Pour Andrew Lazar, le producteur du film, I LOVE YOU PHILLIP MORRIS est “une histoire d’amour qui dépasse tous les a priori car on est loin de la romance ordinaire. Bien sûr, l’homosexualité de Steven Russell rend les choses atypiques, mais sa passion est universelle et chacun peut se retrouver dans cet amour absolu. Qui n’a jamais espéré rencontrer un jour une personne capable de bouleverser sa vie et de lui donner la force d’accomplir ce dont nous ne faisons tous que rêver ? Armé seulement d’amour et d’ingéniosité, Steven est parvenu, au péril de sa vie, à s’évader quatre fois de prison, et ce sans jamais recourir à la violence.” Andrew Lazar avoue être fasciné par les faits divers qui sortent de l’ordinaire, et surtout par celui relaté dans le livre qui servit de base au script : “Je suis constamment à l’affût de nouveaux sujets. Quand j’ai découvert le roman de Steve McVicker, ancien journaliste d’investigation au Houston Chronicle, il n’était pas encore achevé mais il contenait déjà tout ce qui fait la force et l’originalité de cette histoire. Personnellement, j’avais déjà rencontré le succès avec l’adaptation d’histoires vraies comme CONFESSIONS D’UN HOMME DANGEREUX (de et avec George Clooney) et j’ai donc décidé de m’investir dans l’adaptation du livre de McVicker.” Convaincu d’avoir entre les mains une histoire d’une force peu commune, le producteur envoya l’épreuve du roman inachevé à plusieurs grands scénaristes, dont Glenn Ficarra, le co scénariste et co-réalisateur du film. “Quelques pages ont suffi à me convaincre qu’il ne fallait pas laisser passer l’occasion” explique ce dernier. “Il y avait dans cette histoire quelque chose de spécial, non seulement dans le sujet mais aussi dans la façon de le présenter.”
John Requa, le co-scénariste et co-réalisateur, se montre tout aussi enthousiaste : “Je me suis engagé sur la simple base du sujet. L’histoire de ce type capable d’accomplir des choses stupéfiantes uniquement par amour nous a enthousiasmés. Le fait de travailler sur une histoire d’amour ne nous avait jamais tentés, mais ici, il s’agissait de quelque chose de bien plus fort. Il était tout simplement impossible d’ignorer une histoire aussi intense.” Bien que l’élément fort du film soit l’image d’escroc insaisissable qu’est le personnage de Steven Russell, Glenn Ficarra et John Requa n’ont pas pour autant délaissé les nombreux autres aspects de l’histoire, notamment la relation amoureuse qui lie Russell à Phillip Morris. Selon Andrew Lazar, ils “ont compris qu’en focalisant le scénario sur la relation amoureuse, notre film se démarquerait des traditionnelles histoires d’escrocs telles que LES ARNAQUEURS ou ARRETE-MOI SI TU PEUX.” En travaillant sur le montage financier du film, les deux scénaristes et réalisateurs ont rapidement réalisé que la particularité de leur histoire posait quelques problèmes aux investisseurs. “Très vite, tout le monde a compris que le thème de l’homosexualité était un frein au financement du film. Nous étions atterrés. Si les personnages principaux avaient été un homme et une femme, nous aurions démarré beaucoup plus vite” témoigne John Requa.
