00H00 Le 23/11/11 Films 0 publié par Reynald Dal Barco
Les Adoptés : dans l'intimité de Mélanie Laurent (interview)

Les Adoptés : dans l'intimité de Mélanie Laurent (interview)

Au travers d'un entretien sur le pourquoi et le comment de son premier film Les Adoptés, Mélanie Laurent se montre authentique et complice, en adéquation avec l'image que le public se fait d'elle. Extrait d'une conférence de presse consacrée à une oeuvre promue à un bel avenir. A l'affiche

Les Adoptés : dans l'intimité de Mélanie Laurent (interview)

Au travers d'un entretien sur le pourquoi et le comment de son premier film Les Adoptés, Mélanie Laurent se montre authentique et complice, en adéquation avec l'image que le public se fait d'elle. Extrait d'une conférence de presse consacrée à une oeuvre promue à un bel avenir. A l'affiche cette semaine. Et à voir...

Ce n'est pas véritablement votre premier film ?
Effectivement, j'ai réalisé deux courts métrages auparavant, et puis quelques autres en option cinéma lorsque j'étais au lycée Berlioz à Paris.

Ce sont ces essais qui vous ont poussée vers ce premier long ?
Pas vraiment. Disons que j'ai toujours eu cette grande envie. J'ai même écrit une pièce de théâtre lorsque j'avais 21 ans. Faire de la mise en scène m'a toujours intéressé. Mes deux précédents courts sont des histoires particulières. Mon premier était une commande d'un producteur qui voulait en faire un long. Mon deuxième était un film pornographique : une commande de dernière minute de Canal +. Je faisais partie d'un pool constitué de Laetitia Masson, Arielle Dombasle, Lola Doillon et Helena Noguerra. Ces deux courts ont confirmé une envie ; ils m'ont permis de m'entraîner avec l'image, de travailler avec des gens.

La part autobiographique des Adoptés ?
Il n'y en a pas... Après, je me rends compte que ce petit garçon qui est mon fils dans Les Adoptés, cette éducation où l'on ouvre les yeux aux enfants, cette sorte d'éveil à l'art par la musique ou la peinture, les musées, les grandes discussions, tout ça, oui, c'est un peu de mon enfance. C'est peut-être la seule chose personnelle... Je n'avais surtout pas envie de me raconter dans ce premier film. Par contre, parler de la famille, faire un film d'amour, de femmes bousculées par l'arrivée d'un homme, raconter ce chamboulement, savoir jusqu'où il peut aller, exposer le personnage principale de l'histoire, solaire, à un accident pour qu'il se retrouve endormi, ça m'intéressait. J'aimais l'idée de quelqu'un de très vivant qui tout d'un coup se met en pause, et voir comment cette absence, ce manque, provoque un choc sur ceux qui l'environnent. Comment ces personnages évolueront, quels sont les parcours initiatiques de chacun, comment on passe à côté de sa vie tout le temps...

Theodore Maquet-Foucher qui joue le rôle de votre fils dans le film ?
C'est son premier film. Et déjà tout le monde veut me le piquer (rires) !

Il existe beaucoup de fausses pistes dans Les Adoptés, notamment entre votre personnage et celui d'Alex joué par Denis Ménochet ? C'était voulu ?
Mon scénariste et moi n'avons jamais cru en la piste Lisa – Alex. Beaucoup de gens qui ont vu le film pensent effectivement qu'il se passera quelque chose. J'adore les fausses pistes. J'adore que les gens s'approprient un mystère, qu'ils pensent ce qu'ils veulent... Le personnage incarné par Marie Denarnaud est un pilier très compliqué. Marine est tellement forte dans ce qu'elle veut, dans sa passion qu'elle vit au quotidien, dans le fait qu'elle se soit trouvée, qu'elle soit intelligente, qu'elle devient presque un handicap pour son entourage. Ce film raconte comment parfois on peut se reposer sur quelqu'un et comment on doit se reconstituer, réinventer tout, quand il disparaît. Si Marine n'avait pas eu ce qui lui arrive, les autres ne se seraient jamais remis en question.

