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La critique de CineMovies!


Méfiez-vous de ce petit chaperon rouge délicatement posé sur le socle de ce piège à loup. Hard Candy, redoutable thriller psychologique, accessoirement premier film du réalisateur de pub David Slade, débarque sur les écrans français le 27 septembre.

Pour une fois, on ne va pas se gâcher le plaisir de saluer un concept graphique aussi en phase avec son sujet. Hard Candy est effectivement un véritable piège à sentiments, une chausse trappe prêt à engloutir tout cerveau malléable, un thriller atypique qui sait joliment inverser les rôles. La question du jour est celle-ci : le petit chaperon rouge est-il toujours la victime du grand méchant loup ?

C'est l'histoire de Harvey, 14 ans, adolescente n'ayant pas la langue dans sa poche, joli brin de fille sûre de sa jeunesse qui fait la connaissance - via le web - de Jeff : trentenaire célibataire, beau gosse, photographe professionnel, passionné de photo donc, à la recherche de nouveaux - et surtout - jeunes profils, afin d'agrémenter sa collection de photos dites d'art (ben voyons). Après un mois de correspondance électronique, les deux oiseaux (ou vautours) décident de se donner rendez-vous dans un bar. Lors de la rencontre, les deux se plaisent, jouent la provocation charnelle, ambiance guillerette, une dolce vita qui se poursuit jusque dans l'appartement de l'adulte. Arrivé dans l'unique décor du film, le duo discute, vanne, se taquine. Jeff redemande si la fillette est toujours « OK » pour faire des photos. L'autre joue les ingénues. Jeff part alors chercher son appareil, tandis que Harvey lui sert un verre. De retour, le photographe commence à mitrailler l'adolescente tout en descendant sa vodka. Tout du coup, des vertiges l'envahissent. Ca tourne. Œil vitreux. Évanouissement. Noir total. Puis, réveil ligoté. Attention, la torture de Jeff va commencer.

Durant le premier tiers du film, Harvey représente le pire des cauchemars. La couleur sang de son sweet capuchonné est à l'image de sa dureté morale. Finie la rigolade, bas les masques, la maniaco-dépressive est en marche. Harvey est vicieuse, perverse, provocante, diabolique, terriblement intelligente et futée, douée d'une intuition féminine redoutable. Harvey n'est plus une enfant ; elle est en chasse. De qui ? De Jeff, visiblement. Qu'est devenue son amie Donna Mauer ? Jeff, lui, sait. Il parlera... Mais après que l'impitoyable gamine nous ait tiré le portrait de sa victime, les jugements se troublent. La pourriture, c'est peut-être Jeff - et tant mieux s'il doit perdre ce qu'il a entre les jambes. Cependant, au final, c'est qui le véritable méchant de l'histoire ?

Il n'y a pas que les sauts d'humeur qui sont intéressants dans le premier film de David Slade. En utilisant un traitement spécial (lire anecdotes sur le film), en rendant son image plus métallique, plus froide, Slade a considérablement augmenté l'oppression de son petit chef d'oeuvre théâtralisé : toute l'action se décline en un seul lieu, en un seul jour, en deux personnages seulement. Au final, l'exercice de style est réussi. Car à l'opposé des bidouilleries graphiques, le véritable challenge de Hard Candy consiste à captiver jusqu'à la dernière seconde du film. Le scénario (écrit par Slade qui a aussi beaucoup travaillé pour les planches) est, en cela, tiré à quatre épingles - malgré quelques longueurs vite pardonnées.

Attention ! Hard Candy travaille au corps. Pourtant, on ne voit jamais rien. Tout est suggéré - les sévices physiques, et moraux. Le duo Patrick Wilson et Ellen Page captive, irradie l'écran. La solide expérience théâtrale de Wilson aura été sans contexte un atout majeur. Belle performance des deux acteurs - tout comme celle d'avoir évité d'arracher les accoudoirs de mon fauteuil lors de la projection. A voir en version originale !

Reynald Dal Barco