Décidés à défendre l’intégrité et l’originalité du projet, Requa et Ficarra décidèrent de mettre le projet I LOVE YOU PHILLIP MORRIS en attente pendant deux ans. Deux années durant lesquels ils se tournèrent vers d’autres engagements professionnels. Pour John Requa, I LOVE YOU PHILLIP MORRIS représentait un énorme défi. “Nous n’avions jamais traité d’histoire d’amour, ni d’histoire vraie, et nous n’avions jamais adapté d’oeuvre littéraire à l’écran. Pour nous, ce scénario s’avérait enrichissant à tous points de vue.” Compte tenu du fait que la vie de Steven Russell ne s’est pas résumée à une simple suite d’anecdotes et d’escroqueries, aussi hallucinantes et incroyables soient-elles, les auteurs ont cependant dû se focaliser sur l’essentiel. “Lorsque vous abordez une histoire vraie, vous vous confrontez à une certaine difficulté : vous devez trier. Vous êtes face à une montagne d’informations à recentrer, à synthétiser, à moderniser et à adapter au format cinéma” explique le producteur Andrew Lazar. Cependant, comme le précise John Requa, “aucune des escroqueries ou des évasions relatées dans le film n’a été inventée. Mais pour les besoins du film, il nous fallait construire des dialogues et une trame de narration. Nous avons dû mélanger, adapter et transposer nos informations pour que tout se mette en place de manière harmonieuse, mais sans trahir l’essence même de l’aventure. Nous avons été très exigeants avec nous-mêmes et nous avons, au final, présenté pas moins de dix ébauches de scénario différentes à Andrew Lazar et au producteur Far Shariat.”
Fin 2006, alors que la version finale du scénario du film arrive à son terme, la production commence à travailler sur le casting. Rapidement, Andrew Lazar envoie une copie du script à Jim Carrey. Un choix évident pour le producteur, tant l’acteur “collait parfaitement au tempérament doux-dingue et très charismatique du héros. Le fait qu’il accepte le projet était un rêve, mais nous ne réalisions pas alors l’incroyable performance d’acteur que le rôle supposait.” “Ce film ne relate pas l’histoire d’un type qui prétend être gay, mais celle d’un type qui est foncièrement gay, et le scénario est plutôt provocant” précise Lazar. “Avec Jim Carrey, nous avions envisagé une liste de noms prestigieux pour la réalisation du film. L’un d’eux ayant dû nous quitter pour un autre projet, Jim me suggéra de confier la réalisation à Ficarra et Requa. Notre collaboration avec eux se passait bien et Jim a décidé de leur faire confiance.” De son côté, Andrew Lazar était lui aussi convaincu que Glenn et John avaient un réel potentiel en tant que réalisateurs : “Leurs courts métrages étaient absolument hilarants et possédaient une mise en scène dotée d’une vraie personnalité. Après, il s’agissait seulement de les entourer d’une équipe expérimentée.” Outre Jim Carrey, une autre personnalité allait rapidement donner un appui décisif au projet en prenant le poste de producteur délégué : Luc Besson. “C’est un homme d’expérience, un réalisateur qui n’a plus rien à prouver et un producteur éclectique” dit Lazar. “Il faut aussi dire que les thèmes de la sexualité affolent beaucoup moins les Européens que les Américains. Notre film est très différent du SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN même si les deux projets partagent une honnêteté identique dans la manière de regarder de front les préjugés. Luc et sa société, EuropaCorp, ont compris notre approche de l’histoire et nous avons eu carte blanche. Par ailleurs, les excellents rapports préexistants entre Luc et Jim étaient rassurants. Ensemble, ils ont développé une réelle complicité.”
Le chef costumier du film, David C. Robinson (DONNIE BRASCO, RENCONTRE AVEC JOE BLACK), qui connaissait d’ailleurs très bien le livre de Steve McVicker, a abordé son travail d’une manière peu habituelle… Glenn Ficarra se souvient : “David est entré dans la pièce et a déclaré : “Voilà, j’ai toute la matière et l’inspiration nécessaires !”. Là-dessus, il a ouvert un sac rempli de polaroïds. Il s’agissait de photos de sa propre vie. Mais la chose la plus étrange, c’est que sa vie ressemblait beaucoup à celle de Steven Russell.” Ce que confirme l’intéressé : “Steven Russell et moi sommes presque du même âge et j’ai réalisé que nous nous étions rendus aux mêmes endroits aux mêmes moments. Tous les deux, nous sommes allés à Key West et dans les états du Sud… J’ai apporté des photos de moi assis dans un spa de Key West avec deux autres types, une manière de montrer à quoi ressemblait un homosexuel en 1984. J’ai d’ailleurs regroupé toutes mes photos de vacances sur un site internet. Je ne suis pas Steven Russell mais j’ai voyagé avec des gens qui lui ressemblaient beaucoup.”
