00H00 Le 21/09/05 Films 1
"Les Âmes grises": rencontre avec l'équipe du film...

"Les Âmes grises": rencontre avec l'équipe du film...



A l'occasion de la sortie du film le 28 septembre prochain, CineMovies a rencontré le réalisateur Yves Angelo ainsi que deux de ses comédiens: Marina Hands, peu prolixe, et Jean-Pierre Marielle qui en profitera pour nous donner ses impressions sur "Da Vinci Code" qu'il vient de tourner...
CineMovies :Quelle est la plus grande difficulté rencontrée par un réalisateur quand celui-ci adapte un roman pour le cinéma ? D’une manière générale, et plus particulièrement pour Les Âmes grises ?

Yves Angelo : Pour ce qui est de la généralité, je ne saurai pas trop quoi répondre. Pour ma part, je m’attache avant tout aux sentiments, aux images qui me parviennent durant ma lecture. Je ne parle pas de description d’images, mais plus globalement de ce que provoquent en moi comme images les phrases que je lis. Pour bien me faire comprendre, il s’agit de la même sensation éprouvée lorsque je regarde des images. C’est un rapport très sensuel, plutôt que réceptif... Pour Les Âmes grises, c’était tout à fait ça. Le scénario a été écrit bien avant la parution du livre. J’ai, qui plus est, lu le livre en deux temps... J’ai d’abord lu une centaine de pages avant que l’auteur ne stoppe son roman. Puis il l’a repris, un an plus tard. J’ai donc découvert la suite du roman après avoir écrit le scénario... Ce qui a été le plus difficile sur Les Âmes grises et ailleurs - je rejoindrai peut-être en cela une certaine généralité de propos -, c’est de porter un désir d’adaptation d’une oeuvre. Ce n’est pas vraiment l’histoire qui est intéressante. C’est ce qui a transpiré du livre, au-delà de la narration. La difficulté pour le cinéma, c’est de préserver la sensibilité rencontrée lors de la lecture.

Est-ce que le film ne vient pas compléter le livre ?

Yves Angelo : Oui, peut-être. Au sens où il compléterait l’ambiguïté des personnages.

Quel a été l’élément déclencheur de votre motivation à porter l’œuvre à l’écran ?

Yves Angelo : À la première lecture, j’avais éprouvé une grande souffrance, une espèce de tristesse, mais une tristesse qui n’était pas négative. Une tristesse tout à fait positive, tout à fait active. De la souffrance de ces personnages plongés dans l’environnement tout à fait particulier que représente la guerre, il émanait une douleur non exprimée. Intérieure. Jamais surexposée. C’est ce qui m’avait interpellé. Je me suis souvenu de sensations, et c’est ce que j’ai voulu préserver.

Cette souffrance psychologique est quand même exprimée ? Notamment dans la scène où l’instituteur craque devant ses élèves.

Yves Angelo : Oui, mais elle n’est pas surexposée. La scène dont vous parlez est plus rapportée à une violence gestuelle. C’est une violence factuelle. La violence dont je parlais est une violence intérieure. L’instituteur exprime sa folie, la folie de la guerre, à sa façon. C’est comme s’il faisait la guerre à sa façon. Il se détruit à sa façon.

Mais qu’entendez-vous par « tristesse positive » ?

Yves Angelo : La tristesse positive, c’est le fait d’accompagner les personnages, et les personnages nous renvoient à nous-mêmes. C’est dans ce sens que je parle de positivité. Ils nous forcent à nous regarder nous-mêmes. Et quand on se force à se regarder, c’est toujours positif.

Comment travaillez-vous un rôle comme celui du procureur ?

Jean-Pierre Marielle : On est inspirés... Ce n’est pas nécessairement réfléchi. Tout à coup, on se sent en adéquation avec le personnage. Le travail d’un acteur, c’est quelque chose de très particulier. Dans le scénario, il y avait quelque chose de... Je ne sais pas. En tout cas, je n’avais jamais joué un personnage aussi complexe, aussi compliqué que ça. Sauf dans Tous les matins du monde peut-être... Il y a d’ailleurs une certaine parenté entre les deux personnages....

Yves Angelo : Oui, une parenté dans l’enfermement du personnage, un enfermement en lui-même.

Jean-Pierre Marielle : Oui, c’est ça... C’est un personnage qui ne s’ouvre jamais. Il est cadenassé...

Yves Angelo : Sauf peut-être avec le fantôme de sa femme...

Jean-Pierre : Ce personnage a en lui quelque chose qui dépasse la souffrance.

Yves Angelo : Je pense c’est quelqu’un de déjà mort, en fait.

Ce personnage est quand même beau lorsqu’il dit au policier qu’il ne le ménage pas, après que celui-ci lui ait avoué qu’il pensait être toujours coupable du meurtre de la petite fille…

Yves Angelo : Le procureur demande au policier : « Pensez-vous toujours que j’ai tué la petite ? »...

