiesenthal a rouvert le Centre de Documentation Juif, à Vienne, et se concentre exclusivement sur la chasse des criminels de guerre. Un de ses dossiers prioritaires concernait Karl Silberbauer, le dirigeant de la Gestapo qui a fait arrêter Anne Frank, une jeune fille assassinée par les nazis après s’être cachée dans un grenier d’Amsterdam pendant deux années. Il localise Silberbauer en 1963, faisant ainsi taire les néo-nazis hollandais qui remettaient en cause l’authenticité du journal de la jeune fille.
En octobre 1966, seize dirigeants SS sont arrêtés. Neuf d’entre eux, repérés par Wiesenthal, ont été jugés à Stuttgart, en République Fédérale d’Allemagne, pour la participation à l’extermination des juifs de Lvov. A cette époque, Franz Stangl, commandant des camps de Treblinka et de Sobibor en Pologne figure sur la liste des criminels les plus recherchés par Wiesenthal. Après trois ans de travail d’investigation, Stangl est repéré au Brésil et renvoyé en RFA pour y être emprisonné en 1967. Il meurt en prison.
Les mémoires de Wiesenthal, Les Assassins sont parmi nous, ont été publié en 1967. Alors en visite aux Etats-Unis pour promouvoir son livre, Wiesenthal annonce qu’il a retrouvé Mme. Hermine Ryan, née Braunsteiner, une femme au foyer vivant dans le Queens, à New York. Selon le dossier, Mme. Ryan avait dirigé le massacre de plusieurs centaines d’enfants à Majdanek. Elle est extradée vers l’Allemagne pour son procès en tant que Criminelle de Guerre et elle est condamnée en 1973 à l’emprisonnement à vie.
Contrairement aux idées reçues Wiesenthal n’avait pas pour habitude de traquer lui-même les nazis. Sa principale tâche était de recueillir et d’analyser les informations. Dans ce travail, il était aidé par un vaste réseau international d’amis, de collègues, et de sympathisants, notamment des vétérans allemands de la seconde guerre mondiale, affligés par les horreurs dont ils avaient été témoins. D’anciens nazis pleins de remords lui donnaient même des informations sur d’autres anciens nazis. Une branche spéciale de son bureau de Vienne travaillait sur les activités des groupes d’extrême-droite et néo-nazis.
Soigneusement, Wiesenthal a recueilli chaque document et enregistrement qu’il jugeait pertinent. C’est en rassemblant les données les plus obscures, les plus incomplètes, apparemment inutiles et déconnectées qu’il a réussi à faire comparaître devant les tribunaux les criminels. Lorsque les tribunaux n’agissaient pas, Wiesenthal exerçait une forte pression médiatique, l’expérience lui ayant enseigné que la publicité et l’opinion publique sont des armes puissantes.
Le travail qui reste à faire est énorme. Les dossiers des criminels de guerre de l’Allemagne comptaient plus de 90.000 noms. La plupart d’entre eux n’a jamais été jugée. Des milliers d’anciens nazis ont même conservé des postes importants en Allemagne après la guerre. Hormis la traque des nazis elle-même, il incombait à Wiesenthal la charge énorme de persuader les autorités et le public de l’ampleur de la Shoah. Dans le paragraphe final de ses mémoires, il cite ce qu’un caporal SS lui a dit en 1944 : "Vous diriez la vérité [au sujet des camps de la mort] aux personnes en Amérique, vous savez ce qui se produirait, Wiesenthal ? Ils ne vous croiraient pas. Ils diraient que vous êtes fou. On pourrait même vous mettre dans un asile. Comment quelqu’un peut-il croire à tout cela – à moins de ne l’avoir lui-même vécu ?"
Simon Wiesenthal a été plusieurs fois honoré pour son travail à travers le monde : un Knighthood honorifique de l’empire britannique de la Reine Elizabeth II d’Angleterre, la médaille présidentielle de la Liberté du Président Clinton, les décorations des mouvements de résistance autrichiens et français, la médaille hollandaise de liberté, la médaille de liberté du Luxembourg, la médaille d’or du Congrès remise par le Président Jimmy Carter en 1980, et la Légion d’honneur française en 1986.
Wiesenthal a été consultant sur les films à suspense : "Le Dossier Odessa" (Paramount, 1974). "The Boys from Brazil" (XXth Century Fox, 1978), un film important basé sur le livre d’Ira Levin dans lequel Laurence Olivier interprète Herr Lieberman, un personnage créé d’après la propre vie de Simon Wiesenthal.
Il a fondé le Centre Simon Wiesenthal en novembre 1977. Il est aujourd’hui associé au célèbre Musée de la Tolérance de Los Angeles et de New York. Il s’agit d’un centre international consacré au souvenir de la Shoah, la défense des Droits de l’Homme et le combat contre l’antisémitisme. Avec des bureaux dans le monde entier, le Centre Simon Wiesenthal continue le combat. "J’ai reçu beaucoup d’honneurs dans ma vie" a dit Simon Wiesenthal. "Lorsque je mourrai, ces honneurs mourront avec moi. Mais le Centre Simon Wiesenthal sera mon legs."
En 1981, le Centre Simon Wiesenthal a produit le documentaire oscarisé, GÉNOCIDE, commenté par Elizabeth Taylor et Orson Welles, et présenté par Simon Wiesenthal.
Wiesenthal a vécu dans un appartement modeste à Vienne et a passé ses soirées à répondre à des lettres, à étudier des livres et des dossiers, et à travailler à sa collection de timbres. Il y a vécu avec son épouse Cyla jusqu’à sa mort le 10 novembre 2003.
Simon Wiesenthal a reçu de nombreuses menaces et lettres anonymes insultantes. En juin 1982, une bombe a éclaté devant la porte de sa maison. Heureusement, personne n’a été blessé. Après quoi, sa maison et son bureau ont été gardés par un policier armé. Un allemand, qui s’est avéré être le cerveau de l’opération, et plusieurs néo-nazis autrichiens ont été arrêtés et condamnés.
Clyde Farnsworth du New York Times Magazine, dans un article du 2 février 1964, raconte que, un jour, Simon Wiesenthal passait le shabbath chez un ancien déporté de Mauthausen, devenu un riche bijoutier. Après dîner, son hôte lui dit, "Simon, si vous vous étiez lancé dans l’immobilier, vous seriez millionnaire. Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ?" Wiesenthal répond : "Vous croyez à Dieu et à la vie après la mort. J’y crois également. Quand nous serons dans l’autre monde, et que nous rencontrerons les millions de juifs qui sont morts dans les camps, ils nous demanderont, qu’est-ce que vous avez fait ? Il y aura différentes réponses : L’un dira je suis devenu bijoutier, un autre dira, je me suis lancé dans les cigarettes et le café, un autre encore, je travaille dans l’immobilier, mais moi je répondrai, je ne vous ai pas oubliés".
Le 20 septembre 2005, Simon Wiesenthal est mort paisiblement dans son sommeil à la maison. Après une cérémonie au cimetière de Vienne, à laquelle ont assisté le président autrichien Woflgang Schuessel, ainsi que de nombreux officiels viennois, des diplomates et des chefs religieux de différentes confessions, son corps a été transporté en Israël et repose à Hertzliya.
Dans son oraison funèbre, Rabbi Marvin Hier, le doyen et fondateur du Centre Simon Wiesenthal, dit : "Alors que tu rejoins ta dernière demeure, je suis sûr que les millions de juifs assassinés pendant la Shoah sont prêts à accueillir Simon Wiesenthal comme l’homme qui s’est levé pour leur honneur et n’a jamais laissé le monde les oublier."
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