Les Adoptés : Mélanie Laurent obtient ses partiels avec mention (critique)
Dans son film Les Adoptés, l'actrice et chanteuse Mélanie Laurent s'associe à la tourmente existentielle de ses acteurs Marie Denarnaud et Denis Menochet pour façonner une oeuvre contre le fatalisme.Elle est rigolote Mélanie Laurent. Elle chante à tue-tête que l'histoire des Adoptés

Dans son film Les Adoptés, l'actrice et chanteuse Mélanie Laurent s'associe à la tourmente existentielle de ses acteurs Marie Denarnaud et Denis Menochet pour façonner une oeuvre contre le fatalisme.
Elle est rigolote Mélanie Laurent. Elle chante à tue-tête que l'histoire des Adoptés n'a rien à voir avec un vécu personnel, qu'elle ne voulait surtout pas se raconter dans un premier film qu'elle attendait depuis des lustres. Bien entendu, l'histoire de l'actrice se distingue certainement de cette tragédie soudaine de la perte de l'être aimé. Cependant, elle n'avait peut-être pas appréhendé que lorsqu'on réalise un film, on projette fatalement son moi intérieur. Félicitations donc, Les Adoptés est un film personnel qui ne ressemble à pas beaucoup d'autres.
Marie Denarnaud n'est évidemment pas une première venue mais son talent n'avait jamais autant profité d'un tel écrin pour se révéler de la sorte. Aux côtés de tant de sensibilité et force de vivre, on notera la justesse et la spontanéité d'une Clémentine Célarié revigorée dans le rôle de la mère courage ayant élevé presque seule deux filles aux caractères bien trempés ("solaires" corrige la réalisatrice). Et puis, il y a aussi Denis Ménochet, le mec de l'histoire (si l'on occulte le petit Theodore Maquet-Foucher) : le grain de sable qui viendra bouleverser trois existences. A une semaine près, on préfère le voir dans ce genre de situation que baroudant les montagnes afghanes de Forces spéciales (il est vrai que ce n'est pas le même registre).
Beaucoup de films d'auteur se perdent dans une logique, si ce n'est un marasme identitaire, que seul le créateur peut comprendre. A l'inverse, Les Adoptés, tout en préservant son intégrité, possède les clés pour convaincre le grand public. Il parlera à tous ; ce n'est pas un film nombriliste mais générationnel. A l'instar de La Guerre est déclarée de Donzelli, il émane du film une combativité propre, une faculté de transcender le malheur pour un meilleur devenir, une mobilisation généralisée face au fatalisme.
Le grain du film est aussi révélateur d'une personnalité cinématographique. De la tapisserie braillarde de la chambre de Léo, jusqu'à cette plongée sur le damier carrelé de la cuisine où, à gauche de l'écran, est située une voiture miniature tandis que le gamin courant vers la droite marque la fin de l'enfance, en passant par la texture des peaux et des draps du lit où Alex et Marine viennent de faire l'amour, le grammage des matières et les plans amplifient la dramaturgie. Mélanie Laurent a même poussé le "vice" d'accorder sa passion pour la musique au caractère de ses protagonistes. Quand on voit Marine, on entend le violon ; quand on voit Lisa, c'est la guitare (bien sûr) ; pour Alex, le piano. La structure littéraire du film n'est certes pas de toute première fraîcheur mais les trois chapitres ainsi déclinés permettent d'embrasser trois individualités : dans ce sens, ici, il n'y a pas de rôles titres.
Certains critiques parlent de pathos, de sentiments convenus. Faut qu'en même être sacrément fatigué d'aller au cinéma pour dire ça. Nous, on vous pousse d'y aller. La presse s'écorchera-t-elle pour les beaux yeux de Mélanie Laurent ? Ce que l'on sait, c'est que la cinéaste en herbe possède le temps de corriger ses petits défauts. Ses Adoptés font rire, parfois pleurer de tristesse ou de tendresse, frissonner de plaisir et surtout pas de peur. En définitive, c'est le cinéma qu'on aime.
Reynald Dal Barco