C’est sûrement à ce moment-là qu’il se révèle ?

Jean-Pierre Marielle : Probablement... Tout à fait...

Yves Angelo : Justement : la non-réponse du policier résume exactement cette histoire. Dans ce film, chacun est prisonnier de sa non-réponse. Et la réponse à ce « Vous ne me ménagez pas », le silence du policier, est peut-être la pire des réponses. Quand on dit que le personnage du procureur est au-delà de la souffrance, je serai même tenté de dire qu’il est au-delà dans tout ce qu’il fait. Dans le fait de piquer des lettres. Dans le fait de manipuler la mort de quelqu’un.

Est-ce qu’il ne cherche pas à protéger le personnage de Marina Hands ?

Yves Angelo : Est-ce qu’on protège quelqu’un en lui cachant la mort de son bien-aimé ? C’est absolument impossible.

Jean-Pierre Marielle : Ce type est un mort vivant !

Yves Angelo : Comment peut-on aider dans tout cet effroi général ? Comment peut-on aider ces soldats ? Comment peut-on aider ce pauvre instituteur ? Comment peut-on aider cette jeune femme ou cet homme ?

Jean-Pierre Marielle, était-ce une épreuve d’incarner ce personnage ?

Jean-Pierre Marielle : Absolument pas. C’était plutôt une chance. Pour un acteur, c’est carrément un cadeau ! C’est un personnage riche, formidable à jouer.

Yves Angelo : Vous parliez sans doute de difficultés à porter le personnage ?

Oui.

Jean-Pierre Marielle : Je n’y ai jamais pensé. Ça c’est fait tout seul. Yves et moi, nous nous connaissons depuis longtemps. J’ai été très fasciné par le livre. Je pense que c’est l’un des films qui m’a le plus intéressé. Sincèrement. C’est un personnage tellement louche. Et c’est bien, de jouer des personnages louches.

L’enquête policière du film n’est qu’un prétexte. Lorsqu’on lit sur l’affiche « Pour une victime, combien de coupables ? », on a l’impression que l’on va assister à un film policier. Mais en fait, Les Âmes grises est un film sur nous-mêmes…

Yves Angelo : Tout à fait.

Vous n’avez pas peur que le spectateur s’attende à un autre film ?

Yves Angelo : Je vais vous avouer quelque chose. Cette phrase est la juxtaposition de deux phrases : « Pour un coupable, combien de victimes ; pour une victime, combien de coupables ? » Ça résume un peu le nœud de l’intrigue. Mais cette première idée était trop longue. Pour répondre plus précisément à la question, au-delà de la question de savoir comment est perçu un film à travers une affiche, c’est sûr que l’intérêt du film n’est pas dans l’enquête. Effectivement, il ne s’agit pas d’une enquête sur un meurtre, mais d’une enquête sur des hommes. Peu à peu l’enquête dévie... on sait dans le film que cette petite fille est morte. Après, on revient en arrière avec l’épisode de l’institutrice, mais c’est presque à part. Ensuite, on revient sur le meurtre de l’enfant. Mais c’est encore une autre histoire, avec un autre rythme, avec d’autres ingrédients. Peu à peu, ces deux histoires se rejoignent.

Pourquoi avoir choisi le contexte de la première guerre mondiale, et pas une autre guerre ?

Yves Angelo : Je ne peux pas répondre à la place de Philippe Claudel, qui a écrit le livre. Lui répondrait sûrement, et de façon plus objective : il est Lorrain, et il a vécu cette guerre dans son enfance. Chaque famille de l’Est de la France a été marquée par la Grande Guerre. On en parlait tout le temps : à cause d’un père, d’un oncle, d’un cousin mort ou mutilé... Mais il est vrai que cette histoire pourrait se passer durant n’importe quelle guerre. Peu importe ! Simplement, cette histoire de notable est plus juste dans ce contexte-là. C’est l’expression de la folie des hommes qui se décline à différents niveaux, aussi bien que la culpabilité. Un soldat n’est pas coupable de tuer un autre soldat. On n’est coupable de rien en temps de guerre. La justice n’intervient plus. Par contre, quand il s’agit d’un assassinat qui ne se situe pas dans le contexte du conflit armé, là, il y a enquête ; là, il y a justice. Là, il y a le Bien et le Mal.

Vous avez amputé votre film de 30 minutes au montage final. Avez-vous été obligé de faire de grosses impasses ?

Yves Angelo : Non. Trois scènes ont été retirées. Ce n’est pas beaucoup par rapport à 30 minutes. En fait, beaucoup de séquences ont été raccourcies. Le temps a été gagné beaucoup plus sur le rétrécissement que sur le nombre de séquences.

Marine Hands, vous êtes-vous facilement glissée dans la peau de cette institutrice ?

Marina Hands : Non ! Mais je me suis facilement imaginée travaillant avec Yves.

Qu’aviez-vous pensé du roman ?