De là à dire que David C. Robinson était la personne idéale pour créer l’univers vestimentaire du film, il n’y a qu’un pas. Car à plus d’un titre, le chef costumier a été une sorte de guide pour les réalisateurs. C’est d’ailleurs grâce aux costumes de Robinson que Ficarra et Requa ont commencé à étoffer la personnalité de Steven Russell. “En lisant le roman, vous en apprenez un peu plus sur l’adaptation de Steven à la culture gay, notamment sur la manière dont ses amis l’ont aidé à s’intégrer” note Robinson. “Jusqu’ici, Steven avait vécu dans la peau d’un flic de Virginie, il ne possédait pas un sens vestimentaire très développé. On lui a probablement conseillé d’oser l’extravagance. À certains moments, on éprouve la sensation d’un malaise chez lui, la difficulté de s’intégrer à la culture gay, mais il fait de gros efforts pour être accepté. Il a toujours essayé de s’intégrer.” Selon Glenn Ficarra, Robinson a apporté un peu de lui-même au personnage de Steven Russell : “Tous les deux ont dû cacher leur homosexualité lorsqu’ils étaient plus jeunes, ils ont vécu aux mêmes endroits et ils ont fait leur coming out à la même époque…”
John Requa ne tarit pas d’éloges sur Robinson : “David a brillamment surpassé sa fonction. Dans toute l’histoire d’Hollywood, je ne pense pas qu’un costumier ait eu plus d’impact sur un film. Dès le début, il s’est montré très passionné par le projet et il s’est énormément impliqué dans sa réussite. David est un homme très engagé et profondément doué.” Avant même de l’avoir rencontré, les réalisateurs étaient admiratifs du travail du directeur de la photo Xavier Pérez Grobet pour des films comme SUPER NACHO ou AVANT LA NUIT. Celui-ci a immédiatement porté beaucoup d’intérêt au projet. “Lors de notre première rencontre, nous avons commencé à discuter du film et Xavier a déclaré : ‘Moi aussi, je suis gay !’” dit Ficarra. “La plupart des homosexuels ayant participé au film l’ont trouvé intéressant parce que justement, le thème de l’homosexualité passait au second plan. I LOVE YOU PHILLIP MORRIS est avant tout une histoire d’amour. Il se trouve que le héros est homosexuel, mais c’est en réalité purement anecdotique (…). C’était notre leitmotiv à tous durant la production : ne jamais faire de l’homosexualité une priorité.”
Pour créer visuellement les différents univers dans lesquels évolue Steven Russell, les réalisateurs se sont tournés vers le chef décorateur Hugo Luczyc-Wyhowski, un fidèle collaborateur du réalisateur britannique Stephen Frears. Un artiste qui “apporte toujours un réalisme saisissant aux décors et je pense que c’était primordialsur ce film” dit Andrew Lazar. Si les réalisateurs souhaitaient rire (avec tendresse) des personnages, ils ne voulaient cependant pas d’une reconstitution fantaisiste de l’époque. Au contraire, le réalisme fut un des soucis constants dans le choix des décors. “Hugo disait que le récit est suffisamment extravagant et qu’il ne fallait pas en faire trop avec les décors” témoigne Requa. Les deux premières semaines de tournage se sont déroulées en Floride, à Miami. Sur les lieux même où Steven Russell découvre le milieu homo dans les années 80 et fait la connaissance de son premier amour, Jimmy Kemple. “C’est le premier endroit où Steven se rend après son coming out” explique Glenn Ficarra. « Et Miami était vraiment la ville chaude par excellence, un eldorado pour homosexuels assumés.” Le personnage de Jimmy Kemple est incarné par Rodrigo Santoro, mieux connu pour son rôle de Xerxès dans le film 300. A son sujet, David C. Robinson déclare : “Quand j’ai vu son nom au casting, je me suis dit qu’il serait parfait ! À l’époque, énormément de couples gays étaient constitués d’un blanc et d’un latino.” Le costumier avoue d’ailleurs s’être fortement inspiré de la mode latino pour la création des tenues de Jimmy Kemple. “En observant de jeunes latinos sexy vêtus de chemises Versace, je me suis dit : “Mais bien sûr, c’est exactement ce qu’il nous faut !”. Versace était déjà très en vogue.”