Les Adoptés est un film triste ?
Pour moi, pas du tout. D'ailleurs, je suis très heureuse d'entendre les gens, lors de cette tournée promotionnelle, me dirent qu'ils ont beaucoup ri : lorsque je montais le film, j'avais l'impression d'être un peu trop seule à rigoler... Les gens ont besoin de rire. Je ne voulais pas proposer un mélodrame. En revanche, je ne mens pas sur la marchandise en racontant que Les Adoptés est une "grosse" comédie... C'est drôle. Les gens s'attendent à voir un drame ; ils sont surpris d'intégrer le rire comme exécutoire à certains moments du film... Je ne voulais pas faire une oeuvre étouffante où, tout d'un coup, on se sent envahis par une grande tristesse. Durant cette tournée, j'ai rencontré très peu de gens m'avouant qu'ils se sentaient tristes à la fin. Beaucoup me disent que c'est un film sur l'amour. Beaucoup me remercient parce qu'ils ont envie de tomber amoureux à la suite de la projection, tandis que d'autres ont envie de téléphoner à un proche pour lui dire qu'ils l'aiment.

Comment avez-vous mûri votre projet au regard de votre expérience de comédienne ?
Il est vrai que d'être comédienne, et que ça marche, vous aide énormément. On vous écoute. Mon parcours d'actrice a facilité des rendez-vous, avec des producteurs, avec des techniciens. Quatorze années de jeu m'ont permis d'avoir de bons interlocuteurs, de les connaître personnellement, de pouvoir former une équipe qui était pour moi la meilleure du monde. Après, j'ai eu aussi le temps d'observer les gens avec qui j'ai travaillé. Ce film, c'est donc beaucoup de chances, de bons rendez-vous, et en même temps, beaucoup de pressions. Lorsque vous tournez avec des grands et que vous avez, aussi, envie de développer votre propre projet, vous vous dites : comment vais-je le faire, quel oeil vais-je avoir, vais-je m'inspirer d'eux, mon film ne ressemblera-t-il pas à tel ou tel plan vu dans d'autres ? J'avais très peur de faire un film impersonnel, d'y mettre tout ce que j'avais vu en quatorze années de tournage.

Depuis combien de temps portiez-vous ce projet ?
Depuis 5 ans ! Entre les premières lignes du scénario et la réalisation propre. C'est long, et en même temps, c'était très bien comme ça. Cela m'a permis de mûrir mon idée, de mûrir moi aussi. Avant, je n'aurais pas été capable d'endosser le titre de capitaine de ce bateau.

A 28 ans, comment voyez-vous les choses maintenant que ce premier film est terminé ? Vous allez reprendre le chemins des plateaux, donner 50% de votre temps au jeu et 50% à la réalisation ?
Ola, pas du tout ! J'ai commencé par faire l'actrice ; donc, quand je fais autre chose, tout le monde prend ça pour un caprice. Mais au fond de moi, je me sens totalement réalisatrice, et non actrice. A la limite, je me sens plus chanteuse qu'actrice. J'ai commencé avec Depardieu me demandant si je voulais faire du cinéma alors que je ne savais pas du tout ce que cela voulait dire... Je n'ai jamais pris de cours de théâtre. J'ai joué plein de rôles, j'ai rencontré plein de gens géniaux... J'adore faire l'actrice mais je me sens quelqu'un d'autre. Par exemple, mes amis, lorsque je leur ai dit que j'allais tourner mon premier film, m'ont tous dit : "Ah, enfin ! Mon Dieu, c'est impossible d'attendre aussi longtemps." Pour mes proches, j'aurais dû faire l'inverse : être réalisatrice, puis actrice. Encore une fois, mon métier d'actrice m'a ouvert beaucoup de portes... Je suis déjà en train d'écrire mon prochain film. Marie Denarnaud sera évidemment de la partie... Aujourd'hui, j'ai la chance de pouvoir réaliser des films en faisant l'actrice tout en poussant la chansonnette si je le désire.

Il émane quelque chose de précieux des Adoptés. Comme si vous aviez eu l'envie de tourner un film entre amis ?
Je ne sais pas travailler dans la manipulation, travailler dans le malheur pour aller chercher quelque chose de profond. Moi, j'ai besoin qu'on se marre tout le temps. Donc, effectivement, j'ai choisi une équipe qui me permettrait ça. J'ai aussi fait l'animatrice. J'inventais des jeux, je les ai faits danser tous les jours. On n'avait pas de budget pour le making-of ; c'est donc l'équipe qui l'a elle-même réalisé. Je souhaitais tourner en province (NDLR : à Lyon) parce que je ne voulais pas que mes gens se dispersent tous les soirs. Je voulais que l'on reste ensemble. Je suis persuadée que lorsqu'on est contents d'être là, on fait les meilleures choses. Je ne crois pas à la non solidarité sur un plateau. Pour moi, ce n'est pas mon film, mais notre film. C'est plus qu'un film entre amis, c'est un film réalisé en famille.

Propos recueillis et retranscrits par Reynald Dal Barco



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