Jean-Pierre Marielle : Écoutez, je vais vous dire. Moi, je mêle complètement les deux. Je n’arrive plus à dissocier le roman du scénario.

Yves Angelo : Philippe Claudel avouait dernièrement qu’il ne savait plus ce qu’il avait écrit. Il dit « qu’une des vertus de l’écrivain, c’est d’oublier ».

À la fin du livre, le policier tue l’enfant.

Yves Angelo : Il tue l’enfant et il se suicide ensuite. Dans le film, ce n’est pas le cas. Pour deux raisons. La première, c’est qu’il aurait fallu montrer le meurtre de l’enfant. Il n’aurait pas fallu seulement le suggérer : cela aurait été un peu idiot. Cela aurait été comme une sorte d’acte spectaculaire. En plus, cela aurait été le seul meurtre montré, le seul coupable montré. À l’inverse de tous les autres, sur qui l’on ne sait rien. Qui est coupable de quoi ? Donc, déjà, finir cette histoire basée sur l’ambiguïté avec une conclusion aussi définitive, c’était en quelque sorte refermer l’histoire sur elle-même, au lieu de l’ouvrir. Pour moi, le seul impact possible pour cette histoire, c’était justement que le spectateur s’interroge sur lui-même. Pour moi, le bébé est le miroir de soi-même...

Peut-on avoir vos impressions sur Jacques Villeret ? Vous avez visiblement très peu tourné avec lui ?

Jean-Pierre Marielle : La première fois que j’ai rencontré Jacques Villeret, il n’était encore que débutant... Et depuis le début, nous étions restés liés, comme ça... J’avais des rapports très chaleureux avec Villeret, des rapports presque de père à fils. Il était d’une grande timidité. On était très copains, mais en même temps, comme on avait une certaine différence d’âge... Je l’ai connu gamin. Je l’avais emmené à Saint-Tropez. Je crois savoir que ce fut l’un des plus beaux souvenirs de sa vie... Il m’en parlait tout le temps. Il me disait [NDLR : essayant d’imiter Jacques Villeret] : « Tu te rappelles quand tu m’avais emmené à Saint-Tropez... » Quand il est venu à la maison travailler Les Âmes grises, tout à coup il me prenait la main en me disant tout doucement : « Tu pourrais me donner une petite bière ? » Alors, je lui amenais une bière. Il la buvait. Puis je le sentais préoccupé. Je sentais qu’il pensait à autre chose. Alors je lui disais : « T’en veux encore une ? » Et là, il me disait « Oh si, si ! » (rires). Et après, il se calmait. Il avait besoin de ça. C’était un grand timide.

Yves Angelo : Terriblement timide.

Jean-Pierre Marielle : À un point que vous n’imaginez pas... Il était extrêmement délicat...

Yves Angelo : C’était un solitaire. C’était quelqu’un...

Jean-Pierre Marielle : C’était un homme déchiré. Blessé... Et en même temps d’un humour tout à fait personnel...

Yves Angelo : Il aimait rire, mais par fragments... Je crois que l’histoire des Âmes grises l’a vraiment interpellé... Je crois même que l’histoire l’a plus interpellé que son propre rôle. Oui, je pense qu’il a voulu en être plus pour l’histoire que pour son rôle.

Juste une dernière question, qui n’a d’ailleurs strictement rien à voir avec Les Âmes grises. Vous avez participé au tournage du Da Vinci Code. Vos impressions ?

Jean-Pierre Marielle : Eh bien pour le moment, je n’ai aucun sentiment ! La seule chose, c’est que j’ai couru dans la grande galerie du Louvre ! C’était intéressant... Et puis quoi d’autre... Qu’est-ce que j’ai fait d’autre ? Je me suis vu mort... Ça, c’est très impressionnant... Et puis, j’ai vu un film où il y a cinquante assistants... Cinquante, hein ! Une espèce de machine incroyable... Et au milieu de tout ça, un metteur en scène. C’est très impressionnant... Nous, c’est la campagne à côté ! Ce qui est étonnant, c’est de voir avec quelle facilité le metteur en scène travaille. Il arrive à travailler comme un artisan. C’est très impressionnant... Invraisemblable... Je n’ai jamais vu ça. Nous, le cinéma français, à côté de cela, c’est de la lanterne magique !

Yves Angelo : Et en même temps, l’artisanat dont tu parles, c’est vrai que quelle que soit la machine, ça se réduit toujours au fait d’avoir une caméra, d’avoir des acteurs, et de parler.

Jean-Pierre Marielle : Ce qui est étonnant encore, c’est que le metteur en scène semble complètement dégagé de tout ce fourmillement. Il donne l’impression de travailler en 16 millimètres, avec des copains... Sur les Âmes Grises, nous avons travaillé dans des conditions magnifiques.

Yves Angelo : Il n’y avait que deux assistants, et un stagiaire...



Propos recueillis par Reynald Dal Barco


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