Hormis l’interlude Miami, la majeure partie de l’action de I LOVE YOU PHILLIP MORRIS se déroule au Texas, dans et autour des prisons. Les producteurs ont cherché un état susceptible d’autoriser un tournage à l’intérieur d’établissements pénitentiaires. Du fait qu’elle partage une frontière avec le Texas, la Louisiane s’est avérée parfaite. De plus, la production a bénéficié d’un accès total à certaines prisons entourant la Nouvelle-Orléans en raison de travaux consécutifs à l’ouragan Katrina. Andrew Lazar se souvient avoir « tourné cinq jours à Angola, une prison considérée comme l’une des plus dangereuses au monde, jusqu’à sa rénovation au milieu des années 1990.” Cette dernière a accueilli la scène de la rencontre entre Steven Russell et Phillip Morris, le personnage d’Ewan McGregor. Au cinéma, les prisons sont souvent présentées comme des institutions très dures. Néanmoins, selon John Requa, “certains établissements de grande taille offrent une vie relativement paisible et vous permettent d’entretenir une liaison amoureuse sans le moindre problème.”
Doté d’une personnalité étonnante et d’un Q.I. exceptionnel de 169, Steven Russell a été assez rusé pour se jouer des administrations et a rapidement appris à exploiter à son avantage toutes les situations, qu’il s’agisse d’emplois très lucratifs ou de grosses escroqueries. Cependant, pour Ficarra, Russell est un homme naïf et obsessionnel qui ne ressemble pas du tout à la grande figure du gangster habituel. “Il se montre très audacieux mais pas toujours très habile…” dit-il. “Son audace est sa plus grande qualité !” reprend Requa. “Steven est tout à fait notre genre de héros. Nous aimons les types obsédés par leurs erreurs passées et qui luttent pour les rattraper.” Pour le producteur Andrew Lazar, la grande force de Russell réside dans “sa capacité à croire que tout est possible. Ce qui l’empêche d’être raisonnable. Il voit la vie avec témérité et audace, et même s’il parvient à escroquer son monde, il n’efface pas ses traces et ne se soucie pas vraiment des conséquences.” Dans I LOVE YOU PHILLIP MORRIS, Glenn Ficarra et John Requa prennent le parti de raconter l’histoire de Russell via l’utilisation de la voix-off de Jim Carrey/Steven Russell. Un choix narratif bien pensé puisqu’il implique directement le spectateur en lui faisant vivre l’aventure selon le point de vue de Russell. “C’est la vérité selon Steven qui est exprimée, ou du moins ce qu’il a raconté à Steve McVicker » précise Ficarra. John Requa de conclure : “La vérité est sans doute plus ennuyeuse et peut-être un peu moins tranchée qu’à l’écran, mais ce qui est sûr, c’est que le public ne sera pas escroqué, lui, en voyant ce film !” Aujourd’hui, Steven Russell est toujours incarcéré au Texas. Il demeure dans sa cellule 23 heures par jour et purge une peine de 144 années de prison. Quant à Phillip Morris, il a tenu un rôle de consultant sur le tournage du film et apparaît brièvement dans le film, tout comme l’auteur Steve McVicker.
