Les Femmes de l'ombre

  »  Anecdotes

Le contexte historique du film... Le film se déroule au printemps 1944, à la veille du débarquement. La décision du débarquement a été prise lors de la Conférence de Téhéran (28 novembre – 1er décembre 1943) et sa mise en place technique a commencé en janvier 1944, ce qui a laissé très peu de temps aux Alliés pour se préparer. Du côté allemand, l’idée que les Alliés vont débarquer en Europe du Nord Ouest ne fait aucun doute. Hitler, lui-même, pressent l’imminence du débarquement dès novembre 1943 et demande qu’on intensifie les travaux de fortification sur les côtes du Pas-de-Calais et de la Normandie, présageant que la France serait le théâtre des futures opérations.
La résistance en 1944... En 1944, il existe deux grandes structures : le BCRA et le SOE. Le BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Action) est une structure française dirigée par le capitaine André Dewavrin, futur colonel Passy, qui installe et dirige un certain nombre de réseaux en France, qui vont travailler pour le compte du Général de Gaulle. A l’époque, de Gaulle n’a rien à vendre aux Alliés : ni marine, ni hommes, ni aviation, il décide alors de leur fournir des renseignements. De Gaulle et Passy vont s’employer à contrôler l’ensemble de la filière de renseignements, d’évasions des prisonniers, d’espionnage et de sabotage. Cependant, le gouvernement britannique refuse que les renseignements français soient sous le seul contrôle du Général de Gaulle. Les Britanniques créent donc leur propre structure : le SOE (Special Operations Executive). Cet organisme, très présent dans le film, était destiné à mettre le feu à l’Europe (sic Churchill), notamment à envoyer des saboteurs pour des missions très spéciales. Au sein du SOE, deux sections géraient la France, l’une collaborant avec le BCRA – celle qui apparaît dans le film - l’autre pas.
Les femmes de la résistance moins reconnues que les hommes... En 1944, pour l’opinion publique, mais aussi pour la loi, un résistant était un soldat par défaut, quelqu’un qui combattait comme un soldat, bien que n’ayant pas d’uniforme et n’appartenant à aucune unité régulièrement constituée. La résistance s’apparentait donc à un phénomène militaire au sein duquel les femmes n’avaient pas leur place parce que c’était un univers masculin. Pourtant, le SOE et le BCRA ont compté sur la participation des femmes. Elles étaient minoritaires dans les services spéciaux et dans les branches action, mais certaines ont toutefois réellement accompli des missions de sabotage et de renseignement sur le terrain. Néanmoins, la guerre finie, le général de Gaulle n’a accordé que peu d’importance aux femmes : parmi plus d’un millier de Croix de la Libération écernées seulement six femmes ont été distinguées (parmi elles Berty Albrecht). C’est cette vision un peu machiste de la résistance qui a exclu les femmes. Jean-Paul Salomé, avec son film, a souhaité leur redonner leur place.
Qui étaient ces femmes de la résistance... La plupart des résistantes étaient des femmes de milieux aisés, déjà émancipées avant la guerre. Elles avaient un travail qu’elles avaient choisi ; il n’était pas considéré comme obscène d’être assistante sociale, institutrice ou encore infirmière. Par exemple, Jane Sivadon, grande résistante, dirigeait une école d’infirmières et Lucie Aubrac était enseignante. Le fait que ces femmes aient suivi des études signifiait qu’elles s’étaient élevées contre leurs parents car le milieu étudiant pouvait être mixte et il n’était donc pas bien vu de le fréquenter. Enfin, elles participaient souvent à des mouvements de jeunesse, engagement également considéré comme dangereux puisqu’il impliquait que l’éducation ne soit plus exclusivement donnée par le milieu familial. En résumé, les résistantes étaient des femmes décidées et autonomes, à l’esprit suffisamment indépendant pour larguer les amarres et partir en Grande-Bretagne. Mais cet esprit frondeur a également existé dans des ilieux plus modestes, comme le milieu communiste. Certaines femmes dans la résistance intérieure ont oeuvré au Front populaire ou encore à l’Union des Femmes Françaises mais elles ne sont pas allées jusqu’en Grande-Bretagne. D’un point de vue culturel, il était plus complexe, pour ces femmes de milieux populaires, d’imaginer partir dans un pays dont elles ne connaissaient pas la langue.